La Gazette de la grande ile

Lutter contre la corruption : Juste un slogan de campagne

Publié le 14 mai 2022

Début 2022, Transparency International (TI) a dévoilé les résultats de l’IPC (Indice de perception de la corruption) pour l’année 2021. Le score 26/100 de Madagascar reste inférieur à la moyenne du continent africain (33/100) et classe Madagascar au 147ème rang sur 180,  parmi les pays les plus corrompus au monde.

Le meilleur classement obtenu en 2008 par Madagascar était 85ème sur 180 pays. Depuis, Madagascar n’a cessé de dégringoler. Pourtant le leader bien-aimé ne disait-il pas qu’il ne ferait jamais moins bien que Ra8 ?

Le score de 26/100 correspond assez bien à la situation de Madagascar compte tenu des nombreuses affaires de détournement d’argent public, l’absence de poursuite pénale efficace, la recrudescence des trafics, les restrictions de libertés fondamentales comme le musellement de la presse (par exemple l’interdiction des appels téléphoniques en direct à la radio). Sans parler de la mauvaise gouvernance (dont la Gazette n’a cessé de parler), du manque de transparence, d’intégrité et de redevabilité.

Les organismes de financement tiennent compte de cet indice, comme l’a pu expérimenter le Président, lors de son dernier périple à Washington. Le Président s’était félicité de ce que Madagascar soit de nouveau éligible au MCC (Millenium Challenge Corporation), ce qu’a démenti rapidement le CSI «On n’est pas encore éligible au MCC. On doit s’améliorer sur les questions de lutte contre la corruption d’ici à la réunion trimestrielle du conseil d’administration du MCC ».

Tolérance zéro envers la corruption

Hélas, cela restera juste un slogan de campagne. La lutte contre la corruption était déjà très mal partie dès la présentation en 2020 au parlement du projet réformant la loi sur les pôles anticorruption (PAC).

Ce projet de loi a mis plus d’une année avant d’être finalement adoptée le 30 juin 2021, après que deux amendements majeurs aient été ajoutés par le parlement : plus de confiscation des biens mal acquis avant condamnation (ce qui donnera le temps de les faire dissiper dans la nature), ainsi que le retrait des “infractions économiques et financières simples” du champ de compétences du PAC. Des infractions comme la prise illégale d’intérêts, les détournements de fonds ne relèveront plus ainsi du PAC.

Mais le leader bien-aimé est sans doute satisfait de ces amendements puisqu’il a promulgué la Loi, sans en avoir demandé au parlement une nouvelle lecture.

Depuis 2018, Madagascar est dans la phase de surveillance accrue du GAFI (Groupe d’Action Financière), donc aux portes de la liste grise, c’est-à-dire un pays à risque pour le blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.  L’île Maurice par exemple, a mis deux années avant d’en sortir.

Un peu comme la liste B de l’Union Européenne, dans laquelle le Petit Timonier a fait rentrer Airmad pendant la transition et de laquelle Madagascar a mis 5 ans pour sortir. Airmad en subit encore les conséquences jusqu’à maintenant.

Rajoelina a déjà mis 5 mois avant de nommer cette semaine Aimé Rasoloharimanana DG de l’ARAI, parmi les 3 noms proposés depuis décembre par le CSI, bloquant de fait l’opérationnalisation de cette agence pilier du Système Anti-Corruption.  Faut-il le comprendre comme un manque de volonté manifeste de vraiment lutter contre la corruption ?

Asa fa tsy Kabary (Acta non verba)

Ce slogan emprunté au président Tsiranana illustre bien ce que la population, tout comme la communauté internationale et particulièrement les partenaires techniques et financiers, attendent du leader bien-aimé : des actes et pas seulement des engagements.

Premier test : quand sera-t-il procédé à la cérémonie de prestation de serment de ce DG ?  En espérant qu’il n’attendra pas 5 autres mois. Cette prestation de serment marquera seulement le début de l’opérationnalisation de l’ARAI.

Deuxième test : Adoption par le conseil des ministres d’une Stratégie Nationale de lutte contre la corruption et sa mise en œuvre effective

Troisième test : adoption par le parlement d’un projet de loi amendant  celle sur blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme et mise en place des groupes d’actions interministérielles.

La route est encore longue, car selon le CSI, seules 4/40 recommandations du GAFI sont actuellement suivies par Madagascar. Mais il faut bien commencer quelque part !

Enfin, pour que ce ne soit pas que de bons outils rangés dans un coin, il faut montrer que Madagascar va s’en servir. Et quelques exemples concrets peuvent servir à convaincre de la vraie volonté du gouvernement de lutter contre la corruption et le blanchiment.

Surtout quand le Samifin nous apprend qu’en 2020, il a enregistré 270 déclarations pour un flux financier de 579 milliars ariary. Ce flux a triplé en 2021, passant à 1 880 milliards ariary pour 82 déclarations, des chiffres qui donnent le tournis. En récupérer une partie ne fera pas du mal au Trésor Public, et dissuadera peut-être d’autres infractions !

Pratiquement, le Président va-t-il enfin prendre des mesures à caractère symbolique, comme donner des suites judiciaires aux affaires SMMC/Rinah, à l’affaire ministre bonbon sucettes et ministre écran plat, aux rapports de la cour des comptes sur l’utilisation des fonds Covid ? Quand va-t-il enfin publier le rapport du cabinet indépendant sur ces fonds Covid ?

Quand va-t-il faire réintégrer le DG de la Cnaps en prison ?

Certes, ce n’est que peu de choses, mais ce début d’action montrera sa volonté de ne plus accepter l’impunité, même dans son entourage proche.

La revue de la FEC par le FMI va débuter la semaine prochaine et cette partie blanchiment et corruption n’en est qu’une petite partie. Les mesures et actions prises pour lutter contre les fraudes douanières et fiscales seront certainement scrutées et évaluées.

La vraie question, c’est : Mamimbahoaka est-il réellement convaincu que cette lutte contre la corruption et le blanchiment et pour une meilleure gouvernance, est un préalable à tout programme de développement, sinon Madagascar risque encore de continuer à glisser plus bas dans le classement mondial des pays les plus pauvres de la planète.

La balle est d’abord dans le camp de Rajoelina. A lui de donner le top départ de cette lutte !

La Gazette

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