La Gazette de la grande ile

Le leader bien-aimé : Comprend-il vraiment le sens de tout ce qu’il dit ?

Publié le 03 mai 2022

Le Petit Timonier du peuple a préféré convoquer les représentants du patronat malagasy, plutôt que les syndicats, pour une « séance de concertation-consultations » sur les augmentations salariales. Après les salutations et remerciements d’usage, il s’est mis à déclamer la récitation qu’il vient d’apprendre à Washington, en oubliant tout de même le passage sur la vaccination Covid.

A ce sujet, le ministère de la santé vient d’annoncer le début de construction à Ivato d’un entrepôt de stockage de vaccins, doté de 11 chambres froides d’une capacité de 400 m3 et d’une zone de stockage de 1200 m². Il était grand temps ! Ce sera prêt pour la prochaine pandémie.

Est-il surprenant de constater que les gens rechignent à se faire vacciner contre la covid 19, lorsque Le Leader bien-aimé lui-même n’a jamais dit publiquement s’être fait vacciner ? Il a toujours martelé que sa famille et lui-même ne prennent que du CVO.

Le Sucré du Peuple aurait pu profiter de son talent de grand communicateur et se montrer en train de se faire vacciner comme d’autres présidents. Cela aurait été un puissant levier-accélérateur et on aurait aimé qu’il fasse la publicité des vaccins comme il l’avait fait ostensiblement pour son CVO, qui avait même réussi à intéresser des présidents africains. Il est vrai que pour les vaccins, il n’y a pas de prophète brésilienne !

La grande leçon d’économie

Le grand timonnier a donc commencé la réunion avec le secteur privé par louer l’importance du partenariat public/privé, insistant sur la valeur ajoutée apportée à l’économie par le secteur privé.

La priorité de l’économie serait le programme de développement, la formation des jeunes, la création d’emplois directs et indirects par les entreprises, dont les call centers et celles de la zone franche.

L’énergie électrique serait un pilier important de l’économie, même si la construction de barrages prend des années. Tout comme il est nécesaire de développer la production locale ainsi que de ce dont a besoin la population malgache, notamment l’agriculture et l’élevage. Surtout en cette période de la guerre ukraino-russe.

De bonnes routes sont nécessaires pour l’évacuation des produits agricoles, d’où la réhabilitation de la RN44 et bientôt de la RN13 et la RN10. 10 h pour le trajet Tamatave/Tana, c’est trop long. Avec l’autoroute qu’il va construire, cela ne demandera plus que 4h, et un camion pourrait faire un aller-retour dans la journée, peut-être même un 3ème voyage !

Il récitait cela avec tellement d’aisance que l’assistance s’est mise à espérer qu’il a enfin compris qu’un programme de développement n’est pas qu’un chapelet de projets présidentiels, de veliranos, jusqu’à ce qu’il se mette à parler de cette autoroute Tana/Tamatave et qu’il n’a même pas pipé mot de la priorité immédiate que le gouvernement devrait accorder à la réhabilitation rapide de la RN2.

Il semblerait que le Leader bien-aimé ait bien retenu la forme des leçons reçues à Washington, mais il faudrait sans doute encore plus de temps pour qu’il en saisisse le fond.

Comme en février 2020 lors de sa nomination par la BAD comme Champion de la Nutrition, où il a lu son discours, sans même essayer de se reprendre “La malnutrition est un droit fondamental et non un privilège” https://www.transfernow.net/dl/202205011XFHnHBT/1bhLoPW4 .

Et si seulement il avait signé le projet Sahofika au début de son mandat, ce barrage serait opérationnel dès fin 2023. Trois années de perdues irrattrapables, qui coûtent très cher au pays ! Et il n’a toujours pas signé le projet Volobe 2!

Si seulement à son retour de Washington fin septembre 2021, où Madagascar a reçu du FMI son allocation spéciale de 332 millions de dollars pour soutenir les projets de développement, si Le Leader bien-aimé avait alloué une partie de ce financement pour aider le paysannat (irrigation, engrains, intrants, etc..), commencer immédiatement la réhabilitation de la RN2 ! Au lieu d’importer d’Inde une vingtaine de bateaux de riz, dont le 16ème vient d’accoster à Toliara pensant qu’il faut attendre deux ans avant de récolter le riz qu’on sème aujourd’hui (il reste encore 4 bateaux à venir)!

Beaucoup de soupirs de regrets venant du rang des chefs d’entreprises présents !

Les réactions du secteur privé

Après cette profession de foi qui restera vraisemblablement au stade de vœux pieux, le Président a milité pour une augmentation générale conséquente des salaires.

Rivo Rakotondrasanjy, président du FIVMPAMA et porte-parole du secteur privé, a remercié le président et a réussi à lancer tout de même indirectement quelques piques. Selon lui, tenir de telles réunions bipartites est nécessaire en tout temps, pas seulement en temps de crise. Le secteur privé est conscient de la situation difficile dans laquelle se trouvent les salariés tout comme celle des entreprises, laissées à elles-même sans aucune aide de l’Etat, après cette crise créée par la covid et la guerre ukraino-russe.

Le secteur privé n’a cependant pas attendu cette réunion (sous-entendu Le Leader bien-aimé l’a fait) et avait déjà commencé le dialogue avec les syndicats depuis plusieurs mois. Les employés sont parfaitement conscients des difficultés de leurs entreprises et ne veulent surtout pas en rajouter au risque pour certaines de devoir mettre la clé sous le paillasson, fermer et détruire des emplois. C’est ainsi qu’ils sont parvenus à un consensus d’une augmentation de 9,9%, décision déjà transmise au gouvernement depuis quelques semaines en vue de son officialisation par décret. D’ailleurs, beaucoup d’entreprises ont déjà pris la décision d’appliquer cette augmentation de 9,9%, sans même attendre la sortie de ce décret.

Le Leader bien-aimé,

héraut des « madinika »

Le Leader bien-aimé a trouvé trop bas ce taux de 9,9% et a défendu une hausse plus forte portant le minimum à 250 000 ariary. Alors qu’un consensus avait déjà été trouvé entre employeurs et salariés du privé après des négociations dans le cadre normal d’un dialogue social. Consensus qui n’empêche aucunement les entreprises qui en ont les moyens d’aller bien au-delà.

L’assistance a alors compris que le Leader bien-aimé voulait surtout se montrer le héraut des plus faibles en proposant une augmentation plus conséquente.

Mamimbahoaka a donc choisi le 1er mai pour confirmer sa décision unilatérale d’augmenter à 250 000 ariary le salaire minimum et annoncer que l’Etat prendra à sa charge la différence de 30 000 ariary, sans aucune autre précision sur les modalités pratiques d’application de cette décision.

Boîte de Pandore, 30 000 ariary

à la charge de l’Etat !

Le Leader bien-aimé a-t-il mesuré qu’il a ouvert la boîte de Pandore en décidant cette prise en charge par l’Etat des 30 000 ariary par employé par mois ? Une mesure qui va durer dans le temps et qui va alourdir l’administration du personnel !

Comment cette prise en charge par l’Etat se fera-t-elle dans la pratique ? Par exemple, pour les particuliers employant des gens de maison, des jardiniers ou des chauffeurs.

Ou va-t-on avancer une fois de plus le mot magique « digitalisation » ?

Comment vont se traiter les nouvelles embauches au salaire minimum ? Dans chaque contrat de travail, va-t-on devoir mentionner 250 000 ariary et préciser que 30 000 ariary seront versés par l’Etat !

Les employeurs privés risquent-ils un désistement de l’Etat de ses engagements dans le futur ?

L’échelle des salaires va en être chamboulée et ce sont les entreprises qui vont en supporter les conséquences, le Leader bien-aimé s’en désintéressant complètement.

Beaucoup d’incertitudes et d’inquiétudes pour ces chefs d’entreprise, qui vont peut-être devoir rajouter une ligne supplémentaire dans les bulletins de paye !

Avec les difficultés de paiement et d’organisation des services de l’Etat qui n’arrivent déjà pas à payer en temps et en heure ses fonctionnaires, ces chefs d’entreprises craignent d’être les dindons de la farce de devoir faire l’avance sur leur trésorerie déjà fragile et d’en subir les conséquences comme les pétroliers . Hélas, tel est le mode de gouvernance du Leader bien-aimé : d’abord décider tout seul, puis on verra par la suite !

La Gazette

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