La Gazette de la grande ile

50 ans après mai 72 : Un mai 2022 ?

Publié le 02 mai 2022

Tout avait commencé par des revendications matérielles anodines des étudiants de l’école de médecine de Befelatanana. Cela s’est déplacé vers l’université d’Ankatso (la seule université à l’époque) et s’est ensuite étendu aux lycéens, aboutissant aux mouvements de mai 1972.

Dans la nuit du 12 mai 1972, arrestation massive suivie de l’envoi au bagne de Nosy Lava de manifestants. Le 13 mai 1972, une quarantaine de morts parmi les parents et manifestants venus réclamer, sur ce qui allait devenir « la place du 13 mai », la libération et le retour des étudiants envoyés à Nosy Lava. Incendie de la mairie.

18 mai 1972, remise des pleins pouvoirs au général Ramanantsoa par le président Tsiranana.

Ultimatum du SECES Antananarivo

Le mouvement du syndicat SECES pour une université morte, entamé à Ankatso s’étend petit à petit aux autres universités, Fianarantsoa, Mahajanga et Antsiranana. Les communiqués de ce syndicat ressemblent à un vrai ultimatum au président de la République revenu de son voyage de Washington. Comment va-t-il réagir ? Va-t-il y répondre favorablement afin de tuer rapidement dans l’oeuf ce mouvement?

Comme d’habitude, ces enseignants continueront à être rémunérés, qu’ils travaillent ou non, ils peuvent donc tenir indéfiniment. Le pouvoir pourrait être néanmoins tenté de jouer le pourrissement du mouvement et compter sur le mécontentement éventuel des étudiants qui risquent d’avoir une année blanche ?

Révision de la Loi

foncière 2021-016

Cette loi a été votée en juin 2021, quasiment sans aucune consultation.

Début janvier 2022, 164 organisations représentant le monde rural lancent un cri de désespoir dans une lettre adressée à Rajoelina, l’implorant de ne pas promulguer cette loi. Mais Rajoelina fait la sourde oreille , et la promulgue quand même en catimini, légalisant le retour au quasi-monopole de la gestion des terres par le pouvoir central. Exit la décentralisation adoptée en 2006 !

Grâce à la menace de la Banque mondiale d’arrêter le financement du projet de croissance agricole et de sécurisation foncière (CASEF), le pouvoir Rajoelina vient d’accepter de revoir rapidement cette loi. Le nouveau ministre Pierre Holder Ramaholimihaso a déjà tenu une réunion dès le 20, 21 et 22 avril avec des représentants d’organisations de la société civile et des maires.

Victime collatérale de cet épisode : l’ancien ministre des services fonciers Hajo Andrianainarivelo qui avait élaboré cette loi et qui portera le chapeau, ce qui accessoirement n’est pas pour déplaire à Rajoelina.

Pressions des bailleurs de fonds

Rajoelina a toujours été opposé à la vaccination contre la Covid 19. Il a fallu que le président de la Banque Mondiale le lui « recommande » pour qu’il s’exécute immédiatement. Il n’a même pas attendu son retour de Washington et a tenu un conseil des ministres en distanciel pour prendre la décision d’accélérer la campagne de vaccination anti-covid, alors qu’il y était toujours opposé auparavant. D’ailleurs, la règlementation en cours à Washington D.C. sur la vaccination, a dû le priver de certaines libertés de mouvement.

Il semblerait donc que, si Rajoelina reste sourd aux préoccupations de la population malgache et de ses électeurs, en revanche il n’en est rien avec les bailleurs de fonds, lorsque ceux-ci menacent de fermer le robinet.

C’était déjà le cas du tarif Optima de la Jirama, dont Rajoelina avait refusé l’application, désavouant et tançant même publiquement à Tamatave le DG de la Jirama Vonjy Andriamanga. Il a alors fallu que la directrice de la Banque mondiale se fende d’une lettre expliquant les avantages pour les usagers de cette nouvelle tarification (Le monde à l’envers ? La banque mondiale rappelant à l’ordre Rajoelina de se soucier davantage des intérêts du plus grand nombre !) et menace d’arrêter un financement prévu de 400 millions de dollars (celui de la réhabilitation des RN10 et RN 31 justement !), avant que Rajoelina ne fasse marche arrière.

C’est navrant d’en arriver là et de mépriser autant la population et les techniciens malagasy.

Pour avoir la chance d’être écouté par Rajoelina, le SECES devrait-il se résoudre à contacter les bailleurs de fonds et les convaincre de l’importance de cette Loi, afin qu’ils fassent ensuite pression sur Rajoelina ?

Any izay Rajao e….

En avril 2018, des députés MAPAR, TIM, MMM “une union de la carpe et du lapin” (écrivait la Gazette) manifestaient sous prétexte de faire un compte-rendu aux électeurs pour dénoncer des lois électorales jugées iniques. Ils accusaient l’Exécutif de maux divers (corruption, violation de la constitution, trafics, dictature, délestage, inflation, enrichissement illicite…) et demandaient la démission de Rajaonarimampianina. Ce dernier, poussé par la HCC, a fini par accepter la mise en place d’un gouvernement de consensus dirigé par Ntsay. Un coup d’état « constitutionnel » déguisé !

4 ans plus tard, presque jour pour jour, on pourrait reprendre en pire les accusations portées contre l’Exécutif de l’époque et en rajouter bien d’autres comme l’amateurisme (paositra money ou digitalisation par exemple), les intérims devenus permanents,la queue des bidons jaunes, des PPN hors de prix… Au point pour de nombreux Malagasy de soupirer « Any izay Rajao e ! » et de regretter le « bon vieux temps ». C’est dire…

Un mai 2022 ? L’histoire,

un éternel recommencement ?

Le syndicat malgache des agents des ressources stratégiques demande plus de volonté politique des autorités dans la lutte contre l’exploitation illicite et l’exportation illégale des ressources minières malagasy. Les syndicats militent pour une augmentation de salaires conséquente.

Le comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI), par la voix de sa présidente Sahondra Rabenarivo, hausse également le ton. 111 milliards d’avoirs illicites attendent d’être saisis suite à des décisions judiciaires dès la mise en place de l’ARAI. Le CSI a déjà envoyé à Rajoelina le 8 décembre 2021 le nom des 3 finalistes pour le poste de DG de l’ARAI. Ce n’est plus du Rajaonarimampiesona, mais du Rajoelinamampatory ! Et le TGV reste à quai. Sans DG, la mise en place de l’ARAI reste bloquée de facto. C’est ça la tolérance zéro de la corruption, façon Rajoelina. A se demander si ce ne serait pas pour protéger quelqu’un !

Les syndicats vont défiler demain et réclament une hausse de 30% des salaires, un Etat de droit sans corruption.

Bref, quelques revendications non exhaustives (loin s’en faut) sur de nombreux disfonctionnements.

L’histoire va-t-elle être une fois de plus un éternel recommencement ?

Ce contexte délétère et explosif, ajouté à la hausse devenue insupportable des PPN et la nette impression donnée par Rajoelina/Ntsay d’être impuissants et incapables de trouver une solution, peuvent-ils amener un mouvement politico-social du type mai 1973 qui risque de balayer le régime en place ?

Mai 72 a commencé par des revendications des universitaires alors que la situation socio-économique des ménages était plus que correcte à l’époque, contrairement à ce qui prévaut actuellement.

Rajoelina ferait mieux d’écouter de temps à autre ses opposants et d’entendre ses électeurs, plutôt qu’uniquement sa cour. Il se contredit en prônant la stabilité politique tout en harcelant les opposants par des convocations intempestives à la cybercriminalité, accentuant lui-même cette instabilité politique.

Et ce n’est pas son conseiller spécial politique qui a réussi à calmer Brunelle et Zaza, ou son conseiller spécial pour la sûreté nationale, le général à la retraite Ravalomanana, qui arrivera à éteindre ce feu qui couve.

 

La gazette

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