La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY : Les insaisissables et les noms tabous

Publié le 16 mai 2022

Dans les déclarations officielles, on fait souvent état de tel ou tel manquement des opérateurs économiques et même des grands investisseurs sans donner des détails. Pour ne pas mettre mal à l’aise les personnes concernées ou  pratiquement pour faire comprendre aux délinquants qu’ils ont manqué d’accomplir la démarche obligatoire pour éviter  de  subir des sanctions prévues pour les cas dont ils étaient les auteurs. Ou bien tout simplement pour éviter à des amis ou des relations de passer à la casserole des condamnés à payer très cher les manquements dont ils étaient bénéficiaires… Provoquant d’un côté un tollé général assorti d’une franche rigolade de la part des observateurs qui n’étaient point dupes. Pince sans rire, Mamitiana Rajaonarison, le nouveau Directeur Général de SAMIFIN annonce la couleur en croyant surprendre les vieux singes à qui on n’apprend pas à faire des grimaces. Quand il révèle que les grands voleurs enfants chéris des régimes ont enregistré dans leurs avoirs plus_de_1.000_milliards d’Ariary de perdition pour le Trésor Public… L’opinion aurait applaudi s’il n’avait cité ne serait-ce qu’un seul nom de ces listes, des noms tabous. Or s’ils n’existent pas, dans la tête de certaines personnalités influentes, les noms de ces individus « intouchables » figurent en bonne place, que s’en prendre à l’un d’eux serait un suicide sur le plan professionnel pour quelqu’un qui pense encore faire carrière dans le système sans avoir d’ennuis.
Mais en choisissant de taire les identités des fraudeurs, il s’est attiré une juste  réprobation, parce que ce faisant, il protège manifestement des malfaiteurs qui ne méritent même pas l’honneur du  «bénéfice du doute_»… Comme n’importe quel délinquant de droit commun, avec les éléments constitutifs des infractions commises au complet, ils ne peuvent pas échapper par principe aux sanctions prévues par nos lois. En prenant l’exemple de Pirbay Hirdjee, patron de GulfSAT Madagascar, en sus des multiples compromissions qui se chiffrent par millions en devises étrangères toujours, l’individu a réussi à piéger des compagnies de téléphonie mobile pour que ces derniers versent leurs redevances par le canal de HSBC Bank Ciberely Ebene, 6th Floor, Mauritius sur EUR Account Number (que nous  évitons de publier par éthique et  respect des secrets  bancaires). Le versement mensuel de 195.000 Euros pour alimenter des comptes à l’étranger est prouvable. Nous laissons aux juristes et experts fiscalistes le soin de qualifier et d’appeler une telle pratique par son nom. Depuis tout le temps que cette véritable fraude fiscale doublée de cas de non-rapatriement des devises acquises à partir d’activités taxables par les lois de ce pays se pratique, il faut reconnaître que la personne citée a pu amasser une certaine fortune en avoir à l’étranger sans  rien payer au fisc.
Ce serait mentir que d’affirmer que ce patron de société serait le seul à agir de la sorte. Sous le couvert de société-écran par la fraude, les manipulations des prix avec les taxes sur huiles et aussi les trafics au marché noir des lingots d’or, les Galib, Saïd et d’autres jeunes loups aux dents longues du milieu indo-pakistanais devraient figurer parmi les délinquants à mettre dans la liste noire de SAMIFIN. Or, telle que se présente la situation comme dans ce rapport  d’activité publié par le Pôle Anti-Corruption (PAC), il n’a jamais été question des sorts réservés à  ces fameux malfaiteurs à col blanc notoires qui ont leur place réservée dans les tribunes officielles et qui sont ressortissants étrangers de  surcroît. Et ils échappent toujours aux rigueurs de nos lois. C’est comme s’il n’y a que nos compatriotes qui doivent faire l’objet de ces chiffres éloquents des justiciables au nombre des « 883 condamnés par le PAC Antananarivo ». Dans les statistiques publiées, on a la nette impression que les Fatsouraly et consorts seraient d’honnêtes étrangers. Serait-ce parce qu’ils ont de bons intervenants et surtout « des avocats qui connaissent les lois et mieux encore les juges » ? Les quiproquos en coulisse des incidents avant l’audience du récent procès de Stéphan Kamis et consorts prouvent l’existence de ces privilèges injustes de fait.

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