La Gazette de la grande ile

Démocratie à Madagascar : Juste une façade

Publié le 07 mai 2022

Madagascar est-elle vraiment un pays de démocratie ou une démocratie de façade ? La démocratie se résumerait-elle à une élection soi-disant juste et transparente à Madagascar? Les membres du Parlement de notre République sont entrés en session ordinaire pour une durée de 60 jours, mardi dernier. Ce pouvoir législatif incarnerait-il au mieux le pouvoir souverain du peuple pour une meilleure stabilité politique avec l’hyper présidentialisme actuel ? Le régime est soumis actuellement à un grand défi de répondre au besoin ressenti par la majorité des Malagasy comme une réelle démocratie représentative, où  leurs représentants élus, Messieurs « les Honorables Députés » sauront transmettre et défendre leur desiderata pour leur bien-être, sans attendre les prochaines élections, car les politiques publiques menées jusqu’à maintenant sembleraient insuffisantes pour améliorer leur vie quotidienne.  Les Malagasy pourraient-ils encore espérer un changement ? Le doute s’est installé depuis  un certain temps.

Le régime actuel se caractérise par la rareté de consultation de la majorité des Malagasy en dehors des élections et le développement insuffisant du contrôle parlementaire sur des décisions politiques monopolisées par le pouvoir exécutif  avec une Présidence toute-puissante. Madagascar vit actuellement sous un régime  hyper présidentialiste. Devenu une marque de fabrique de Madagascar, le Président de la République est « Président de tout » et culturellement « Ray amandreny » de toutes les institutions et de tous les Malagasy.  Le système politique est supposé officiellement démocratique,  mais il est officieusement pyramidal et dictatorial, une  « DEMOCRATURE » disaient les sociologues et économistes !

Madagascar se singularise par l’omniprésence, l’omnipotence et la magnificence du Président de la République  avec  une forte emprise sur l’ensemble de l’Exécutif et une vassalisation subséquente des pouvoirs législatif et judiciaire. L’équilibre des pouvoirs est biaisé avec un pouvoir judiciaire qui est une partie intégrante de l’Exécutif sous la houlette d’un Ministre de la Justice, membre du gouvernement sous l’autorité du Président de la République. Les pouvoirs législatif et judiciaire ne jouent qu’un rôle symbolique de figuration et d’accompagnement du Président dans sa politique d’orientation et d’instrumentalisation des institutions de l’État. Le contrôle parlementaire et judiciaire de l’action du gouvernement y est synonyme de « PANURGISME ». Le parti au pouvoir, du fait de sa position ultra dominante et de sa surreprésentation au sein du Parlement depuis les élections de 2018 et du pouvoir judiciaire, notamment au sein de la Cour suprême et de la HCC dont la nomination d’une partie des membres relève de la discrétion de Monsieur le Président,  rythme le quotidien de nos institutions.

Le Parlement malagasy est devenu une « chambre d’enregistrement » des “Hautes Instructions du Président de la République” ». Madame le Président de l’Assemblée Nationale a rappelé que « les députés majoritaires de l’Assemblée Nationale sont garants de la STABILITE DU POUVOIR » lors de son discours de mardi dernier. Et le Premier Ministre, proposé par l’Assemblée Nationale et nommé par le Président, défend la nécessité d’une « STABILITE » pour répondre efficacement aux conséquences de la crise mondiale, (pour contrer l’idée d’une motion de censure) ; alors que sa mauvaise gouvernance économique et administrative est relatée dans tous les rapports nationaux et internationaux.  Pour la majorité des Malagasy, ce sont les PERFORMANCES ECONOMIQUES qui déterminent la STABILITE POLITIQUE, mais pas l’inverse. Pour la majorité des Malagasy, il y a  « STABILITE POLITIQUE » lorsqu’ elle peut vivre dignement dans la paix. Ce n’est qu’à Madagascar qu’un mandat d’un Premier Ministre serait supérieur au mandat du Président sauf évolution d’ici 2023 ! Un mandat qui se traduit par une mauvaise performance économique claire: « les 80% de Malagasy pauvres en 2018 se sont encore appauvris et le nombre de pauvres a encore augmenté aujourd’hui ».

Aurons-nous encore espoir avec un tel résultat ? Comment pourrait-on s’attendre à une représentation effective avec un parlement  où les  représentants élus de la majorité des Malagasy ne  leur ressemblent même plus, tant par leur parcours de vie que par leurs pratiques et leurs comportements ? Comment pourrait-on s’attendre à une justice constitutionnelle indépendante et impartiale lorsque la quasi-totalité des juges constitutionnels sont des partisans du parti au pouvoir surtout avec des potentiels conflits d’intérêts ? Comment aurait-il pu en être autrement dans un régime politique conférant la mainmise à l’Exécutif sur les pouvoirs législatif et judiciaire ? Comment peut-on s’attendre à une séparation des pouvoirs lorsque le Président de la République sans contrôle parlementaire a priori ou a posteriori, a nommé tous les membres de la Cour suprême et de la HCC ainsi qu’un tiers des sénateurs d’un Parlement déjà largement acquis à la majorité présidentielle ? Comment parler en définitive d’équilibre des pouvoirs dans un  tel régime politique qui  devrait pourtant être officiellement, une  démocratie représentative garantissant potentiellement une séparation et un équilibre des pouvoirs au sein de l’État ?..  C’est sûr que toutes les bonnes choses, c’est-à-dire la démocratie, la stabilité politique et le développement de notre nation n’arrivent pas en même temps, mais ne serait-il pas temps de donner un minimum de respect aux Malagasy, d’ autant plus que tous les élues et élus ainsi que les titulaires de charges publiques se sont tous engagés pour le mieux-être des Malagasy. Les Malagasy devraient être considérés comme des citoyens du 21eme siècle, mais pas des enfants ignorants du « Moyen Age »… Les partenaires de développement devraient-ils continuer de soutenir une telle démocratie de façade, résultat d’une soi-disant élection démocratique, car c’est pratique pour eux pour la suite d’avoir un interlocuteur privilégié « ÉLU » uniquement, même s’il devient dictateur pendant son mandat ? … En décodant certaines informations diplomatiquement diffusées, les choses commenceraient à changer heureusement.

Zaza R.

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