La Gazette de la grande ile

Madagascar Airlines : Le vernis des apparences

Publié le 26 janvier 2022

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre, secouant non seulement le monde de l’aérien malgache mais le pays presque entier,  lorsque Madame la Vice PCA d’Air Madagascar (MD), au mois d’octobre 2021, a annoncé que le nom de Madagascar Airlines remplacera le nom d’Air Madagascar incluant sa filiale, Tsaradia (TZ), par une opération de fusion avec une nouvelle marque, une nouvelle « Rebranding » comme disent les gens du Marketing. En un coup de balai, tout est parti…, tout va disparaître, l’histoire, la culture, les compétences !… Pour éclairer nos lecteurs, il est important d’apporter quelques éléments de réponse  sous différents angles à cette entourloupe aérienne et de se poser les vraies questions que beaucoup de Malgaches s’interrogent, par rapport à cette compagnie aérienne nationale, à majorité étatique.

La problématique d’Air Madagascar» sera abordée, sous différentes dimensions : historique,  culturelle, managériale,  stratégique, légale,  financière et marketing : « pourquoi est-on arrivé à cette décision irréfléchie et chaotique rapidement pour le label Air Madagascar ?»

Cet article de divise en trois parties :

Nous rappellerons dans la première partie, les aspects  historique, et culturel qui vont nous permettre  de connaître pourquoi le nom AIR MADAGASCAR est associé à notre patrimoine culturel par des hommes d’exceptions qui y ont cru et de situer  certaines dates historiques du passé ou des périodes importantes de la vie de la compagnie.

Dans la deuxième partie,  nous nous focaliserons sur le profil du futur directeur général qui sera amené à être à la barre de la compagnie,  ensuite de la stratégie éventuelle  et la légalité avec des questions en suspens qui méritent d’être posées

Et en dernier lieu,  dans la troisième partie de cet article nous aborderons les volets  financiers et marketing.

Partie 1

1- Historique : « Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient » (Proverbe africain)

Nous nous permettons de considérer certaines dates ou périodes clés de la compagnie pour bien comprendre les différents enjeux dans la vie de la compagnie nationale.

Le 1er janvier 1961, déjà la fusion!…Dans un contexte d’indépendance du pays, la société nationale de transports aériens, Nommée Madair, fut créée suite à la fusion entre la société privée Air Madagascar et Air France (son réseau domestique à Madagascar) avec comme flotte : quatre « Dragon DH89 »,  deux DC4 et sept DC3.

Une année plus tard soit en 1962, Madair devient la compagnie nationale  aérienne  Air Madagascar. Elle dessert l’île avec certaines destinations régionales comme Djibouti, Saint-Denis de la Réunion et Moroni (Les Comores) et la ligne long courrier Antananarivo-Paris-Antananarivo se faisait en partenariat avec Air France d’abord avec le fameux DC-6 et après, avec  la location du Boeing 707B.

En 1964, Madagascar, pour Air Madagascar (MD), était déjà le « Hub » régional où la compagnie dessert l’Ile de la Réunion et l’île Maurice!

Le 26 juin 1967, jour de la fête d’indépendance du pays, le trafic international est rapatrié à l’aéroport international d’Ivato et les vols d’Air Madagascar pour l’Europe  en premier!

Fin des années  60 et début des années 70, pour son développement stratégique, de par  sa présence régionale, Air Madagascar s’est dotée de deux Boeing 737-2B2 (Boina en 1969  et Sambirano en 1971) en les achetant neufs ! Des nouvelles dessertes ont été mises en place ou renforcées, Kenya, Afrique du Sud et l’île Maurice. Il est à noter qu’Air Madagascar était la première compagnie régionale à desservir Nairobi et Johannesburg;  de plus, Air Madagascar, avec ses techniciens et ses pilotes,  était la compagnie  qui a assisté et aidé à la création d’Air Mauritius, Air Réunion, ancêtre d’Air Austral!…d’Air Tanzanie après l’éclatement d’East African Airways dans la région!

En 1970, la flotte d’Air Madagascar représentait un contingent de 26 avions : un Boeing 707, un Boeing 737, 5 « DC4 », 6 « DC3 », 1 « Nord 262», 7 « Piper Aztec », 3 « Piper Navajo » et 2 «Piper Cherokee»!

Dès 1973, grâce à une bonne politique d’investissement industriel et, avec la formation et la compétence des techniciens nationaux, Boeing accorde son label à la compagnie…Air Madagascar prend en charge l’entretien et la maintenance des Boeings 737 et dans la foulée,  d’autres constructeurs de marque  lui font confiance pour la maintenance comme Piper, Lycoming, Collins…. et  la société Bureau Veritas.

En 1979, toujours dans cette logique de stratégie de développement, maintenant à l’international, sur le long courrier, Air Madagascar achète neuf, un Boeing 747-2B 2M (le fameux Ankoay), pour desservir l’Europe, en partenariat avec Air France et  comme dessertes : Rome (Italie), Zurich (La Suisse), Francfort et Munich (Allemagne) ainsi que Paris et Nice (France). Air Madagascar s’en est séparé de son  Jumbo Jet en 1999, en le remplaçant par un Boeing 767-300 en « Leasing ».

En 1998, pour renforcer cette présence internationale, et avec la fermeture de certaines destinations en Europe, Air Madagascar, la seule compagnie de la Région, s’ouvre vers l’Asie, à Singapour, suivie par d’autres compagnies de la Région, Air Austral, Air Mauritius,….

Comme la vie de la compagnie aérienne est étroitement liée à la vie politique Malgache, la crise socio-politique au pays en 2002, suite à l’élection présidentielle, a eu une conséquence néfaste à la compagnie où elle a dû se séparer de ses Boeing 767-200 et 767-300 et recourir à une location de Boeing 767-300 auprès de la compagnie Blue Panorama pour la liaison avec l’Europe, à Paris particulièrement.

Et les problèmes pour la compagnie commençaient à s’accumuler :

– L’exclusion de la chambre de compensation de l’IATA, ce qui vient de se produire  récemment après l’annonce de la création de Madagascar Airlines, le fameux BSP!…,

– La suspension de la certification technique JAR-145, pour la maintenance aéronautique…..

– Les grèves à l’interne….

Pour redresser la compagnie  le président et le gouvernement de l’époque ont fait appel à Lufthansa Consulting avec des « expats » à la tête de la compagnie, présents à Madagascar. Et actuellement, en faisant le parallèle, le gouvernement a fait appel au cabinet Bearing Point, depuis plus d’un an, septembre 2020, avec un tarif exorbitant, non divulgué,…  avec un travail  à distance!….presque en télétravail…la question qu’on se pose : « Comment peut-on comprendre l’âme, la culture, le fonctionnement, voire l’histoire de la compagnie? ». Pour pouvoir prendre les meilleures décisions pour l’avenir du groupe Air Madagascar !…. et  on demande l’aide du cabinet Rothschild…..pour trouver des investisseurs pour relancer la compagnie! N’a-t-on  pas des gens compétents chez nous ou des malgaches reconnus, compétents à l’étranger, dans les domaines aérien, financier, commercial, etc… et la banque mondiale vient de signifier dans son rapport « Diagnostic du secteur privé (CPSD)  que « la dissolution du partenariat stratégique d’Air Madagascar et le manque d’information sur l’avenir de la compagnie aérienne constituent une grande source d’incertitude…. , une telle incertitude ébranlera fatalement la confiance des investisseurs…. »!…En plus,  Il y a  l’annulation de la  garantie de l’IATA (International Air Transport Association) par le biais du fameux « BSP » (Billing and Settlement Plan),  cité, ci-dessus….avec toutes les conséquences que cela vont causer non seulement à la compagnie mais au pays, économiquement dans un contexte incertain de pandémie !….

Revenant sur Lufthansa consulting, juste un an après leur arrivée à la tête de la compagnie nationale, soit en 2003, les résultats commencèrent à être palpables : Réintégration dans la chambre de compensation de l’IATA, la ré-acquisition du certificat JAR-145, la réapparition d’un nouvel appareil, un Boeing B767-300, aux couleurs d’Air Madagascar dans le ciel malgache et pour couronner le tout, la compagnie renoue avec les bénéfices !

Et avec un résultat positif, une image rétablie, une confiance conquise auprès des clients et des partenaires que le premier vrai « rebranding » a eu lieu en 2004, juste le logo….montrant la nouvelle philosophie de la compagnie : la modernité en entrant dans la 21ème siècle, la compétitivité dans l’ère de la mondialisation, le changement radical au sein de la compagnie tant culturel, que technique avec à la clé, l’arrivée d’un 2ème Boeing B767-300 dans la flotte, l’obtention du certificat PART-145, anciennement JAR-145, délivré par l’European Aviation Safety Agency (EASA)  et l’ouverture de deux lignes : Milan pour l’Europe et Bangkok pour l’Asie. L’année suivante, en 2005, dans cette lancée de restructuration et de relance de la compagnie, trois autres avions rejoignent la flotte de la compagnie, soient deux ATR 72-500 et un ATR 42-500 pour l’homogénéité de la flotte et la complémentarité des lignes afin que les pilotes puissent passer d’un appareil à l’autre, qui vont permettre de faire des économies conséquentes pour la compagnie.

… et parallèlement, en 2007, ouverture de la ligne Long Courrier (LC) vers Marseille; en 2008, partage de « code-share » avec  Corsair pour la ligne Paris-Antanarivo- Paris, arrivée d’un nouvel avion, un Boeing B767-300 en remplacement d’un autre en fin de location; en 2009, ouverture vers l’empire du milieu, la Chine, la destination Guangzhou (Anciennement Canton), une vraie stratégie de cohérence !

Comme évoqué auparavant, la vie de la compagnie aérienne nationale est fortement liée à la vie politique malgache, un « putsch » politique en 2009 ait eu lieu, et  les Allemands ont été « remerciés »…..en raison des guerres intestines propres au pays et à la compagnie !…

 Et en 2011, les deux Boeing  B767-300 figurent sur la liste noire de l’Union Européenne (le fameux annexe B!)… conséquences : Un des Boeing fut rendu au propriétaire et le Boeing présidentiel  B 737-300 rejoint la flotte de la compagnie. La compagnie était obligée de louer un Boeing B777-200ER d’EuroAtlantic pour assurer le vol LC vers l’Europe. Le parallèle est vite fait avec la situation actuelle où la compagnie a loué en ACMI auprès de la compagnie Air Europa, puis Ethiopian Airlines  et maintenant  de nouveau  avec  Air Europa  avec un B787-Dreamliner…..sans que personne ne connaisse réellement le contrat avec ces loueurs , ni le contenu du « Business Plan », établi avec le cabinet Bearing Point avalisé par le gouvernement!…en virant à tour de bras, de façon déguisée, « à visage humain », le personnel des deux compagnies Air Madagascar et Tsaradia, plus de 400 employés prévus avec des compétences reconnues.

Certains vont peut-être être repris SI…. sous la bannière Madagascar Airlines en sachant que cette compagnie exploite le CTA d’Air Madagascar et de Tsaradia! Un vrai tour de force….mais est-ce légal ? Les employés doivent signer un nouveau contrat avec Madagascar Airlines, en location gérance d’Air Madagascar, et en perdant les anciennetés et d’autres avantages, comme le salaire, inférieur que celui des deux autres compagnies!….. En tout cas, comme signalé auparavant, IATA a fait savoir qu’il ne garantirait plus les billets émis par Air Madagascar ou Madagascar Airlines parce que c’est une compagnie à risque….de faillite,  sans commentaire !….

à suivre

La Gazette

Lire aussi