La Gazette de la grande ile

50 ans après

Publié le 14 mai 2022

50 ans après, les étudiants des universités de Madagascar sont manipulés par ce que l’on appelle “les pompiers”. Ils manifestent en toute logique à cause très souvent du retard de paiement des bourses, mais ils devraient manifester à cause des infrastructures qui datent de Mathusalem. Ils devraient manifester, car ils paient des frais d’inscription pour pouvoir étudier dans de meilleures conditions alors que l’Etat donne très peu de subvention aux universités et a priori les frais d’inscription des étudiants qui devraient servir à améliorer leur environnement de travail, servent probablement à avancer le salaire du personnel technique des universités et si ça se trouve même, les frais d’inscription finiront par servir à payer leurs bourses d’études avec ces situations anormales dans les universités.

50 ans après, les universités de Madagascar sont les seules universités où il n’y a pas de restaurant universitaire et les responsables successifs semblent trouver cela normal, car aucun n’a cherché à remettre en place les restaurants universitaires. 50 ans après, si sous d’autres cieux on parle de l’Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) ou de la Fédération Nationale des Étudiants de France, à Madagascar on parle des associations des étudiants originaires de telle ou telle région et qui font la loi dans les cités universitaires au point de “vendre ou louer” les chambres de cité universitaire comme s’ils étaient devenus les propriétaires. Et cela se fait avec un silence consentant des responsables, à moins que ce soit un silence par peur des responsables.

50 ans après mai 1972, les enfants des dirigeants désertent les universités publiques et l’Etat fait fleurir les universités privées comme si la règle est désormais que les universités publiques peuvent rester dans l’état de délabrement dans lequel elles se trouvent, que les universités publiques peuvent subir les habituelles grèves, des portails fermés, des universités mortes, des cours suspendus pendant des semaines et parfois des mois. A croire que les universités publiques peuvent fermer les portes, la vie continuera et les étudiants peuvent ne plus avoir le statut d’étudiants et devenir des bacheliers chômeurs.

50 ans après mai 1972, les personnes qui ont aujourd’hui 50 ans se souviennent de leur temps d’enfance émaillée de crise de PPN, de faire la queue devant les bureaux de fokontany pour acheter du riz, de l’huile. Les personnes qui ont 50 ans aujourd’hui se souviennent du début du non-respect des règles en 1991 quand des sandwichs pouvaient être achetés dans des voitures à la place du 13 mai, quand on pouvait démanteler un régime mis en place en allant sur la place du 13 mai. Les personnes qui ont 50 ans aujourd’hui voient la décadence du pays, la décadence de l’éducation, la décadence de la mentalité et la décadence du pays. Si les personnes qui ont 50 ans aujourd’hui ont mal pour le pays, à plus forte raison, les parents des quinquagénaires d’aujourd’hui. Finalement, beaucoup se disent qu’il n’y a pas d’avenir dans ce pays et que l’émergence à la Andry Rajoelina, c’est du pipeau.

50 ans après mai 1972, Madagascar est classé parmi les pays les plus pauvres de la planète avec des dirigeants qui roulent dans des Cadillac et des V8, et qui ne sentent aucunement la paupérisation de la population.

La Gazette

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