La Gazette de la grande ile

Madagascar Airlines : Le vernis des apparences (2è partie)

Publié le 27 janvier 2022

On projette de louer, incessamment,  un vieux Embraer E 190, pour les lignes locales et  régionales en ACMI aussi,….les pilotes doivent suivre une formation parce qu’ils ne sont pas qualifiés pour ce type d’appareils  ainsi que les techniciens….et est-ce que nos  aéroports sont adaptés à ce type d’appareils? voir les expériences en Afrique!  tout cela a un coût!….la gabegie totale!…

Nous sommes actuellement à ce point !…. et la culture de l’entreprise bâtie par des visionnaires…. n’est plus ce qu’elle était !

1-                            Culturelle : « La culture est ce qui subsiste quand on a oublié tout ce qu’on avait appris » (Selma LAGERLOF)

À l’aube de l’indépendance, le premier président de la République, Philibert Tsiranana, voulait, à tout prix, que le pays soit doté de  son «Flag Carrier» (porte étendard du pays!), digne de ce nom, symbole de tout le pays : Qualité, Excellence et Visibilité! C’était un visionnaire, il a fait son choix, en déclarant : « Nous avons une nation à bâtir. Nos besoins ne sont pas ceux des petits cailloux  au bout du monde. Je préfère former et avoir des ingénieurs, des techniciens, des commandants de bord malgaches, plutôt qu’une armée de femmes de chambre et de personnel subalterne aux ordres des étrangers,…. c’est dans cet état d’esprit qu’Air Madagascar est né et a grandi…» . La culture de l’excellence pour Air Madagascar…décolle ! Et quelques années après, on reconnait, dans le secteur aérien  mondial, les compétences des commandants de bord, des ingénieurs, des techniciens,…. malgaches… à travers les différentes compagnies aériennes ou organismes internationaux de la planète!

Dans cet élan de fierté nationale, on prépare à la malgachisation des cadres de la compagnie, à commencer par le premier  directeur général malgache. Le gouvernement malgache avec l’aide du dernier DG français, Jacques Alexandre, a recruté et a formé, Maurice Rajaofetra, en 1971 ! Un autre visionnaire à la barre de la compagnie pour marquer l’ancrage d’Air Madagascar dans le monde aérien de par sa formation que sa préparation au rôle de dirigeant  de la compagnie aérienne,  où rien n’a été laissé au hasard. Il fallait le préparer, son parcours : ingénieur de l’École Nationale de l’Aviation Civile de Toulouse (ENAC) et de l’École Centrale des Arts et Manufactures de Paris, il débuta sa carrière chez Air France (AF) à la direction du matériel, département entretien de l’Aéropostale et parallèlement il vole la nuit en tant que copilote d’avions ! Ensuite, il est affecté au centre de révision d’AF pour les grandes visites des Boeings 707 et 727, etc.,… avant de rejoindre Air Madagascar  où il n’accède au poste de directeur général (DG) qu’en 1974 à 34 ans!

Ses faits d’armes :

– Déjà, avant d’être nommé DG, en cohérence avec la politique du pays sur les pays non- alignés, une coopération Sud-Sud, avec l’Éthiopie, il a mis en place  un partenariat, d’échange de formation pour les techniciens malgaches par Ethiopian  Airlines et en contrepartie, MD fait la révision des matériels d’Ethiopian Airlines;

– Sous son impulsion, la compagnie se fixe 4 objectifs : a)-Le renforcement  et le développement des réseaux, reconnu comme le réseau le  plus dense au monde depuis 1954 ! …b)-l’optimisation des moyens de production (avec peu on fait plus); c)-d’être la 1ère compagnie aérienne, en tant que transporteur aérien de la région ! d)- et d’être la première société malgache a commencé à « malgachiser » tout son personnel après l’indépendance pour être une fierté nationale, le vrai porte étendard du pays, un ambassadeur, à travers le monde!

– Il a réussi un tour de force avec le transfert du centre d’entretien des Boeings 737 de Johannesburg vers Antananarivo;

– Il a été un des premiers précurseurs à mettre en place une alliance stratégique entre différentes compagnies aériennes de différents pays : Air Mauritius, Linea Aera de Mozambica, South African Airways et Air France avec des liaisons inter-pays avec un changement du numéro de vol entre chaque tronçon avec le Boeing 737 d’Air Madagascar! Avant même  la création des grandes alliances comme  Star Alliance, Skyteam, etc.,… ou de regroupement de plusieurs compagnies continentales, actuellement! Ce qui était avant-gardiste pour l’époque, une illustration parfaite de l’optimisation du coût de production…

– L’acquisition en février 1979, du dernier né de  Boeing, le Boeing 747 (Tolom-pihavotana devenu Ankoay), en partenariat avec Air France pour l’exploitation du Boeing;….

Air Madagascar est considérée comme le modèle de la région en ayant la flotte la plus moderne et récente de la région¸ une référence pour les différents organismes internationaux aériens  comme l’O.A.C.I. (Organisation de l’aviation civile International), l’IATA!

– En 1982, l’arrivée du nouveau président du Conseil d’Administration, Nirina Andriamanerasoa en remplacement d’Adrien Dahy a donné une nouvelle impulsion à la compagnie,  en se dégageant de ses filiales comme, Air Route Service, Madagascar Airtours, Zahamotel, la Somhi pour se concentrer à son cœur de métier: le transport aérien et tout cela sous la direction de Maurice Rajaofetra.

– Sur le plan international, Air Madagascar est vraiment sur le « Map » mondial du transport aérien en organisant la réunion annuelle de l’ATAF (Association des transporteurs aériens francophones);

– Etc.,….

– Quasiment, les objectifs fixés lors de l’arrivée de Maurice Rajaofetra en 1974 ont été atteints…l’expérience Air Madagascar est reconnue dans le milieu. Il  a été appelé à d’autres défis à l’international, en ayant été nommé directeur général  de l’ASECNA (Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar) basée à Dakar (Sénégal) où il a fait trois mandats avant de partir à la retraite dont un prolongement du mandat  à titre exceptionnel !

Et un visionnaire remplace un autre visionnaire!….en 1986, René Rasata Rainiketamanga remplace Maurice Rajaofetra au poste de directeur général d’Air Madagascar, un meilleur profil pour faire face à de nouveaux défis dans un contexte qui a évolué aussi. Comme Maurice Rajaofetra, René Rasata Rainiketamanga est  un Ingénieur de l’École Nationale de l’Aviation Civile de Toulouse (ENAC). Il occupait le poste de représentant général de l’ASECNA à Madagascar avant de rejoindre Air Madagascar. Un haut technicien aéronautique doublé d’une passion pour l’économie et le Marketing. Très bon pédagogue, il aimait partager ses connaissances auprès de  la jeune génération malgache en intervenant à l’INSCAE (Institut des sciences comptables et l’administration d’entreprises). Son premier combat, renforcer la richesse d’Air Madagascar : son personnel !… l’optimisation des ressources humaines de la compagnie à travers les séminaires thématiques à Ivato, à Mantasoa,…, les formations spécifiques localement ou à l’extérieur comme à HEC Paris , à l’ENAC à Toulouse en France, à l’université de Concordia à Montréal au Canada ou ailleurs… dans des centres prestigieux dans le monde particulièrement pour les cadres, pour être au courant des derniers outils techniques et de management! La mise en place  du Marketing interne pour renforcer l’appartenance à la compagnie et l’image positive de la compagnie, l’implication sociale de la compagnie à travers la promotion des différents événements sociaux et culturels,… Air Madagascar était un vrai partenaire dans les régions. Il a introduit pour la compagnie, le concept d’Yeld Management basant sur un constat très simple: « il ne suffit pas de remplir un avion, encore faut-il que ce remplissage soit rentable !»  pour la compagnie, une technique courante maintenant dans les compagnies aériennes axée sur les « hautes contributions »!

Pour couronner le tout, en Août 1989, l’inauguration du Centre de Loisirs (CDL) à Ivato,  pas loin de l’aéroport international. Ce CDL s’étend sur trois hectares avec une grande salle de  réunion qui peut être convertie en salle de conférence, ou d’activités sportives ou autres, des terrains de sport : de football, de basket-ball,… et une piscine…. Un endroit destiné pour le personnel et sa famille pour s’évader, se divertir, se décompresser qui ne peut que renforcer et entretenir l’appartenance à la compagnie, encore une référence dans le pays et dans la région!

Pour être efficace, efficient et serein dans l’accomplissement leur travail, l’équipe dirigeante, sous la houlette de René Rasata Rainiketamanga,  a mis en place pour les employés, ayant  plus de 3 ans d’ancienneté dans la compagnie, une facilité d’accession à la propriété : un crédit immobilier, en partenariat avec des organismes financiers de la place !…

Et le personnel  navigant et les techniciens n’étaient pas en reste, il a mis en place une alliance pour leur formation entre Air Madagascar avec ses instructeurs, l’ENEAM d’Ivato, l’ENAC de Toulouse et l’École supérieure des métiers aéronautiques de Montpellier.

Durant sa gouverne que la malgachisation du personnel a été complétée!

Depuis le départ de René Rasata Rainiketamanga, de 1991 à nos jours, beaucoup de dirigeants se sont succédés, tant  malgaches qu’étrangers en tant que président du conseil d’administration que directeur général, mais on peut dire sans ambiguïté, que ce sont les deux grands bâtisseurs de la culture d’excellence à Air Madagascar : Maurice Rajaofetra et René Rasata Rainiketamanga. Ce sont eux qui ont mis les premières pierres et ont inspiré beaucoup de dirigeants et  d’employés à tendre vers l’excellence. Mais malheureusement, l’ingérence de la politique plus que jamais pressante au sein de la compagnie n’aidera pas à retrouver cet aura d’avant et de retrouver le chemin du succès!…..On oublie ou on déforme l’histoire et la culture de la compagnie voire… du pays !…

à suivre

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