La Gazette de la grande ile

Le conseil des ministres type : Les dures réalités des bas quartiers

Publié le 16 mai 2022

Le_compte-rendu du dernier conseil des ministres parle de franchise douanière pour deux ambulances  d’Akamasoa, de maintien du prix plancher de la vanille verte (qui n’a donc bénéficié d’aucune_augmentation, même pas 5% comme les salaires des hauts fonctionnaires), de la construction de 2 maisons de culture, de la transformation du Centre National_de_Télé-Enseignement en une « Université Numérique », de la prise en charge des droits et taxes d’importations de 22 transformateurs de la Jirama, même chose pour la gestion des_déchets_solides d’Antananarivo, de la mise en place de bureaux d’administration minière dans plusieurs localités. Adoption de la loi (on suppose qu’il s’agit d’un projet de loi, puisque c’est plutôt le Parlement qui vote les lois) autorisant l’accord de prêt de la Banque Mondiale pour la RN10 et la RN 31. Adoption du décret déclarant d’utilité publique les terrains ou immeubles touchés par le projet RN13 et par le projet téléphérique.
Suivent_ensuite_diverses nominations,_dont_enfin celui de Rasoloharimanana Aimé_comme_DG_de l’ARAI._En dernier lieu figurent les décrets d’abrogation de nominations, en attente de la nomination de successeurs.
« That’s all folks », expression qu’on lit souvent à la fin d’un dessin animé. Oui, « C’est tout braves gens » Voilà apparemment le résumé de ce qui se passe dans un conseil des ministres normal. Banal ! Surréaliste !
Pour ces demandes de franchise de droits et taxes ou d’impôts par exemple, ne serait-il pas possible de définir les critères utilisés pour accorder ce genre d’avantages et laisser ensuite les directions_concernées_les gérer au lieu de faire cela au coup par coup avec le risque de favoritisme d’une part, et une grosse perte de temps du président et du gouvernement d’autre part?
Aucune allusion sur les difficultés quotidiennes de la population,_ni_sur_les mesures d’atténuation des détresses de la population.
Importance de la culture du riz
Après l’inauguration d’un projet_du_FOFIFA, Mamimbahoaka s’est tout d’un coup réveillé et s’est fendu d’un gros pavé adressé à tous les membres du gouvernement, que nous avons pu récupérer sur le site de la présidence https://www.presidence.gov.mg/actualites/communiques/1580-fanafainganana-ny-fametrahana-ny-drafi-pampandrosoana-ny-fambolena-mba-hiantohana-ny-fahavitan-tena-ara-tsakafo-eto-madagasikara.html .
Il paraît enfin sensibilisé par l’importance de l’agriculture et de l’élevage en vue d’assurer l’autosuffisance alimentaire, n’insistant plus sur la culture d’artemesia. Merci à la guerre ukraino-russe ! Comme l’a écrit la Gazette, « il comprend vite, mais il faut lui expliquer longtemps ».
Mais cette intention, c’est pour le futur. Quid du présent ?
Tout comme cette autoroute Tana-Tamatave, l’immédiat c’est la réhabilitation de la RN2. Merci au gouvernement japonais (pour son sens des priorités) qui a accordé 81 milliards ariary pour rénover les ponts de Mangoro et d’Antsampazana, lesquels deviendront des ponts à 2 voies. (le stade Barea a coûté 308 000 milliards ariary!).
Vendredi dernier, un jeune garçon de 12 ans a perdu connaissance et s’est effondré à Mahazoarivo, pas très loin de la primature. La solidarité des passants a permis de lui donner à boire et à manger et de le faire revenir à lui près d’une heure après. Il a alors expliqué avoir marché longtemps sans voir pu trouver à manger. Un des passants l’a ensuite transporté sur son dos à l’infirmerie de l’église catholique du quartier.
Avec la crise engendrée par la pandémie de coronavirus,_1,4_million_de Malgaches sont tombés dans l’extrême pauvreté selon la Banque mondiale.
L’enquête menée par l’ONG Action contre la faim  sur la santé mentale des habitants des bas-quartiers de la capitale en temps de crise, a montré des taux deux fois supérieurs à la norme fixée par l’OMS .
Certes, la Banque Mondiale finance depuis 2015 le projet FSS (filets sociaux de sécurité), auquel une autre enveloppe  de 90 millions de dollars a été ajoutée en mars 2019, finançant trois programmes de transferts monétaires pour les ménages pauvres et vulnérables : le programme Argent_Contre_Travail Productif_(ACTP), le Transfert Monétaire pour le Développement Humain (TMDH), et le programme de transferts monétaires FIAVOTA en faveur des ménages du Sud touchés par la sécheresse. Est venu en mars 2021, un financement complémentaire de ce projet de 150 millions de dollars. Mais entre les vatsy tsinjo, tosika fameno, vatsin’ankohonana, etc… personne ne s’y retrouve plus, certains en bénéficiant bien plus qu’ils n’en ont réellement besoin et beaucoup d’autres, laissés pour compte. Il est temps  que l’on remette les pendules à l’heure et donner ces aides aux vrais cibles de ce projet FSS, et pourquoi pas avec l’aide des organisations religieuses qui vivent près de cette frange de la population, et connaissent bien la vie de leurs ouailles ?
La Gazette écrivait que Mamimbahoaka semble vivre sur une autre planète et n’entend pas les cris de détresse de la population. La Gazette invite Rajoelina et Ntsay à venir dans les bas-quartiers tâter le pouls des habitants, mais ils ne semblent pas intéressés !
Peut-être la 1ère dame et son association Fitia entendront-elles les détresses de cette frange de la population? Elle était descendue à Antohomadinika 3G Hangar fin novembre 2019. Peut-être pourrait-elle convaincre son président de mari à faire quelque chose ?A copier-coller les « tsaky pop » de Deba ? Ou autre chose ?
Si Rajoelina ne veut pas venir aux bas-quartiers, alors les bas-quartiers vont venir à lui à travers un reportage de RFI paru en octobre 2021, que la Gazette reproduit ci-dessous.
La Gazette va faire parvenir exceptionnellement à tous les membres du gouvernement, à Mamimbahoaka  et aux députés de la capitale, ce numéro de la Gazette. Ils doivent vraiment essayer de faire quelque chose. « La Gazette de la Grande île parut le jeudi 12 mai 2022, portant le titre « Tout ce que Rajoelina n’a pas su faire, Détresse des pauvres ».
En tout cas, ils ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas !
“Madagascar : au bidonville La réunion Kely, on vend des ordures pour survivre”
À Madagascar, près de 80% (77,4%) de la population vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de deux dollars par jour, selon les statistiques de la Banque mondiale. Dans la capitale, Antananarivo, qui fait face à une pression démographique très forte, les habitations de fortune et les bidonvilles sont de plus en plus nombreux. Entre aigreur et résignation, leurs habitants tentent de survivre au quotidien.
À La Réunion Kely, l’un des plus grands bidonvilles au cœur de la capitale, Sola, 53 ans, est sur le point de sortir. « C’est ça notre quotidien. Le soir, nous allons dans les bennes à ordures pour récupérer tout ce que l’on peut. On vend ensuite ce que vous voyez là : des boîtes de conserve, des bouteilles en plastique, des os de zébus, du charbon… tout ce qu’on trouve. »
Les centaines d’habitants de ce bidonville vivent de la récupération de déchets qu’ils alignent devant leurs habitations faites de bâches et de planches de bois. Avec ce commerce, Sola gagne tout au plus 5000 ariary par jour, soit 1,10 euro.
« Il y a peu d’acheteurs en ce moment et c’est très difficile. Bien manger ici, ça n’existe pas. Avec 1000 ariary, on boit un café le matin et on donne à manger à notre fils. Mon mari et moi, nous ne mangeons que le soir, du riz avec beaucoup d’eau. On garde le reste pour pouvoir envoyer notre fils à l’école. Ça fait très longtemps que l’on vit ici. On a été obligés de venir ici parce qu’on ne pouvait plus payer notre loyer. »
Le niveau de vie de Sola et sa famille a basculé lorsque son mari a perdu son travail de chauffeur de camion dans une grande entreprise de bâtiment. Depuis, Benjamin Rakotoarivelo n’a jamais pu retrouver un travail décent :
« À cause de la crise politique de 2002, l’entreprise a licencié ses employés. J’ai des compétences mais mon travail c’est de chercher des ordures pour les revendre. Je ne suis pas en colère mais très triste parce que nous sommes tous des êtres humains. Pourtant, il y en a qui sont en haut et d’autres qui sont en bas. Ceux d’en haut ne considèrent jamais ceux_d’en_bas. En_ce moment, il y a beaucoup de gens qui fouillent les ordures parce que la vie est très difficile. On voudrait avoir un vrai travail pour pouvoir vivre normalement mais il n’y en a pas. On voudrait qu’il y ait plus d’entreprises pour qu’il y ait du travail pour nous. »
Deux milliards d’ariary pour un jardin botanique.
Il y a cinq ans, Hilda Hasinjo Ravelonahina, a initié le mouvement Un repas pour 1000 pour venir en aide,_notamment,_aux familles_démunies d’Antananarivo._Elle_est maintenant_conseillère municipale.
« Il y a de plus en plus de bidonvilles, de mendiants, de personnes qui n’arrivent pas à mettre de côté au cas où ils seraient malades. Il y a des parents qui envoient leurs enfants faire la manche. À côté de cela, l’accès à l’eau potable et à l’électricité est encore problématique pour de nombreux ménages. On ne peut qu’être désolé et bouleversé par cette situation », dit-elle. Poursuivant : « Je ne fais pas partie des classes aisées et je comprends très bien la situation. C’est pour ça que dans ma position actuelle de conseillère municipale, j’essaie de me battre pour plus de justice sociale, pour que la commune accorde_plus_de_budget_pour réduire cette misère et qu’elle se ressente un peu dans les foyers Tananariviens. L’État donne beaucoup trop d’argent pour investir dans des infrastructures qui ne sont pas_prioritaires._Par_exemple,_à_Antananarivo, nous avons utilisé deux milliards d’ariary pour la création d’un jardin botanique en centre-ville alors que cette somme-là est l’équivalent du budget de fonctionnement de toute une région. »
La Gazette

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