La Gazette de la grande ile

Mea culpa du Président : La population l’écoute mais ne l’entend plus !

Publié le 09 mai 2022

Le serment du Président n’a plus aucune valeur. Il n’a même pas respecté celui prononcé devant le pape. A Farafangana, le Petit Timonier a déclaré « Je ne vais accuser personne. Redresser un pays ne se fait pas en 2 ou 3 ans. J’accepte d’endosser la responsabilité de tout ce qui n’a pas été réalisé par mes prédécesseurs. Ce n’est pas un problème. Pour ma part, je vais tout faire pour rattraper le retard du développement de Madagascar. Je demande pardon pour tout ce qui n’a pas encore été réalisé. Toutes vos souffrances, le chômage, l’insécurité et l’inflation m’écœurent. Mais je n’abandonnerai pas. Je tiens toujours mes promesses et je ne trahirai jamais mes engagements ».

Une promesse de plus qui essaie de toucher le cœur des Malagasy, en espérant sans doute qu’ils ont oublié les précédentes promesses de la même veine demeurées sans suite ! Cela entre par une de leur oreille et ressort de l’autre.

Personne ne demande à Mamimbahoaka d’endosser la responsabilité de ce que ses prédécesseurs n’ont pas réalisés. Combien de fois a-t-il répété que ce qu’il fait n’a jamais été fait en 60 ans, une manière de sous-entendre que les présidents malagasy n’ont pas fait grand-chose avant lui.

On lui demande seulement de réfléchir un peu sur les résultats  de la première moitié de son mandat et de commencer par en faire le bilan sincère et sans complaisances , et d’admettre que ce n’est vraiment pas brillant !

Madagascar a intégré le bottom 5 (contraire de top 5) du classement des pays les plus pauvres et y occupe maintenant le 5ème rang, alors que le pays était auparavant au 10ème rang des pays les plus pauvres. Un net recul !

De surcroît, si en 2018 70,7% de la population vivait sous le seuil de pauvreté, actuellement ce taux a dépassé 77%, son niveau le plus élevé depuis 2012.

De quoi avoir honte d’être Malagasy, devenu mendiant professionnel !

Un serment devant le pape François

N’a-t-il déjà pas déclaré lors de la visite du pape en septembre 2019  « Les Malagasy, pendant 59 ans, ont sombré dans le désespoir, ont perdu leurs repères. Actuellement, en 2019, une nouvelle page s’ouvre dans l’Histoire de Madagascar. Votre Sainteté, devant vous et cette assemblée, en ce lieu, en ce jour, je confirme ma volonté et mon engagement pour redresser et reconstruire Madagascar. Je veillerai sur les Malagasy. Je serai à l’écoute et aux côtés de mes concitoyens ; je serai attentif aux plus faibles et aux plus démunis; je cultiverai la justice et l’équité, l’amour et l’espoir.

Je ressens et j’ai vu la souffrance de mes concitoyens, je les ai entendus et je les ai écoutés. Cela m’a fendu le coeur; cela a secoué mon âme. Et je leur ai promis que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’ils croient à nouveau au destin de Madagascar; qu’ils soient fiers de leur terre et de ce qu’ils sont. Je vais tout faire pour offrir un meilleur avenir aux Malagasy qui, depuis tant d’années, ont souffert de la pauverté, de l’injustice, de la partialité et de l’abandon.

Telle sera ma tâche, telle est ma mission. Et devant vous, Saint Père, avec humilité et déférence, je renouvelle ce serment. Je m’attèlerai, chaque jour à reconstruire Madagascar et à rendre leur dignité aux Malgaches. Je leur montrerai que les blessures peuvent être pansées et guéries, je leur montrerai que la haine nous divise et que l’unité nationale est possible, que l’amour est plus fort que tout, qu’avec la foi, la vraie, tout devient possible ». Une autre variante du discours de Farafangana.

Quel excellent discours -programme ! Qui ne serait ému après un tel discours ? Un serment devant sa Sainteté ! Les Malagasy se sont mis à y croire.

Mais soyez sincère envers vous-même et reconnaissez, M. le président  que les Malagasy ne sont plus fiers de leur terre ni de ce qu’ils sont devenus. Ils souffrent plus que jamais  de la pauvreté, de l’injustice, de la partialité et de l’abandon, tout le contraire de ce dont vous avez fait le serment devant sa Sainteté. Quant à la justice et l’équité, n’en parlons même pas.

Alors, ou bien vous n’avez rien fait de tout ce que vous avez promis. Ou bien, c’est que vous avez effectivement essayé de faire tout ce qui est en votre pouvoir, mais que vous n’y arrivez pas. Dans les deux cas, arrêtez de continuer à faire du mal aux Malagasy et ayez l’huimilté de demander de l’aide ou de démissionner!

On comprend qu’il est difficile de redresser un pays en 2 ou 3 ans. En revanche, 3 ans suffisent pour le détruire et Rajoelina vient d’en faire la preuve.

Comme la Gazette l’a écrit dans son dernier numéro, le meilleur moyen de détruire un pays est de détruire son système éducatif et d’y généraliser la corruption. C’est malheureusement ce qui se passe à Madagascar depuis 3 ans.

Se montrer satisfait et fier d’avoir pu construire 480 établissements scolaires dont 140 EPP manarapenitra,  sans se préoccuper de la qualité de l’enseignement dispensé dans les établissements existants ! Pour Mamimbahoaka,  l’amélioration du système éducatif  se réduit à la course à la construction d’établissements manarapenitra.

En disant « qu’il ne trahira jamais ses engagements », personne n’est plus dupe et sait que ce n’est qu’un mensonge de plus. Il n’y a que lui et ses proches qui pensent que la population va avaler une fois de plus des couleuvres. Chat échaudé craint l’eau froide, et les belles paroles et werawera ne suffisent plus. Il n’y a que la vérité qui blesse, mais comme l’a écrit un grand penseur congolais « Si la vérité blesse à court terme, le mensonge le fera à long terme ».

Ainsi par exemple, son engagement sous un tamarinier, un arbre sacré, en octobre 2020 de ne plus faire de la politique si les travaux de réhabilitation de la RN13 ne commençaient pas début 2021. Ensuite, l’annonce en octobre 2021 du début des travaux avant fin 2021. Enfin, jamais deux sans trois, à son retour de Washington, il annonçait qu’il y aurait eu des problèmes à cause de Colas adjudicataire du marché à cause des sanctions  infligées par la Banque mondiale à cette société dans le cadre du projet Ravinala Airports, mais que l’Union européenne allait donner son avis de non objection sous huitaine.  Encore raté une fois de plus!

Pense-t-il réellement qu’on l’entend encore et qu’il reste crédible ? Sur les réseaux sociaux, on l’affuble depuis des mois du surnom « Rainilaiga » (le Menteur) ou « Rainidedaka » (le Bonimenteur) !

Les caisses sont vides

Tout le monde a compris que les caissses de l’Etat sont vides, et on ne lui demande pas de continuer à faire de nouvelles promesses qu’on sait qu’il ne tiendra pas. Malheureusement, ça le démange et il n’arrive pas à s’empêcher de promettre ici et là des stades ou des écoles manarapenitra, comme il vient de le promettre encore à Farafangana !

Lors de sa visite,  le Pape François « a lancé un appel fort, exhortant à «lutter avec force et détermination contre toutes les formes endémiques de corruption et de spéculation qui augmentent la disparité sociale, et à affronter les situations de grande précarité et d’exclusion qui produisent toujours des conditions de pauvreté inhumaine». Dans cette perspective, il demande l’instauration de «médiations structurelles qui peuvent assurer une meilleure répartition des revenus et une promotion intégrale de tous les habitants, en particulier des plus pauvres».

Des caisses vides ne peuvent justifier l’inaction dans la lutte contre toutes les formes endémiques de corruption.

Quel programme pour la fin de mandat ?

Si Mamimbahoaka veut faire œuvre utile pour la fin de son mandat et garder une chance de se faire réélire, la Gazette suggère une fois de plus un plan d’action qui ne nécessite pas de financement particulier:

Commencer enfin par lutter sérieusement contre la corruption, par nommer rapidement le DG de l’ARAI et rendre public le rapport du cabinet d’audit indépendant sur l’utilisation des fonds covid et donner une suite judiciaire aux rapports de la cour des comptes et à celui de ce cabinet d’audit.

Donner des suites judiciaires à l’affaire SMMC/Rinah.

Nommer des titulaires à tous les postes tenus par des intérimaires.

Demander à Ntsay de donner rapidement les numéros des arrêtés de nomination des employés et collaborateurs de ministres, et d’arrêter de les mettre sous le coude.

Donner des instructions fermes aux ministres responsables de tout faire afin qu’au plus tard d’ici 3 mois, il n’y ait plus de boursiers ou d’employés de l’Etat qui ne soient pas payés en temps ­­­­­­­­et en heure.

Faire payer dans les 3 mois tous les arriérés de toutes les petites entreprises de travaux publics.

Arrêter de parler de projets présidentiels ou de projets d’émergence. Normalement tous les projets sont inscrits dans la loi des finances votée par le parlement. Voir des projets non inscrits dans la loi des finances décidés au niveau du conseil des ministres n’est pas légal, et le Président pourrait être poursuivi. Dans tous les cas, il faut désormais bannir cette mauvaise habitude.

Une fois le taux de régulation fixé, chaque ministre devrait être libre de lancer les appels d’offre et les passations de marchés y afférents, sans besoin des signatures préalables de Ntsay et de Rajoelina.

Respecter tous les engagements pris dans le cadre de la FEC, notamment la lutte contre les fraudes fiscales et douanières pour le tabac et l’alcool.

Organiser rapidement une table ronde avec le SECES , des représentants des enseignants et les ministres concernés, afin de confectionner une nouvelle moûture de cette loi.

En résumé, revenir dans les clous de la légalité et faire fonctionner de nouveau l’administration !La Gazette emprunte cette citation de Victor Hugo , rappelée par le président de cour constitutionnel français, lors de l’investiture du président Macron: « En ces temps troublés, soyons les serviteurs du droit et les esclaves du devoir ».

« Agir et servir » et non « tergiverser et se servir » !

La Gazette

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