La Gazette de la grande ile

Gouvernement : Pas de vent favorable pour un bateau sans cap ni timonier

Publié le 20 janvier 2022

Dans notre édition d’hier, nous nous demandions si le gouvernement a une politique pour lutter contre le Covid 19. En l’absence de directives claires et laissé à soi-même, chacun se débrouille actuellement comme il peut. Ainsi dans une école privée, on a choisi de reporter la rentrée des classes primaires. Dans certains lycées publics comme Rabearivelo, Ampefiloha ou Jules Ferry, les classes ont été divisées en deux groupes, l’un assistant aux cours dans la matinée et l’autre dans l’après-midi. Pour le Covid 19, il est patent qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion.

En France, le ministre de l’éducation nationale Blanquer a bien annoncé un protocole sanitaire pour la rentrée des écoles. Cependant, le fait de l’avoir annoncé la veille de la rentrée depuis la station de vacances huppée IBIZA est fortement critiqué même si ce n’est pas illégal. Sa démission est réclamée et les syndicats appellent à une nouvelle grève des enseignants ce jeudi 20 janvier.

A Madagascar, qui blâmer si le dernier conseil des ministres n’a même pas pris la peine de se pencher sur cette question. La UNE de la Gazette du 27 novembre 2020 posait la question « Mais où allons-nous Président ? ».Ce qui semble reprochable, ce ne sont pas des mauvaises décisions mais plutôt l’absence de décision, ce que la Gazette a qualifié de leadership du laisser-faire.

Parlons de quelques affaires chaudes du moment.

En octobre 2020, il y a eu une tentative d’exportation illicite depierres précieuses d’une valeur de 500 000 dollars par un Sri Lankais. Quelques jours plus tard, la douane seychelloise a saisi 22,5 kg d’or en provenance d’un bateau ayant quitté Nosy Be, et censé avoir été préalablement contrôlé par l’Agence portuaire maritime et fluviale ainsi que la police aux frontières, la gendarmerie et la douane. On s’est contenté de l’explication de transbordement en pleine mer. Le 28 décembre 2021, 49kg d’or ont été saisis par les gendarmes et douaniers comoriens à l’aéroport de Moroni. Aucune réaction officielle sur ces affaires de la part du Premier Ministre, chargé de l’intérim du ministre des mines, si ce n’est pour démentir le 14 janvier 2022 les rumeurs de son lien de parenté avec un des deux Malgaches extradés des Comores.

Concernant le n°2 du gouvernement comme le ministre étrange des affaires Patrick Rajoelina aime se décrire, une bande sonore dont il est un des interlocuteurs a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Bande sonore pleine de propos injurieux en malgache avec un accent français reconnaissable et quelques phrases du genre

« Tu m’as menacé, je suis puissant maintenant, ça va mal finir pour toi… ». Aucun démenti de sa part, sinon les réactions de quelques proches disant que

« les discussions ont bien eu lieu, mais dans des circonstances différentes et dans la sphère privée, enregistrées à l’insu du concerné. Et il s’agirait d’un montage fait à partir de ces enregistrements ». Il n’empêche que les propos entendus ne sont pas dignes d’un membre du gouvernement, notamment de celui en charge de la diplomatie. Il est vrai que le mari de Mamasosy est toujours en place malgré une bande sonore menaçant un général qui avait fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Déjà en novembre 2021, ce ministre étrange lance pour la 1ère fois dans l’histoire de Madagascar un appel à candidatures aux postes d’ambassadeurs. La pratique du malgache langue officielle n’est pas parmi les qualifications requises ! (Il est vrai qu’il était très mal placé pour l’exiger). Ses patrons ont laissé faire et n’ont pas réagi. On ne sait pas si cette fois, cette erreur manifeste de casting va enfin être corrigée.

Le ministre des sports devenu ministre des transports a disparu des écrans pendant quelques temps, malgré quelques événements marquants concernant son département : déraillement à Moramanga le 12 décembre, cérémonie de signature le 15 décembre au palais d’Iavoloha d’un avenant au contrat avec Ravinala Airports, inauguration le 16 décembre du nouveau terminal de l’aéroport d’Ivato, naufrage du navire Francia le 20 décembre avec 85 morts et crash de l’hélicoptère transportant le SEG, projet téléphérique devenu un sujet de discorde même au sein d’une même famille.

Et en tant que ministre coach de Tuléar, assassinat la nuit du 23 décembre de l’époux de Maître Elisoa la présidente locale du TIM et du RMDM.

Il est enfin réapparu le 11 janvier comme l’invité du jour de la chaîne de télévision Real TV et a affirmé avoir été informé en temps réel par ses techniciens pendant la période où il a eu des problèmes de santé. Au sujet de Madagascar Airlines, le Ministre a parlé de « magouilles probables » car Tsaradia payerait à Air Austral un loyer mensuel de 193 000 dollars alors qu’on trouve actuellement des avions du même type avec un loyer de moins de 90 000 dollars. Les déclarations du ministre Tinoka Roberto ont été relayées par un journal de la place et n’ont pas tardé à faire l’objet d’un droit de réponse d’Air Austral, le loyer facturé à Tsaradia s’élevant plutôt à 75 000 dollars. De deux choses l’une, ou ses techniciens lui ont « bourré le mou», ou il ne connaît pas ses dossiers.

Enfin, concernant le meurtre de Junot Ramananarivo secrétaire général de l’Union Emergence Madagascar, le Premier Ministre a donné des directives et le procureur a pris l’initiative d’ouvrir une enquête. Une autopsie a été immédiatement ordonnée. Tous les contribuables victimes auraient aimé bénéficier d’une telle sollicitude et célérité. C’est très probablement le cas de maître Elisoa pour l’assassinat de son mari.

Le Président bien aimé avait exprimé sa réticence pour un remaniement malgré des insuffisances avérées de certains de ses ministres, dont le 1er d’entre eux. Cela renforce les rumeurs selon lesquelles personne ne l’écoute plus et que le bateau Madagascar n’a plus simplement de timonier, petit ou grand.

Quant à ceux qui le soutiennent encore, cela rappelle l’histoire d’une personne qui tombe du 13ème étage d’un immeuble. En passant devant le 2ème étage, on lui demande si ça va. Il répond « oui, jusqu’ici ça va », avant de s’écraser au sol deux étages plus bas.

La Gazette

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