La Gazette de la grande ile

Inondation – Sites d’hébergement : Zoom sur Tana sur Ikopa (première partie)

Publié le 22 janvier 2022

Ils sont des milliers de Tananariviens à avoir quitté leurs demeures inondées ou détruites par les récentes intempéries pour venir s’abriter dans les sites d’hébergement mis en place par les autorités. Mais ils ont vite compris qu’ils ont échangé un enfer avec un autre. Entre surpopulation, insalubrité et manque de nourritures, le cauchemar des sinistrés continue dans les sites d’hébergement. « Certains gens font leurs besoins dans la douche. Il est impossible de ne pas écraser les autres si l’on a des envies pressantes au milieu de la nuit, parce que le gymnase est surpeuplé. Mardi par exemple, une personne a perdu connaissance à cause du manque d’air », raconte Fidy. A l’extérieur du gymnase, on peut même voir des gens qui font leurs besoins à l’air libre. En même temps, seules dix toilettes y sont opérationnelles, soit une toilette pour plus de 100 personnes. Sur la même cour où les gens urinent, on peut aussi apercevoir d’autres qui y font leur vaisselle à même le sol, parce que le site ne dispose d’aucune infrastructure à cet effet. Rappelons-le, le site d’hébergement sis à Ankorondrano a abrité plus de 4 000 personnes les premiers jours de son ouverture alors que sa capacité d’accueil ne devrait pas dépasser les 1 000 personnes. Outre le coronavirus, la propagation d’autres maladies contagieuses comme la syphilis  est importante. Si la situation continue à empirer de la sorte, on pourrait songer à mettre des étages dans ce site d’hébergement.

En outre, les sinistrés pointent du doigt le manque de nourriture. « Mercredi dernier, environ 100 sur les 1 000 personnes et quelques hébergés ont eu droit à un repas dans la soirée : un bol de riz avec deux tranches de carotte. Le lendemain, beaucoup de gens ont encore été omis de la distribution. Le dîner n’était servi que vers 23h et n’était pas assez cuit », se plaint Naivo, un résident d’Ankorondrano-Est qui est hébergé au gymnase d’Ankorondrano avec trois autres membres de sa famille. « C’est la raison pour laquelle j’apporte de la nourriture de l’extérieur pour les membres de ma famille. Or, on me refuse l’entrée », poursuit-il. En effet, près d’un demi-millier de sinistrés ont été bloqués à l’entrée du gymnase jeudi soir. Aucun responsable n’a pu donner des explications à la situation, mais d’après les instructions données aux sinistrés, ils devront d’abord attendre l’organisation des responsables. « Dans l’après-midi, on nous a demandé d’apporter notre carnet fokontany. De retour, on nous interdit l’entrée », poursuit Naivo. Beaucoup des gens bloqués à l’extérieur y sont depuis 16h, mais à 21h30 où nous sommes descendus sur place, ils attendent toujours. « Cela fait plus de cinq heures que j’attends à l’extérieur. Ma fille de trois ans est bloquée seule à l’intérieur. Elle devrait avoir la peur de sa vie », désespère Noro, une mère de famille. Malgré les conditions déplorables d’hébergement, il est inconcevable à ces sinistrés qu’ils retournent chez eux sachant que l’eau leur arrive encore jusqu’aux genoux et que pour traverser, ils doivent emprunter des « taxi-pirogues » ou « taxi-lakana ». Ce qui se passe au site d’hébergement au gymnase d’Ankorondrano n’est pas un cas isolé. Les conditions sont encore pires au gymnase de Mahamasina qui accueille près de 3 000 sinistrés. Nous en reparlerons.

Annie N.

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