La Gazette de la grande ile

Covid 19 : Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Publié le 18 janvier 2022

Le dernier conseil des ministres qui s’est penché sur la situation Covid remonte au 15 décembre 2021. Les trois régions Analamanga, Vakinankaratra et Haute Matsiatra étaient classées dans les zones de vigilance sanitaire. Le compte-rendu de ce conseil des ministres énumère un certain nombre de mesures dont le respect des gestes barrières, l’utilisation de CVO et de CVO+, les tests TDR gratuits et les tests PCR, la mise en place du Covdata et du numéro vert 914, la mise en place de vaccinodromes, les vacances des écoles avancées d’une semaine. Un arrêté préfectoral d’Antananarivo du 16 décembre interdit les rassemblements populaires en extérieur et les rassemblements de plus de 100 personnes dans un endroit clos. Pas de mention de décret pour cet état de vigilance sanitaire et encore moins, de loi l’encadrant.

En tout cas, Ravalomanana n’a pas pu célébrer en décembre 2021 son anniversaire avec ses partisans à Tuléar, le motif officiel avancé étant « pas de manifestation populaire en raison de la situation sanitaire », en référence à l’arrêté du préfet d’Antananarivo.

En revanche, plusieurs milliers de fidèles du FJKM ont assisté dimanche 16 janvier 2022 à deux messes au coliseum d’Antsonjombe pendant lesquelles le pasteur Irako Andriamahazosoa Ammi leur a adressé des messages « Garder la tête haute ! Changer ! Prier ! Travailler ! Personne n’est né perdant, ni pour se prosterner continuellement à terre. Ne vous découragez pas devant les problèmes ». Herimanana Razafimahefa, le numéro 2 du régime, la directrice de cabinet du président Lova Ranoromaro, le ministre Harifidy Ramilison y ont assisté. La présence de ces hautes personnalités semble indiquer que ces messes ont reçu l’autorisation des autorités.

Deux poids, deux mesures, diriez-vous ? En fait, c’est la définition même de l’arbitraire qui ne doit pas exister dans un Etat de droit et la UNE de La Gazette du 05 janvier 2022 titrait «Madagascar, un Etat de non droit ?  Une décision est qualifiée d’arbitraire lorsqu’elle ne résulte pas de l’application d’une règle existante connue de tous. Dans un Etat de droit, la puissance publique est soumise au droit au même titre que tout individu ou toute organisation ». La réponse est maintenant très claire : «Madagascar ne peut pas prétendre être un Etat de droit ».

Au-delà de ce point de droit, la population est en droit de se demander si le gouvernement a une vraie politique contre la Covid-19, surtout que les régions autres qu’Analanjirofo et l’Androy sont toutes touchées. 106 décès à la Covid ont été enregistrés la 1ère quinzaine de janvier 2022, cette nouvelle vague semblant plus résistante par rapport aux précédentes, selon les professionnels de santé. Nous avons appris d’ailleurs le décès dans la matinée de lundi du Général de corps d’armée Herilanto Raveloarison et présentons à sa famille les sincères condoléances de la Gazette.

L’Etat ne semble pourtant pas se préoccuper outre mesure de cette nouvelle vague, et le dernier conseil des ministres ne s’y est pas penché. La seule nouvelle mesure a été le report de la rentrée scolaire. Aucune communication non plus quant aux variants circulant à Madagascar ! Le 14 décembre 2021, un tweet de la fondation Mérieux indiquait clairement que le variant Delta a déjà été détecté à Madagascar, ce qu’a contredit immédiatement le DG de la fourniture des soins, le Dr Rado Razafimahatratra qui a précisé que seuls les variants Alpha et Beta circulent à Madagascar. La fondation Mérieux a dû se rétracter en invoquant des raisons alambiquées. Une fois de plus, le gouvernement semble être dans le déni de la réalité. On se demande pourquoi. Est-ce dans le but de ne pas affoler la population ?

Quant au variant Omicron, personne n’en parle, alors que le séquenceur a été installé aux laboratoires LA2M à Androhibe depuis fin novembre 2021. La connaissance des pourcentages des différents variants présents est pourtant primordiale par rapport à la politique à mettre en place pour lutter contre ce virus.

Tant qu’à ne rien faire, Madagascar devrait peut-être réfléchir à s’ouvrir aux pays où le variant Omicron est majoritaire comme l’Afrique du Sud où l’on constate une décrue de la contamination. Ce variant semble plus contagieux, mais moins sévère, en termes de formes graves. Il accroîtrait rapidement l’immunité naturelle de la population, et suppléerait au taux négligeable de vaccination. Son apparition semblerait annoncer la fin de la pandémie, pour entrer dans une phase endémique pendant laquelle on vivrait avec le virus comme pour une grippe saisonnière.

Nouveau tracé du téléphérique

La Gazette invite le gouvernement à faire très rapidement preuve de transparence et surtout de revenir dans les clous d’un Etat de droit. A ce sujet, le secrétaire d’Etat en charge des nouvelles villes et de l’habitat vient d’annoncer l’étude d’un nouveau tracé du téléphérique permettant de « réduire les impacts du passage des cabines sur les différents établissements privés. Il n’y aurait donc plus de pylônes dans les domaines de la cathédrale Andohalo et de St Michel », le gouvernement ne voulant apparemment pas d’un bras de fer avec les Catholiques. On aurait pu faire l’économie des différentes protestations si ce projet avait été mené d’une manière professionnelle, avec un appel d’offres en bonne et due forme, un avant-projet et de vraies consultations publiques ainsi que l’exclusion du corrupteur Colas sanctionné par la Banque Mondiale. Reste toujours le problème géotechnique et culturel posé par le passage de ce téléphérique sur la Haute Ville, et notamment devant le palais de la Reine. Les protestations similaires au projet Colisée risquent-elles de renaître à nouveau ?

Les techniciens devraient rester professionnels et ne pas céder aux différentes pressions politiques au risque de confondre vitesse et précipitation.

Les politiques passent, les techniciens restent !

La Gazette

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