La Gazette de la grande ile

Corruption et système d’éducation : Priorité à leur réhabilitation

Publié le 16 mars 2022

Le délai d’inscription pour le Baccalauréat 2022 a expiré le 11 mars dernier. Si pour Antananarivo, l’Office du baccalauréat attendait cette année 80 000 candidats, seulement 40 000 fiches d’inscription ont été retirées. La veille de la date de clôture, seules 25 000 inscriptions ont été enregistrées. Ailleurs dans l’île, la situation semble encore plus préoccupante.

Les droits d’inscription de 15 000 ariary pour les candidats d’école, ou de 50 000 ariary pour les candidats libres (pourquoi d’ailleurs une telle différence de traitement?), sont-ils devenus trop élevés pour certaines familles après la pandémie et à cause de l’inflation galopante ou les pertes dues aux cyclones successifs ? Certaines écoles évoquent effectivement la situation de précarité des parents et la difficulté de certains candidats à régler le droit d’inscription que certains établissements ont dû avancer.

De plus, de nombreux candidats ne peuvent pas fournir tous les papiers administratifs demandés, ceux-ci ayant été détruits par les cyclones. L’office du baccalauréat accepterait encore les inscriptions tardives et encourage les candidats à se dépêcher.

Le gouvernement devrait se préoccuper de cette affaire et ne pas se contenter de cette solution officieuse de fortune prise par l’office du Baccalauréat. Déjà, il faudrait commencer par officialiser une nouvelle date raisonnable de clôture des inscriptions. Ensuite, il faudrait trouver des solutions de rechange pour les papiers administratifs réclamés. Enfin, il faudrait sans doute supprimer (au moins pour cette année) les droits d’inscription, quitte à rembourser immédiatement ceux qui les ont déjà réglés.

Après ces cyclones, de nombreuses écoles, des CEG et des lycées ont subi des sinistres importants au détriment des conditions de travail des élèves qui ne finiront sans doute pas avant les examens, le programme scolaire prévu.

Peut-être certains candidats n’ont pas franchi le pas, ne sachant si l’Université va pouvoir les accueillir l’année prochaine.

Parallèlement, les 36 milliards d’arriérés de vacations des enseignants qui ont assuré les travaux de jury aux examens officiels n’ont pas été payés par le Trésor depuis 2018. Et pourtant, on avait trouvé des milliards pour les bonbons sucettes ! Hier encore, le ministère de l’éducation nationale a dit avoir déja fait tout le nécessaire et renvoie la balle du non-paiement aux autres administrations. 300 vacataires chargés de la préparation des sujets d’examen du CEPE et du BEPC en 2021 viennent de faire un sit-in pacifique devant le ministère à Anosy.

Hélas, aucune considération pour nos enseignants déjà sous payés qui heureusement, n’ont jamais voulu sacrifier l’intérêt des élèves malgré ces arriérés de paiement.

Si on ajoute à cela les éternels non-paiements des bourses des étudiants et des salaires du personnel administratif et technique des universités, le secteur de l’éducation est de toute évidence un des parents pauvres du gouvernement.

Il est grand temps pour nos gouvernants de se pencher sérieusement sur les problèmes du système d’éducation  et d’enfin prioriser leur résolution. Même si les enfants de beaucoup d’entre eux sont inscrits dans un système scolaire étranger, américain, britannique ou français, à Madagascar ou à l’étranger.

Corruption

L’affaire SMMC/Rinah a déjà suffisamment défrayé la chronique, et on se demande si elle ne restera pas malheureusement impunie pendant le mandat de l’actuel président.

L’affaire Imbiki a amené ce dernier à quitter le gouvernement. Quant aux suites éventuelles, elles dépendront du Parlement et de la Haute Cour de Justice.

Les rapports de la Cour des comptes sur la gestion des fonds Covid pendant l’année 2020 ont mis en évidence de très nombreuses irrégularités et indélicatesses qui, espérons-le, ne resteront pas impunies.

Le site du Bianco parle de la dernière affaire de corruption en cours. Il mentionne «des cas d’enrichissement illicite perpétrés par de hauts responsables de la Cnaps. Ont finalement été relevées, lors de ces investigations minutieusement menées, plusieurs infractions de corruption telles que des cadeaux illicites, un enrichissement illicite et un conflit d’intérêts». Il s’agit de l’achat d’un terrain de 9 700 m² à « un prix exorbitant de 12,5 millards d’ariary » https://bianco-mg.org/category/echos-region/?departement=ANTANANARIVO .

On apprend également par le maire Naina Andriantsitohaina l’existence d’un emprunt de 11 milliards d’Ariary de la mairie auprès de la Cnaps pour financer l’acquisition d’Easy Park. Déjà dans l’histoire de Madagascar, la nationalisation d’une entreprise appartenant à un Malagasy  est une grande première. Selon certains conseillers municipaux, cet emprunt serait vicié faute d’accord préalable du conseil municipal.

D’autres libéralités de plusieurs millions de la Cnaps seraient également visées selon les réseaux sociaux. Les incriminés auraient été déferés hier au PAC.

Bref, la corruption s’incruste partout.

Détruire un pays

Un vieux sage chinois, il y a de cela plusieurs siècles, a conseillé à son empereur qui voulait entrer en guerre contre un pays : « Si vous voulez détruire ce pays, il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption ».

« Détruire le système éducatif, en permettant et en encourageant la triche, la fraude et la corruption, suffira à détruire un pays. Des patients mourront entre les mains de médecins médiocres, fraudeurs et corrompus. Des constructions s’effondreront, car construits par des architectes et des ingénieurs médiocres, fraudeurs et corrompus. Tout le système économique du pays, ses richesses, ses réserves de changes fondront comme de la neige, car entres les mains d’économistes, d’hommes politiques, d’investisseurs et hommes d’affaires médiocres, fraudeurs et corrompus. La justice est devenue injuste et au service des plus forts, car entre les mains d’hommes de lois, des juges médiocres, fraudeurs et corrompus. Tous les domaines, tous les secteurs seront en ruines, car gérés par des tricheurs, des fraudeurs et des corrompus qui n’ont plus de valeurs, de repères, de modèles, de grandeur, de dignité, de conscience. Cela finira par engendrer l’effondrement de la nation au bout d’un certain temps ».

Selon le tweet d’une certaine Marilyne Chenuet, « Au Japon, un corrompu se tue. En Chine, il est tué. En Italie, il est mis en prison. Chez nous, il se présente aux élections ». A méditer !

Un remaniement n’y suffira pas, titrait hier la Gazette. Les velirano ne répondent plus aux besoins actuels de la population malagasy, le contexte ayant fondamentalement changé. La sagesse devrait amener Rajoelina à le reconnaître, à revoir et à fixer de nouvelles priorités réalistes en prenant en compte nos moyens. La réhabilitation du  système d’éducation et la lutte contre la corruption en font nécessairement partie. C’est seulement après que vient la nomination des hommes qui s’attèleront à leurs réalisations.

La Gazette

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