La Gazette de la grande ile

A propos des putes et  des  députés

Publié le 12 mai 2022

Pour ceux qui le ne savent pas du tout, une pute est une personne qui se livre à la prostitution, une forme d’échange entre deux personnes « économico-sexuelle ponctuelle, explicite et préalablement négociée. » Elle est pratiquée « souvent par d’individus issus de milieu modeste ou très modeste, parfois marginaux qui trouvent dans cette activité un moyen d’existence et de subsistance. » Dans les milieux huppés et riches, elle est exercée par certaines femmes. Que les âmes sensibles se rassurent, parce qu’il ne sera pas question ici d’une invasion des belles de nuit maquerelles au siège de l’Assemblée Nationale à Tsimbazaza. Elles préfèrent évoluer dans les quartiers chauds de Besarety, Andravoahangy, Tsaralàlàna et 67Ha et les alentours des boîtes de nuit, plutôt que de fréquenter les locataires de Tsimbazaza. Il s’agira ici de prostitution politique : une forme d’acceptation servile moyennant une certaine somme en vue de l’accomplissement d’un acte ou d’un choix précis dans l’exercice du rôle de législateur ou pourquoi pas un soutien à une manœuvre purement tactique.

Il n’y a pas longtemps, au beau milieu de la cafétéria de l’Assemblée Nationale, avec son habituel arrogance de vantard, Nicolas Randrianasolo, parlementaire élu dans le District de Betroka, devant quelques journalistes, déclare urbi orbi : « nous faisons comme les putes, quand quelqu’un nous paie une certaine somme, en retour nous donnons ce qu’il veut… ». L’allusion était claire et directe, parce que cet aveu a eu lieu à une époque, sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina. C’était l’époque où la pratique des dons de mallette, de cartons contenant des liasses de billets de banque, étaient monnaie courante, avec la seule différence que « c’était la personnalité politique qui courait après la monnaie… ». En ce temps-là Siteny, en tant que Questeur à la Chambre Basse, était chargé également du sale boulot d’acheter les votes des députés. Rares étaient les élus du peuple qui échappaient à la tentation de l’argent sale. Cette pratique malsaine avait marqué le règne de H.V.M (Hery Voahangy Mivady).

Arrive alors le mandat de l’actuel président de la République avec comme leitmotiv «Zéro corruption ». Parmi les  députés majoritairement pro-régime, on n’entendait presque plus parler de cette prostitution des parlementaires. Mais depuis quelque temps, des rumeurs persistantes sur l’éventualité d’une motion de censure, font état d’un mouvement de réveil de l’influence de l’Argent sale. Le comble, à l’endroit de l’Exécutif, les médias sans exagération, ne ratent aucune occasion pour déplorer avec pertinence comme La Gazette, qu’en cherchant à montrer son génie, le Chef d’Etat court le risque évident d’étaler les limites de tout le système avec un « chef d’Etat qui ne connaît pas les dossiers relatifs à son pays et entourés de conseillers et proches vassalisés qui ont perdu tout sens de contradiction, parce que majoritairement parvenus. ». Voilà que le même député, Nicolas Randrianasolo, aurait (le conditionnel est de rigueur) laissé entendre qu’il s’opposerait à toutes les démarches visant le Premier ministre Christian Ntsay (soutien sûrement intéressé, parce que l’individu a la réputation de ne pas cracher sur de l’argent). Olivier Mahafaly en sait quelque chose, parce que pour devenir ministre de l’Intérieur (il aurait casqué quelques centaines de millions de francs), l’ancien Premier ministre est passé par la médiation efficace de ce député de Betroka auprès de la très influente ex Première Dame… A l’heure actuelle, tout le monde a la bougeotte.

Les têtes pensantes des Grands Corps de l’Etat ont choisi un lieu symbolique pour se réunir : le Pavé (suivez mon regard…) Dans les milieux universitaires pour le moment, on ne brûle que les pneus avant de mettre le feu aux poudres ? Parmi les élus du peuple avide et pressé de devenir « vite riche et de manière durable », c’est la mobilisation générale et le temps des messes basses. Et si la tenue d’une séance « à huis clos » fait tant jaser le poulailler de la classe politique et couler tant d’encre, c’est parce qu’il n’y pas de fumée sans feu. Et  bien entendu, les adeptes de la prostitution politicienne cette fois, ne souhaitent qu’une chose, se convertir à cette religion prônée par le député de Betroka. Comme quoi « à la manière des putes toujours », ils vont voir venir les choses et « lesquelles qui dépassent vont tomber ?… »

Noël Razafilahy

Lire aussi