La Gazette de la grande ile

Un mois de mai de tous les dangers : Les Malagasy étrangers dans leur propre pays

Publié le 13 mai 2022

“À vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables les révolutions violentes.”

Cette citation pleine de bons sens de JFK devrait faire réfléchir tous les dirigeants de la planète.

50 ans déjà ! Une quarantaine de morts sur l’actuelle place du 13 mai et l’incendie de l’hôtel de ville aboutissaient 5 jours plus tard à la remise des pleins pouvoirs au général Ramanantsoa. Un an plus tard à la sortie de la zone franc. Et deux ans après aux nationalisations des secteurs-clés.

Tout avait commencé par des revendications matérielles des étudiants de l’école de médecine de Befelatanana, avant de s’étendre à l’université d’Ankatso. La plus importante revendication portait sur la malgachisation à tous les niveaux.

Le personnel administratif et technique (PAT) de l’université d’Antananarivo, victime de l’amateurisme des responsables de la mise en œuvre de la digitalisation, continue en ce moment sa grève pour réclamer la paye du mois d’avril. Le SECES fait remarquer qu’avec l’autonomie de l’université, ce genre de situation ne se serait pas produit. Le SECES comprend et soutient le PAT dans ses revendications. Tout comme il s’insurge contre les retards de paiements des bourses des étudiants, également victimes de la digitalisation.

Malgré des réunions du SECES national avec la ministre de l’enseignement supérieur et le HCDDED (Haut Conseil pour la défense de la démocratie et de l’État de droit), aucune solution n’en est sortie.

Le SECES dit vouloir refaire le point la semaine prochaine, mais craint déjà de devoir entamer une grève illimitée, à moins que le gouvernement n’avance d’ici là une solution permettant la mise en œuvre de l’autonomie de l’université. La faculté de débloquer la crise est entre les mains du grand timonier qui est le seul à pouvoir agir, selon l’article 117 de la Constitution. La balle est donc dans son camp, mais jusqu’ici, il ne semble pas vouloir la saisir.

Une hausse des prix insupportable

Les prix des PPN ont tellement augmenté que la majorité de la population ne peut plus manger à sa faim. Des gens meurent à Manakara après avoir mangé du « veoveo », une variété toxique de pomme de terre sauvage, faute de nourriture. Le KERE est maintenant dans tout Madagascar, et même s’il y a des vary mora, beaucoup n’ont plus les moyens d’en acheter. Et ce n’est pas la dernière augmentation de salaire, qu’on espère voir sur le bulletin de paie de ce mois de mai, qui soulagera la détresse de la population. Et la hausse des prix à la pompe est encore à venir, avec le train de hausses qu’elle amènera.

Pendant ce temps, le train de vie des riches progresse, accentuant le fossé avec les plus pauvres. Ainsi par exemple, le nombre de véhicules nouvellement immatriculés dans la capitale au 1er trimestre 2022 par rapport à la même période en 2021, a augmenté de 73,6%.

Une économie dominée par les Karana

L’arrivée au pouvoir de Rajoelina en 2009 marque le début de la main basse des Karana sur les principaux leviers de l’économie. Un article du journal catholique «Lakroan’i Madagasikara » de fin 2019 intitulé « Ho mpiasa mpanompo vazaha eto Madagasikara isika Malagasy !” (traduction libre : Les Malagasy réduits à trimer pour les Etrangers à Madagascar) https://www.lakroa.mg/item-1955_articles_economie_18-ho-mpiasa-mpanompo-vazaha-eto-madagasikara-isika-malagasy.html tire la sonnette d’alarme sur la frustration des Malagasy causée par cette mainmise. Tous les projets de Ra8 ont été repris par les Karana, comme la minoterie LMOI de Tamatave qui ne paie pas de taxes sur le blé, l’huilerie HITA qui dispose au port d’un quai réservé avec LMOI et a pu tirer un oléoduc du port jusqu’à l’usine, le ranching de zébus à Taolagnaro, l’usine pour l’alimentation animale, etc…

Cette frustration risque d’aboutir un jour à des revendications de “malgachisation”, d’autant plus que cette mainmise porte maintenant sur le sujet délicat pour les Malagasy : le foncier ( Rajabaly à Laniera , Galib, Hassanein Hiridjee et le litige foncier Antanandrano,  Salim Ismail du côté de Mampikony Port Bergé et Bobasakoa, pour ne citer que les plus en vue). Telma a d’ailleurs failli réussir à s’emparer du jardin botanique de Tsimbazaza.

Mêmes tous les postes de consul honoraire sont accaparés par les Karana.

Sans parler du trafic d’or qu’une enquête de Transparency International attribue à une filière karana, laquelle reblanchit ensuite l’argent en important des PPN.

Les Mauriciens pointent leur nez

Après les Karana, les Mauriciens sont en train de creuser petit à petit leur trou. Et nos gouvernants actuels n’y sont pas étrangers.

Le Petit Timonier a été le premier client du KFC Madagascar (un Président de la République déjeunant dans un fast-food étranger ? Du jamais vu en 60 ans !), société contrôlée par des Mauriciens, quand en même temps, Maurice y a refusé l’installation de Gastro Pizza, sans aucune protestation ni aide du gouvernement malgache.

La société mauricienne KOLOS annonce l’importation de 43 000 tonnes de ciment et la construction ultérieure d’une hypothétique cimenterie. On ne sait où.

Regardez les grandes sociétés travaillant à Madagascar. La plupart passe par une société mère immatriculée à Maurice, y compris la société Telma ou bien d’autres encore.

Tout comme le GEL (Groupement des Exportateurs de Litchis) vend en Europe nos litchis par l’intermédiaire d’une société mauricienne dont on ne voit quelle valeur ajoutée elle apporte. Sinon peut-être pour servir des commissions en devises à certains opérateurs. Quand madame La Ministre des Finances y mettra-t-elle bon ordre ?

Tout comme certaines sociétés immatriculées à Maurice qui obtiennent des avantages fiscaux défavorisant leurs concurrents malgaches ayant les mêmes activités.

Alors que l’Etat malgache ne contrôle plus aucune banque, l’Etat mauricien est présent à travers la banque SBM. La State Bank of Mauritius et la Mauritius Commercial Bank accompagnent les opérateurs mauriciens à Madagascar.

En 2019, au cours d’une visite d’Etat à Maurice, le président avait signé des protocoles d’accord et annoncé l’implantation d’un site industriel de 600 ha à Moramanga, dont 80 ha réservés à des entreprises textiles mauriciennes. Malgré les critiques, Mamimbahoaka avait affirmé son intention de ne pas reculer et s’est défendu de vendre le pays. Pour lui, il s’agit simplement de créer des emplois par milliers et d’attirer les investisseurs. Oui, si ce projet est mené à terme, la très grande majorité de ces investisseurs seront des étrangers, car les locaux n’ont pas la surface financière leur permettant de lever des possibilités de financement. Ce n’est pas le programme Fihariana qui y changera quelque chose. Et la majorité des emplois créés pour les Malgaches ne seront que des emplois subalternes. Et même si par hasard, des cadres malgaches sont recrutés, ceux-ci ne seront pas payés autant que leurs collègues étrangers à diplôme et expériences équivalents.

Alors que l’Indonésie interdit l’exportation d’huile de palme, nous envisageons l’exportation de légumes vers Maurice ! Ce qui, dans le contexte actuel, risque d’augmenter leur prix et les rendre plus inaccessibles encore aux Malagasy.

Allons-nous donc assister avec impuissance et sans réagir à cette mainmise étrangère sur toute notre économie ? Et les Malagasy finiront-ils par devenir étrangers dans leur propre pays, car tous les leviers de décision seront aux mains des Vazaha ? Quel changement par rapport à la situation avant 1972 ? “Lasa Vazaha, misolo Vazaha”, sauf que cette fois, le nouveau Vazaha est Mauricien ou Karana avec la double nationalité (qui en profitent pour acheter des terrains).

Un baril de poudre

Tout ce mélange est un vrai baril de poudre sur lequel est assis ce régime, et une étincelle risque de tout enflammer. Tous les ingrédients sont rassemblés pour ce faire.

On risque d’assister à des émeutes de la faim et tout ce que le Leader bien-aimé a trouvé comme parade, c’est l’organisation d’une conférence nationale de l’agriculture pour hisser Madagascar au rang de grenier de l’Afrique, alors qu’on n’arrive même pas à satisfaire les besoins rizicoles du pays.

Il vient même de pondre une longue lettre à ses ministres leur demandant d’accélérer la mise en place d’un plan de développement agricole permettant d’assurer l’autosuffisance alimentaire. Accélérer à quelques mois de la fin de son mandat la mise en place d’un plan qui n’existe pas et qu’il faudra encore élaborer ? Revenez sur terre M. Le Président !

Le dernier conseil des ministres vient de confirmer le nouveau tracé du téléphérique ! Une vraie provocation à l’égard de ces petites gens qui meurent de faim !

Tout ceci ne fait que confirmer que Mamimbahoaka semble vivre sur une autre planète et n’entend pas les cris de détresse de la population. Il continue son bonhomme de chemin comme si de rien n’était, comme si depuis son accession au pouvoir, il n’y a pas eu la pandémie, la guerre ukraino-russe, les nombreux disfonctionnements de la machine administrative, la flambée des prix des PPN. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

Une super lune (la 1ère de 2022) connue sous le nom de lune de sang, sera visible le dimanche 15 mai 2022. Dans les croyances religieuses, ce phénomène rare présage des évènements dramatiques !

Pour Madagascar, la dernière lune de sang avait été visible en juillet 2018, un mois après la nomination de Ntsay comme PM. Elle coïncidera d’ailleurs avec une éclipse de lune, non visible à Madagascar, ce dimanche.

Ce mois de mai risque d’être bien long ! Très long !

La Gazette

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