La Gazette de la grande ile

Gouvernance électorale : Les Malgaches méritent mieux

Publié le 11 mai 2022

La semaine dernière, un an et demi avant le rendez-vous de la présidentielle de 2023, tous les partis politiques se sont mobilisés pour préparer le terrain et parallèlement, les institutions comme la HCC et la CENI organisent des ateliers de sensibilisation. La refonte de la liste électorale sera-t-elle réalisée conformément à la loi en vigueur ? Améliorera-t-on notre processus électoral pour une vraie intégrité en politique ? Dans quelle mesure les recommandations de l’Union Européenne issues des dernières élections de 2018, seront-elles suivies d’actions concrètes pour une consolidation de notre jeune «démocratie» du point de vue du processus électoral ? Madagascar est parmi les pays les plus pauvres, mais devrait-on accepter des « normes d’élection extrêmement basses » pour construire une “démocratie contrefaite” ? Les Malagasy ont droit à une meilleure gouvernance électorale comme tous les citoyens du monde démocratique.

Madagascar a ratifié la plupart des textes internationaux et régionaux relatifs aux élections. Le cadre juridique en vigueur assure-t-il une base suffisante à la tenue d’élections crédibles conformément aux normes et à nos obligations internationales ? N’est-il pas encore fragile? Ne devrait-on pas renforcer ce cadre juridique afin de préciser certaines dispositions et combler des vides juridiques, en particulier en matière de plafonnement et traçabilité du financement de campagne ou encore de délais de contentieux électoral qui sont jugés trop courts. Mais ceci n’est pas suffisant pour une intégrité politique. Une vraie intégrité politique assurerait aussi que les élections soient menées par une Commission électorale nationale réellement indépendante et reposant sur les principes démocratiques d’égalité politique de tout parti politique tels qu’ils figurent dans les normes et accords internationaux, et qui sont menées de façon professionnelle, impartiale et transparente tout au long du cycle électoral. Comment pourrait-on s’attendre à une justice constitutionnelle indépendante et impartiale lorsque la quasi-totalité des juges constitutionnels sont des partisans du parti au pouvoir, surtout avec de potentiels conflits d’intérêts ?

Le cadre juridique devrait garantir aux citoyens, y compris les adversaires politiques, des recours juridiques simples leur permettant d’exercer leurs droits électoraux avec des procédures simples transparentes et rapides et aux dires du droit. Et la CENI devrait montrer plus de professionnalisme et de compétence exemplaire pouvant agir en toute indépendance, dignes de la confiance de l’opinion publique ; un plan d’action efficace accepté par tous les partis devrait prévenir les violences électorales et assurer que la procédure de poursuite en justice des auteurs de violences électorales soit connue et fonctionnent réellement ;

L’intégrité serait atteinte si on s’assure d’éviter la situation où le ou les détenteurs de pouvoir public raflent la mise et qu’on élimine les obstacles à la participation des femmes, des jeunes, des minorités, des personnes handicapées et d’autres groupes traditionnellement marginalisés. Le partenariat avec les organisations citoyennes devrait être renforcé afin de veiller à des actions civiques d’éducation citoyennes et de prévention de la violence électorale, et à une surveillance de la responsabilité, de la diversité et de l’indépendance des médias.

Les déclarations du type «les élections se sont déroulées normalement », après les élections, devraient-elles suffire pour montrer que la démocratie est le régime politique à Madagascar, ou c’est juste pour avoir une « démocratie de façade »? Non…… La majorité des Malagasy aspire à une tenue d’élections avec intégrité en 2023… Autrement, une meilleure gouvernance, une plus grande sécurité et une dynamique d’amélioration du développement de chaque citoyen ne seront que des rêves inatteignables !

Zaza R

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