La Gazette de la grande ile

Hausse des prix à la pompe : Choc pétrolier en vue, comment la population réagira-t-elle ?

Publié le 18 mai 2022

La faillite des sociétés d’Etat : la dernière variation des prix à la pompe date du 20 juin 2019, 6 mois après l’arrivée de Rajoelina au pouvoir. C’était d’ailleurs une baisse des prix par rapport aux prix fixés le 04 décembre 2018. Le litre d’essence passait de 4 200 à 4100 ariary, le litre de pétrole lampant de 2 630 à 2 130 ariary et le litre de gas-oil de 3550 à 3400 ariary.

Cela nous rappelle la baisse des prix de l’électricité que Rajoelina a décidée pendant la transition, marquant la descente aux enfers de la Jirama et qu’on a du mal à redresser jusqu’ici.

Air Madagascar a également subi une nette détérioration de ses résultats, à cause de l’inscription d’Air Madagascar dans la liste B de l’Union européenne et l’acquisition auprès d’Air France de 2 A340 pendant la transition Rajoelina. L’aboutissement de cette décision, c’est la mise en faillite actuelle d’Air Madagascar.

Il est heureux que la Solima ait été privatisée, sinon on aurait actuellement assisté à sa faillite.

On apprend en effet qu’à cause du cumul d’impayés de l’Etat, la compagnie pétrolière Galana risquerait actuellement de fermer. Pourtant, cette société est une filiale d’un grand groupe français, le groupe Rubis, propriétaire de Vitogaz et de la SRPP qui a le monopole de l’importation et de stockage de produits pétroliers à la Réunion. Est-ce un appel du pied à la mission du FMI, afin de l’inciter à faire pression sur le gouvernement ?

Mais quand les banques ne suivent plus !

Cela pourrait arriver aux autres pétroliers, sauf peut-être la Jovenna qui peut s’appuyer sur la BNI, appartenant au même groupe Axian. Jusqu’à quand ?

Si ces pétroliers n’ont plus de trésorerie (ils n’en sont pas loin) pour importer du carburant, Madagascar en sera privé et risque un blocage total de l’économie, comme cela s’est passé au Sri Lanka.

Hausse des prix à la pompe et faillite du FER

Depuis cette dernière baisse des prix de juin 2019, il n’y a eu aucun autre ajustement des prix pendant 3 ans. Alors que selon les données de l’Office Malgache des Hydrocarbures, le prix du baril de pétrole brut Brent est passé de 231 699 à 468 912 ariary, soit une augmentation de 102%.

Parallèlement, la consommation de produits pétroliers durant le 1er trimestre 2022 a augmenté de 15% par rapport à la même période en 2021.

Ce qui a pour effet d’alourdir davantage les subventions dues par l’Etat, lesquelles sont loin d’être couvertes par les taxes dues par les pétroliers au Fonds d’Entretien Routier. Des indiscrétions d’employés du ministère de l’énergie parle d’un arriéré avoisinant les 500 milliards ariary à fin mars.

Dommage collatéral de cette mauvaise politique de l’Etat : plus de financement pour l’entretien des routes, puisque les pétroliers ne versent plus rien au Fonds d’Entretien Routier.

Madagascar Oil a préféré garder sa production plutôt que de la vendre à la Jirama, n’ayant obtenu aucune garantie de paiement.

La signature du Trésor semble ne plus valoir grand-chose !

C’est dans ce contexte que va débuter le 18 mai prochain la revue de la FEC avec le FMI. La hausse des prix à la pompe est inéluctable, comme déjà annoncée par Rajoelina qui semble encore tergiverser et attendre le dernier moment, espérant peut-être une baisse du prix du baril de pétrole et/ou du dollar. Le conseil des ministres de ce jour va-t-il enfin décider un ajustement des prix à la pompe, et de combien ?

Si aujourd’hui, le gouvernement décidait une hausse de 100% des prix à la pompe, cela permettrait à peine de ne pas augmenter les arriérés vis-à-vis des pétroliers. Plus on attend, plus la situation s’aggravera.

Hausse des revenus ?

La dernière hausse de salaires ne concerne qu’un toute petite partie de la population qui travaille dans le secteur formel. Rien n’a été prévu pour la majorité qui travaille dans l’informel, ni pour le paysannat.

Ainsi, le prix plancher de la vanille a été maintenu à son niveau de l’année dernière.

Les paysans de la partie ouest de l’île payent actuellement au prix fort l’inaction du gouvernement dans la lutte contre l’invasion des criquets.

En février dernier, le ministère de l’agriculture et le responsable de la FAO, Mbuli Charles Boliko avaient indiqué « qu’il y a peu de chance qu’une recrudescence ou une invasion de criquets se produise cette année ». Force est cependant de constater qu’ils se sont lourdement trompés et les paysans vont perdre une partie de leurs récoltes, diminuant encore plus leurs revenus.

Faute de solutions de la part de l’Etat, il faudrait peut-être revenir à ce qui se faisait pendant la colonisation : ramasser le maximum de criquets à l’aide de draps et les griller pour manger un peu de protéines !

La réduflation qui consiste à réduire la quantité offerte en maintenant le prix du bien, commence à se répandre pour de nombreux produits. Les boulangers l’appliquent déjà en réduisant de moitié la taille de la baguette et en maintenant son prix. Les familles n’achètent plus le riz au kilo par semaine, mais au jour le jour par kapoaka. Les épiciers ont arrêté de faire crédit, car les gens n’arrivent plus à rembourser.

Beaucoup pratiquent le jeûne forcé, sautant un ou deux repas, afin « d’économiser » un peu pour les enfants et pour les imprévus comme la maladie.

Choc pétrolier et téléphérique

La future hausse des prix à la pompe va se répercuter mécaniquement sur les prix dans le secteur transport, qu’il s’agisse du transport de marchandises ou de personnes. Sans même connaître l’ampleur de cette hausse, les taxis be annonçaient déjà des prix de 1 000 au lieu des 500 ariary actuels. Cette hausse du coût de transport va se transmettre aux coûts des autres biens et services.

Et on n’attend rien de l’Etat qui n’a plus aucune marge de manœuvre, résultat de l’imprévoyance du régime Rajoelina, qui n’a pas pensé à augmenter progressivement les prix à la pompe.

La population va-t-elle se résigner comme une « Rafotsibe very laona ka dia miandry izay higadonany » ? Ou bien, «  le cave va-t-il se rebiffer » ?

Quand la population va-t-elle descendre dans la rue pour réclamer l’arrêt de ce projet téléphérique, qui n’est rien de moins qu’une provocation face au désespoir de la majorité silencieuse de travailleurs informels. Ce projet ne solutionnera aucun problème et ne profitera à personne, même pas aux nantis qui ont leurs voitures et ne l’emprunteront sans doute qu’une seule fois pour pouvoir envoyer des photos souvenirs à leurs proches. Un projet qui endettera le pays et qui deviendra une charge pour nos enfants et petits-enfants ! Comme si le colisée n’a pas suffi à Rajoelina !

Pendant ce temps, Madagascar et les Malagasy vont vivre leur choc pétrolier, se demandant avec inquiétude ce que demain sera.

La Gazette

Lire aussi