La Gazette de la grande ile

Chronique de Noel Razafilahy : Traversée du désert et mirages trompeurs des discours

Publié le 03 mai 2022

En quittant l’Egypte sous la conduite de Moïse, le peuple hébreu entame un long périple dans le désert de Sinaï. Toutes proportions gardées, c’est la raison pour laquelle on peut comparer le destin du peuple de cette île avec l’itinéraire aux divers rebondissements des descendants d’Abraham avec ce que les habitants de ce pays ont vécu depuis la fin de la colonisation. Certains analystes parlent d’un éternel recommencement. D’autres n’hésitent pas du tout à voir notre situation comme une descente aux enfers à propos de l’appauvrissement programmé par les dirigeants successifs qui se sont enrichis sur le dos de toute la population. Avec la complicité d’étrangers vivant parmi nous et d’autres qui, au-delà des mers pour assurer la prospérité d’un mercantilisme sauvage, font d’eux des valets serviles pour les aider à piller nos ressources. Il arrive donc que dans cette errance institutionnelle, excités par des esprits malins, nous sommes incités à la révolte dans des émeutes cycliques stériles.

Combien de fois nous avons été bernés dans l’espérance vaine d’un changement du mieux-être ? Le mal est feu et fait des destructions avant qu’on réalise que des agitateurs spécialistes de la manipulation se sont servis de nous pour mieux consolider leurs ambitions d’oligarques avides d’enrichissements illicites. Il y avait en 1972 le temps de la sérénade pour faire croire à la horde de la «2ème classe et du petit peuple » que le pouvoir prolétarien existe… Puis plus tard, avec l’ère de la perestroïka, le vent des aspirations populaires souffle. Il gonfle les voiles d’une démocratie populiste après la destruction des Murs de Jéricho. Jusqu’au règne d’une voyoucratie monopoliste adepte du favoritisme abusant des privilèges étatiques et les octrois complices des marchés publics, le pays vivra sous les charmes des discours soporifiques. Il suffisait « de croire» disait l’un, pendant que l’autre nous assomme avec les promesses et la parole donnée jamais tenues. Mais comme tout a une fin, après les malheurs d’une pandémie, les maux du Kéré cette rude famine de l’Androy, les ravages des catastrophes climatiques, Madagascar vit actuellement avec les mannes financières du grand Manitou de Washington. Mais jusqu’à quand devons-vous supporter cette succession de modes de gouvernance du style Donald Trump et les promesses qui tardent à se réaliser ? Pour les fils d’Israël, la manne est «une nourriture qui permet au peuple de ne pas mourir de faim ». Elle a ceci de particulier, « elle ne peut pas se capitaliser : chacun recevait sa juste part. (…) Et quand un Israélite voulait en ramasser plus pour faire des réserves, voire du commerce, ce qu’il avait ramassé en trop pourrissait. » A propos suivez mon regard… A notre époque, c’est la loi de l’offre et de la demande. L’essentiel serait de cesser de rêver et de croire au miracle de la main tendue pour recevoir des dons qui tombent du ciel. Dans la logique des aides des partenaires internationaux aux arrière-pensées rarement avouées « on n’a rien pour rien et que celui qui donne commande… » ll est donc recommandé de suivre le conseil de ce laboureur d’un poème de La Fontaine qui dit à ses enfants «Remuez votre champ (…) Gardez-vous, leur dit-il de vendre l’héritage que nous ont laissés nos parents. Un trésor est caché dedans. (…) Mais le père fut un sage de leur montrer que le travail est un trésor.

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