La Gazette de la grande ile

L’eau, 2ème cauchemar de Rajoelina (1ère partie) : Déclarer inconstructibles tous les terrains remblayés

Publié le 20 janvier 2022

Rappelez-vous, après une journée de pluie artificielle, le stade Barea était devenu une piscine et cela aurait déjà dû alerter le gouvernement.

Cette fois, il a suffi d’une nuit d’averses pour inonder beaucoup de quartiers de la capitale, sans oublier les nombreux dégâts dans les régions : une dizaine de morts recensés jusqu’ici, des centaines de sinistrés à déplacer, des éboulements, des tonnes de boues à dégager, crainte de crues des rivières. Et cela risque de ne pas s’arranger, car la météo prévoit la persistance de pluies avec un risque cyclonique la semaine prochaine.

Comment en est-on arrivé là ?

Pourtant des enregistrements vidéo de mai 2019 montraient le Président de la République faire des promesses « Nous n’attendrons plus la prochaine période de pluies, car nous allons prendre les dispositions pour protéger IARIVO. Nous allons rénover la station de pompage à Isotry, les canaux de Besarety, Andraharo ». Accompagné du député Rossy, notre « Leader bien aimé » ajoutait « lorsqu’il pleut, l’eau ne devrait plus monter dans ces bas quartiers. Nous allons en faire un quartier agréable à vivre, afin que la population soit heureuse de vivre dans un endroit propre » https://fb.watch/aCPGiVSBed.

Le Guide suprême du peuple malgache comptait sans doute sur le projet PIAA (Programme Intégré d’Assainissement d’Antananarivo) signé en 2017 par le gouvernement de Rajaonarimampianina et l’AFD. Ce marché de 53 milliards Ariary avait été mis en œuvre par SOGEA SATOM spécialisée en travaux de curage de canaux, de canalisation, de réhabilitation de station de pompage et d’ouvrage vanné. Les travaux prévus être réceptionnés début 2020 ont-ils été bien réalisés selon les règles de l’art ? A voir le résultat, on est en droit d’en douter sérieusement.

Triste jour d’anniversaire de la prestation de serment du Chef de l’Etat, trois années de présidence déjà et c’est tout ce que l’ancien maire d’Antananarivo devenu Président de la République a à offrir à sa ville. On comprend son empressement à vouloir coûte que coûte faire le plus vite possible le téléphérique, quitte à sauter les étapes.

Les thuriféraires du Chef suprême des armées diront sans doute que le téléphérique est justement bien adapté à ce type de situation, les passagers n’ayant pas alors à patauger dans la boue ou emprunter des charrettes à bras (les malheurs des uns font bien le bonheur des autres) !

Peut-être si le tracé du téléphérique passait par les quartiers populaires comme Anosizato/Anosy, Antomadinika, Andavamamba, ou Andravohangy, avec un tarif voisin de 500 Ariary plus abordable pour les petites bourses, si tant est que le gouvernement pense à eux en priorité. Et non privilégier le quartier des affaires et les zones de résidence de luxe Ivandry ou Ambatobe !

En tout cas pour les Tananariviens, le renouvellement de tout le système d’évacuation d’eau et l’assainissement des bas quartiers devraient être lapriorité du gouvernement et passer devant le projet téléphérique.

Le dernier projet de protection d’Antananarivo contre les crues d’Ikopa datent de l’après inondation de 1958 avec la construction de la route digue. Les rues en pavé permettaient alors à une partie des eaux pluviales de s’infiltrer dans le sous-sol. Entretemps, elles ont été bitumées, ce qui augmente le volume d’eau ruisselant à évacuer. Même chose pour les nouveaux immeubles construits augmentant le nombre d’habitants ainsi que le volume des eaux usées. Puis vinrent les remblais des 67 ha, de Laniera et du marais Masay réduisant la surface rizicole de Betsimitatatra qui servait en même temps de bassin de rétention.

La solution immédiate

Déclarer immédiatement inconstructibles tous les terrains remblayés dans la plaine d’Antananarivo et en faire des jardins, des parcs forestiers ou des terrains de sport ?

Ne plus accorder de permis de construire pour des projets prévoyant l’augmentation de la surface habitable.

De telles solutions sont certes impopulaires, mais c’est le prix à payer afin que la situation ne s’aggrave pas encore un peu plus d’année en année. Hélas, un tel projet d’assainissement n’est malheureusement pas aussi médiatiquement visible qu’un téléphérique et ne risquera sans doute pas de voir le jour sous la présidence de Rajoelina. Pourtant il fera œuvre utile et son nom passera à la postérité dans les cœurs des Antananariviens et les livres d’histoire : Tana sauvée des eaux, grâce à lui !

La Gazette

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