La Gazette de la grande ile

Moyens de démolir un pays : Détruire le système éducatif et généraliser la corruption

Publié le 07 mai 2022

Un vieux sage chinois donna le conseil ci-après à son empereur : « Si vous voulez détruire un pays ennemi, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en pertes humaines.

Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption.

Ensuite, il faut attendre un certain temps, et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs ».

Notre système éducatif va à vau l’eau et périclite peu à peu

La lecture des comptes-rendus des conseils des ministres montre les premières préoccupations de la ministre  de l’éducation nationale, « surtout des demandes de crédit, des travaux de constructions d’établissements scolaires manarapenitra et leur future inauguration ».

Ainsi par exemple, pour le conseil des ministres du 13 avril 2022, “Approbation de la communication verbale relative à l’achèvement de travaux de constructions d’Établissements Scolaires Manarapenitra et à leur inauguration. Actuellement, 123 établissements scolaires manarapenitra (lycées, CEG et EPP) financés sur PIP interne, nouvellement construits sont prêts à l’emploi. En parallèle, 118 EPP implantées dans six régions ont fait l’objet de réception provisoire. Elles sont financées par la Banque Mondiale à travers le projet PAEB. Ces établissements scolaires sont tous prêts à être inaugurés”.

241 établissements manarapenitra en attente d’inauguration vont donc bientôt remplir l’agenda de Mamimbahoaka.

Voilà une ministre modèle selon les critères d’évaluation Rajoelina : tout pour les signes extérieurs de travail acharné du ministre, permettant à Mamimbahoaka de faire du werawera. Rien sur les programmes, la formation et le recrutement d’enseignants, comme si l’essentiel du travail du ministère se limite à la construction d’écoles manarapenitra et leur inauguration.

A choisir cependant, les parents d’élèves préfèreraient sans aucun doute avoir un enseignant bien formé enseigner à l’extérieur sous l’ombre d’un arbre à une école manarapenitra avec un enseignant mal formé ou pire sans enseignant?

Tout comme ces 18 sur les 20 CSB manarapenitra d’Ambovombe sans médecin, ou de nombreux autres CSB manarapenitra des régions Androy, Anosy et Melaky dans la même situation. Ainsi, la région d’Anosy ne dispose que de 4 médecins pour les 45 formations sanitaires.

Président, arrêtez de gaspiller le budget dans la construction de nouveaux CSB ou d’écoles manarapenitra, et donnez aux CSB et écoles existants les moyens humains et matériels pour mieux fonctionner, même si cela diminuera le nombre d’inaugurations que vous aurez à effectuer.

Des étudiants sortant des Ecoles normales supérieures sont nombreux à avoir terminé leurs études depuis deux ou trois ans et à ne pas avoir encore obtenu de poste, faute de postes budgétaitres. En revanche, un sortant de l’académie militaire ou de l’école de police a la certitude d’être recruté à la fin de son cursus. Voilà la priorité accordée par ce régime aux forces de l’ordre plutôt qu’aux enseignants.

Un enseignant au CEG de Mananjary, Jeannot Randriamanana, a eu le culot de dénoncer la fermeture prolongée des écoles publiques et des conditions déplorables de scolarisation des enfants dans la commune de Nosy Varika. Il a écopé d’une peine de 2 ans de prison ferme pour avoir lancé l’alerte sur Facebook.

De telles allégations n’auraient-elles pas dû déclencher une enquête diligente, approfondie, impartiale et transparente de la part du ministère de l’éducation nationale, indépendamment de ce que fait la justice ? Et ce ministère n’aurait-il pas le devoir de fournir une protection à ses enseignants ?

Le ministère de l’enseignement supérieur

Quant au ministère de l’enseignement supérieur, on a continuellement droit aux grèves des boursiers, du PAT dans toutes les universités. A croire que ce ministère passe son temps à ne  traiter que cela.

Les arriérés  des vacations s’élèvent actuellement à 71 milliards ariary, presqu’autant que ceux des pétroliers ! Ce sui signifie clairement que la situation de ces enseignants reste le cadet des soucis du gouvernement.  Et quand le ministère a finalement décidé de régler une partie de ces arriérés, les « heureux bénéficiaires » ont été envoyés faire la queue à Tsaralalàna, pas loin de l’endroit où des prostituées attendent leurs clients. Quel mépris !

Et au conseil des ministres, on préfère passer du temps à plutôt parler de la célébration du 60ème anniversaire des foyers universitaires d’Arago et de Cachan, que de la situation de ces professeurs.

Le SECES a décrété « des universités mortes, pas encore la grève, » en attendant que le président prenne ses responsabilités pour la promulgation de la loi sur l’autonomie des universités. Pas de cours, fermeture de toutes les salles de cours, tous les chercheurs restent chez eux.

Il est clair que Rajoelina ne peut pas promulguer une loi déclarée inconstitutionnelle par la HCC. Cependant, s’il estime la reprise des cours importante et urgente, il aurait dû convoquer très rapidement des représentants du SECES et des professeurs en présence des ministres de l’enseignement supérieur, de la justice et des finances afin de discuter du fonds des problèmes.

Peut-être mettre sur pied une commission de travail qui élaborera une nouvelle moûture de la loi, au lieu de d’ignorer cette demande du SECES et de laisser pourrir la situation, de continuer à payer des professeurs qui ne travaillent pas et regarder sans rien faire des étudiants qui risquent encore une année blanche ?

Réveillez-vous M. Le Président, même si vous n’êtes jamais allé à l’université, ayez pitié de ces jeunes qui sont l’avenir de notre pays ! Les deux seuls agendas concernant vos activités publiés des 29, 30 avril, 1er mai et 6 mai parlent surtout d’inaugurations. La population ne vous a pas élu pour passer votre temps à procéder à des inaugurations.

Corruption généralisée

Pas besoin d’un long développement pour constater qu’à tous les niveaux, la corruption règne à Madagascar. Et chaque Malagasy a dû la subir au moins une fois dans sa vie. Toute once de pouvoir se monnaie actuellement, et cela empire de jour en jour à cause de l’inaction du gouvernement, favorisant l’impunité.

Parce que vous ne donnez pas des suites judiciaires aux rapports de la cour des comptes sur le fonds Covid. Parce que vous n’avez toujours pas nommé le DG de l’ARAI. Prosaïquement, la 3ème tranche de la FEC risque de ne pas être débloquée.

Et pourtant avec ou sans la carotte des financements des bailleurs de fonds, prenez enfin conscience que le pays a terriblement besoin de s’attaquer très rapidement à la corruption. Ce sont des actes que l’on attend de vous, pas des intentions, ni des paroles en l’air.

Votre ancienne directrice de la communication Rinah Rakotomanga ne travaille plus à l’ambassade de Paris depuis décembre, abrogez donc son décret de nomination et entamez les poursuites dans l’affaire SMMC/Rinah. Ce serait déjà un premier signal de votre détermination à lutter contre la corruption, « montrer que l’impunité, c’est du passé ».

Accessoirement, cela nous permettra peut-être d’éviter de figurer dans la liste grise du GAFI. Madagascar est déjà sous la loupe des institutions internationales luttant contre le blanchiment. Seriez-vous étonnés d’apprendre que 38 Malagasy possèdent à Dubaï 42 propriétés immobilières d’une valeur totale de 7 millions de dollars ? (Source : EU Tax observatory  https://www.taxobservatory.eu/wp-content/uploads/2022/05/APZO2022-2.pdf)

Grand timonier, commencez à agir pour redresser la barre et ne soyez pas l’ennemi de votre propre peuple en laissant dépérir le système éducatif et prospérer la corruption, afin d’éviter que Madagascar ne devienne “un pays d’ignorants dirigé par des voleurs” !

La Gazette

Lire aussi