La Gazette de la grande ile

Tout ce que Rajoelina n’a pas su faire : Détresse des pauvres

Publié le 12 mai 2022

“L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs”, tout ce que Rajoelina n’a pas su faire. Peut-on pasticher cette citation de John Fitzerald Kennedy  sans en travestir le sens? En se servant du contraire du contraire, cela donnerait “La manière la plus rapide d’échouer consiste à s’entourer de médiocres”.

Cela décrit bien malheureusement la situation actuelle du pays : “Rajoelina a échoué”.

Dans la hiérarchisation des besoins selon la théorie de Maslow, les besoins physiologiques et de sécurité passent avant tout. Par exemple, une personne démunie de tout est capable de mettre en péril sa vie pour trouver à se nourrir. Ce qui montrerait que les besoins physiologiques passent avant les besoins de sécurité.

Mamimbahoaka a malheureusement échoué à au moins assurer à sa population ses besoins physiologiques de base « manger, boire, dormir, respirer ». Un pays ne peut pas descendre plus bas, et ce n’est qu’une illustration de notre rang de 5ème pays le plus pauvre du monde. Avec malheureusement des conséquences alarmantes sur la santé mentale de la population dont Rajoelinan’est certainement, même pas conscient.

Et pourtant, s’il lui venait à l’idée de prendre le pouls de la population vivant dans ce qu’on appelle les bas-quartiers d’Antananarivo, peut-être aurait-il plus de difficultés à dormir tranquillement par la suite. Car les Ntaolo ne disaient-ils pas “Aleo enjehin’ny omby masiaka toy izay enjehin’ny eritreritra” (traduction libre : mieux vaut être poursuivi par un méchant taureau que par sa mauvaise conscience).

Enquête d’Action contre la faim (ACF) sur la santé mentale de la population

Les ondesde RFI nous ont appris que l’ONG Action contre la faim a mené une grande enquête sur la santé mentale des habitants des bas-quartiers d’Antananarivo. Très mauvaise surprise : le taux des résultats est deux fois supérieur à la norme fixée par l’OMS en matière de santé mentale en situation de crise.

Ces symptômes dépressifs découleraient d’abord, selon l’enquête, des conditions économiques plus que précaires dans lesquelles vivent ces familles.

L’exempled’une femme, lavandière le matin et porteuse d’eau l’après-midi, illustre la situation de la majorité silencieuse, invisible et résignée de ces habitants: “Il nous arrive de ne rien manger de la journée, car on n’a pas réussi à gagner suffisamment d’argent ce jour-là…Je vacille quand je vois ce qu’on fait endurer à nos enfants, et quand je réfléchis à l’avenir”.

A cela s’ajoutent les disputes familiales liées à la consommation d’alcool et/ou de drogue (pour oublier ?), deuxième cause des détresses psychologiques.

Plus la personne est vulnérable (personnes âgées, femmes enceintes, chômeurs, handicapés), plus le niveau de détresse est élevé.

Afin d’apporter un début de solution, un nouveau centre social (piloté par 7 partenaires différents, dont Action contre la faim), situé à Antohomadinika 3G Hangar, vient d’ouvrir lundi dernier et offre diverses consultations gratuites. Mais Rajoelina ne viendra pas inaugurer un tel centre !

La Gazette espère qu’au moins la ministre de la population et ses collaborateurs sont au courant des résultats de cette enquête, qu’elle en a informé Ntsay et Rajoelina, et surtout qu’elle a pris des dispositions pour démultiplier rapidement les actions de ces ONG.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Quand il y a des retards de paiement des bourses ou des salaires d’employés de la fonction publique, au moins ceux-là peuvent faire la grève pour alerter sur leur situation. Ce ne sont pas des manifestations politiques anti-Rajoelina, que les forces de l’ordre répriment néanmoins. Ce sont en réalité des appels à l’aide, car certains en sont réduits maintenant à faire plusieurs kilomètres à pied chaque jour ouvré pour aller travailler afin d’économiser 1 000 ariary de frais de taxibe, afin que leurs enfants ne dorment pas le ventre vide.

Ces retards de paiements ne sont qu’une des manifestations du disfonctionnement total de toute la machine administrative. Car des apprentis sorciers thuriféraires du régime ont pris la place des fonctionnaires qui savent faire. L’administration leur sert de cobaye et de chantier-école pour leur digitalisation. Lancer, à tout bout de champ, ces fameux appels à manifestation d’intérêt,est devenu la mode et la marque de fabrique de ce régime. Mais c’est fermer les yeux sur le mépris à leur égard ressenti ces dernières années par les fonctionnaires.

Sans une administration qui fonctionne bien, toute action de développement est vouée à l’échec.

Et c’est bien le sens de l’appel lancé hier par la fédération des syndicats des grands corps de l’Etat. L’administration est là pour servir l’Etat et elle n’a pas de coloration politique. Et à moins de raisons particulières,le principe suivant reste au lieu et à la place d’un népotisme politique « le plus ancien dans le grade le plus élevé, sauf raisons particulières : Un ingénieur principal ne devrait pas commander un ingénieur en chef de classe exceptionnelle. Ces grands commis de l’Etat réclament de pouvoir exercer leurs responsabilités et toutes leurs responsabilités. Ils ne veulent plus porter le chapeau ni voir le pays dégringoler sans rien faire!

Si Rajoelina et Ntsay avaient compris cela depuis le début, il n’y aurait pas eu autant de dérives telles celles relevées par la cour des comptes dans la gestion des fonds covid, et l’argent serait allé majoritairement là où on en a le plus besoin.

Quid de nos paysans ?

Tout le monde sait que 80% de la population vivent dans les régions rurales. De temps à autre, à l’occasion d’une inauguration, d’une propagande électorale ou à la suite d’une catastrophe naturelle, cette population rurale a droit à la visite des hautes autorités. Celles-ci profitent alors de leur passage pour parsemer quelques « cadeaux », comme un stade, un marché par ci ou une école manara-penitra par-là, ou encore la réfection d’une route qui n’a bénéficié d’aucune maintenance ces dernières 60 ans (y compris les 5 années de transition et les 3 dernières années !). Quant aux opérations courantes, le budget consacré à cette frange de la population dans la loi des finances reste bien mince, sans les projets financés sur aide extérieure. C’est dire l’importance que leur accorde le gouvernement.

Après huit années à la tête de l’Etat, méconnaître encore le cycle cultural du riz, alimentation de base des Malagasy et 1ère place en volume de la production agricole, montre le chemin que Rajoelina a à parcourir avant de pouvoir proposer des solutions pour le développement de ce pays.

Mardi dernier, il a enfin découvert la phase récolte du riz à Ambatondrazaka et pu voir que le rendement final ne se limite pas à l’amélioration de la production, mais va jusqu’à comment limiter les pertes après récolte.

Il a pu sentir les efforts que doivent consentir les paysans pour produire un kilo de riz, mais son gouvernement ne cherche qu’à peser sur leurs revenus en important du riz indien. Subventionner ce riz importé, c’est aider le paysan indien à concurrencer le riziculteur d’Amparafaravola. Et en ce moment même de la récolte locale, des bateaux de riz importé attendent encore depuis un mois de pouvoir accoster à Tamatave. Quand Rajoelina aidera-t-il enfin nos riziculteurs ?

Quant à la vanille, pas moins de 5 ministres sont venus annoncer le maintien du prix plancher de la vanille verte à 75 000 ariary comme l’année dernière, et celui à l’exportation de la vanille préparée à 250 dollars. Ces paysans producteurs de vanille n’ont même pas eu droit à 5% d’augmentation de ce prix plancher, comme les plus hauts salaires de la fonction publique. Sans parler de la répartition de la valeur ajoutée entre la vanille verte et la vanille préparée.

Sachez que la vanille est la seule culture au monde qui n’a pas encore été automatisée. Toutes les étapes de sa transformation se font manuellement, ce qui donne sa valeur. Mais qui profite le plus de cette chaîne de valeur ?

Le paysan est loin d’Iavoloha. Il ne manifeste pas bruyamment. Sa seule arme, diminuer sa production de vanille et la remplacer éventuellement par la culture d’une autre épice.

Et maintenant ?

Reste à voir la réaction de Ntsay et de Rajoelina à cette sonnette d’alarme tirée par la fédération des syndicats des grands corps de l’Etat.

13 mai, c’est une date symbolique et voyez comment le premier ministre sri lankais a été dégagé en un rien de temps !

La récréation est terminée, et il est plus que temps de donner un cap permettant aux plus démunis de percevoir un signe d’espoir à court terme. Stop à ces stades ou EPP manara-penitra ! Encore moins ce téléphérique ou cette autoroute Tana-Tamatave. Quand on n’a pas de quoi acheter du varymora, cela fait encore plus mal d’entendre des dizaines de bateaux arriver de l’Inde. Du riz pour les autres, pas pour nous qui n’avons pas les moyens d’en acheter! Ce n’est pas la solution.

A quelques mois de la fin de son mandat, Mamimbahoaka vient d’annoncer la tenue d’une conférence nationale en vue de l’élaboration d’un plan national visant à atteindre l’autosuffisance alimentaire ! Simple gesticulation ! De grandes nouvelles résolutions ? Comme d’hab, diront les  plus jeunes.

Alors M. Le Premier Ministre, M. Le Président, qu’allez-vous faire ? En espérant qu’il n’est pas déjà trop tard ? Ventre vide n’a pas d’oreille ! Et la peur au ventre de ce qui nous attend demain, surtout après la prochaine hausse des prix à la pompe !

Demain paraît si loin que ces démunis n’ont plus que les prières pour atténuer leurs crises d’angoisses de ne pas savoir de quoi demain sera fait ! Y aura-t-il assez de linge sale à laver, suffisamment de bidons d’eau à porter ?

Heureusement, il y a encore l’église, le temple ou les mosquées qui sont des havres de paix où l’on trouve un peu de réconfort, car on y parle d’espérance. Et comme a dit Voltaire “L’espérance est un aliment de notre âme, toujours mêlé du poison de la crainte”.

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