La Gazette de la grande ile

Une Novice vs un Has-been : Rinah défend son bifteck et veut imposer l’Embraer 190

Publié le 19 mai 2022

Quelle flotte pour Madagascar Airlines ?

Mi-avril, Ranjatoelina disait «Ce que font les dirigeants d’Airmad pour son redressement ne me convient pas, mais je les respecte ». Quelques jours plus tard, lors du salon des transports de marchandises et de la chaîne logistique, Ranjatoelina a affirmé sans ambages « depuis 48h, j’ai pris en mains le pilotage du dossier Air Madagascar », un interview qu’on peut voir sur le site du ministère https://fb.watch/d25qonAE_m/ .

Quelques jours plus tard, Rinah Rakotomanga lui répond, profitant de son absence de Madagascar, à travers un interview « L’heure est à la renaissance ». Et à la fin de cette interview, Rinah parlait de reconquête. “Renaissance” est le nouveau nom du parti La république en marche, et “Reconquête” le nom du mouvement politique d’Eric Zémour ! Simple coïncidence ?

Puis, elle enchaîne sa contre-attaque à travers deux articles intitulés « Deux business plan pour Air Madagascar » et « Boeing 737-400 pour Madagascar Airlines, l’énième erreur fatale ».

Rinah parle d’un « business plan que nous avons concocté en interne depuis près d’un an et demi ». S’ils étaient bons en interne, cela se saurait et Airmad ne serait pas dans son état actuel. Aucune allusion à celui mis au point avec le cabinet Bearing Point qui a été payé pour ce faire, contrairement à Ranjatoelina qui semble ne connaître que ce business plan !

Parlant de la flotte, elle dit disposer de 4 ATR et d’un A330-900 jusqu’à fin octobre 2022 « qui donne du fil à retordre en termes d’exploitation » (à cause de l’altitude, cet avion ne peut pas faire à pleine charge un vol Tana/Paris sans escale, caractéristique que n’importe quel habitué du transport aérien connaît bien).

Lors d’une interview accordée le 17 mai 2022, Rajoelina parle plutôt de seulement 2 et non de 4 ATR72 opérationnels. Qui a raison de Rinah et du leader bien-aimé ? Ou bien, il ne le sait pas, également comme la malnutrition ? Un droit fondamental, pas un privilège ?

Rinah ajoute que l’A340 visible à Ivato va être envoyé en transformation en Egypte pour servir de backup (avion de remplacement en cas de panne), et pour les vols à la demande et cargo en long courrier. Il va donc falloir maintenir des techniciens, ingénieurs et équipage qualifiés pour cet A340, avec tous les coûts induits par une telle décision. Elle ne parle pas du tout de l’autre A340 dont on n’a aucune nouvelle.

 Quel business plan ? Open sky ?

Rinah parle de location de B787-900 et d’un Embraer 190 type E2 auprès des constructeurs, qui n’attendrait plus que la garantie souveraine de l’Etat déjà promise par le Petit Timonier. Aucune allusion aux B737-400 qui vont arriver incessamment selon Ranjatoelina, sinon que ce serait la énième erreur fatale!

La garantie souveraine de l’Etat ne sera éventuellement autorisée par le FMI que lorsqu’un business plan viable aura été préalablement approuvé. Il faudrait déjà que Ranjatoelina et Rinah s’entendent sur le business plan à retenir. Dans le cockpit, il ne saurait évidemment y avoir qu’un seul commandant de bord. Sinon, risque de crash !

D’autre part, le ministre semble acquis à l’ouverture à tout-va aux compagnies étrangères. Jusqu’à demander à Turkish Airlines de transporter des passagers Tana-Paris en les faisant transiter par Istambul, qui est, selon le jargon des spécialistes, un trafic de 6ème liberté (non permis par les accords aériens avec la France). Pratique d’Ethiopian Airlines qui avait été à l’époque déjà dénoncée par Air Madagascar.

Rinah dit : « Il faut protéger notre compagnie aérienne, nous sommes pour l’ouverture des frontières et la mise en œuvre de la concurrence, mais nous optons pour la préférence nationale et sa protection. La concurrence a pour but d’aider à améliorer les offres et les services, mais non pour tuer nos propres acquis et nos propres entreprises. Oui à la concurrence maîtrisée et entièrement d’accord avec l’ouverture équitable dans un environnement sain de notre ciel, autrement dit : Oui à un open-sky maîtrisé et équitable ». Sans préciser ce que cette notion recouvre exactement.

Dans tous les cas, un autre point de friction prévisible entre Ranjatoelina et Rinah.

Ranjatoelina doit d’abord faire son travail de ministre des transports

Avant de croiser le fer avec Rinah, Ranjatoelina ferait mieux de commencer à  balayer d’abord devant sa porte ! Et prendre les décisions qui incombe à son ministère.

Afin de rendre compétitive la destination Madagascar, il faudrait déjà privilégier, quand c’est possible, les départs et arrivées directs sur les aéroports de province.

On ne comprend toujours pas la réticence du ministre à autoriser les vols Réunion vers Taolagnaro, Toliara, Antsiranana et Ste Marie, pénalisant les opérateurs touristiques de ces régions. L’obligation de passer par Antananarivo renchérit les coûts et fait perdre du temps aux passagers.

De même, pourquoi ne pas toujours avoir autorisé Airlink à reprendre ses vols ?

Ensuite, Maurice et la Réunion, destinations concurrentes, n’exigent plus de test PCR négatif pour les passagers ayant un schéma vaccinal complet. Il est peut-être temps de réviser le protocole sanitaire en vigueur, si on veut être compétitif.

Par ailleurs, quand Ranjatoelina obligera-t-il Ravinala à respecter la législation et à afficher les taxes en ariary et non en devises étrangères, en particulier pour les vols intérieurs.

Et quand le gouvernement nommera-t-il enfin le DG de l’ACM ?

Enfin, les taxes pèsent trop lourd dans le prix du billet pour les vols intérieurs, et Rinah a raison sur ce point et de demander à l’Etat de les baisser, ne serait-ce que la TVA.

Les taxes Ravinala devraient également baisser au niveau de celles appliquées par Adema sur les aéroports de province. Une taxe unique pour les vols intérieurs !

Un touriste en transit à Ivato pour la province ou vice-versa, ne devrait pas avoir à payer la taxe ravinala, comme cela se fait partout dans le monde.

A Ranjatoelina de convaincre l’Etat, Ravinala, l’ACM, Amarante et son collègue des Finances.

Les vols intérieurs

Malgré la sortie de Ranjatoelina sur les vols Tana/La Réunion en ATR, lents, peu confortables, non compétitifs face aux jets, ces vols continuent apparemment. La Gazette avait déjà suggéré de les réorienter vers les vols intérieurs ou vers des vols Tamatave et Ste Marie vers la Réunion, surtout à l’approche de la saison des baleines. Cela tend à montrer que pour l’instant, il n’a pas la main sur Madagascar Airlines, contrairement à ce qu’il a claironné !

Début mai 2022, Ranjatoelina disait « Maintenant, l’urgence pour moi, c’est la mise en place rapide des vols intérieurs. Parce qu’actuellement, nous sommes face à un blocage. Les passagers arrivent à Nosy Be et à Antananarivo, mais n’en sortent pas, à cause de la faiblesse de l’offre d’Airmad. Dans un mois au plus tard, deux B737-400 vont rejoindre la flotte d’Airmad ».

Sur la priorité des vols intérieurs, La Gazette ne peut qu’acquiescer puisqu’elle l’a déjà écrite maintes et maintes fois. Quant à revenir sur un B737 400 de l’ancienne génération après avoir exploité un B737 800 de la nouvelle génération, on n’en voit pas du tout la logique. Hélas, le Has-been ne peut parler que de ce qu’il connaît effectivement : une solution anachronique inadaptée à un vrai problème présent.

D’autant plus que cet avion ne pourra pas atterrir ou décoller à pleine charge de l’aéroport d’Antsiranana selon les spécialistes. Une décision à l’emporte-pièce sans étude sérieuse ! Malgré cela, il avait promis qu’au plus tard début juin, les deux B737-400 seront là. Dans 15 jours, nous saurons si ce sera le cas, mais la commercialisation devrait déjà avoir commencé. Est-ce le cas ? Cela demande un minimum d’entente entre Rinah et Ranjatoelina, comme des « jamba mifampitantana » (deux aveugles qui se donnent la main).

La situation de Madagascar Airlines est déjà suffisamment difficile pour qu’elle ait encore à supporter des querelles d’égos que le Président sucré du Peuple a tout intérêt à trancher rapidement. Le choix du B737 400 est qualifié par Rinah d’énième erreur fatale. Elle n’a pas précisé fatale pour qui ? Madagascar Airlines ? Ranjatoelina ? Elle-même ? ou les 3 ?

Le choix doit être celui de la raison et non du cœur ! C’est une affaire trop sérieuse pour ne compter que sur la chance du Débutant, ou sur les solutions obsolètes d’un Has-been.

La Gazette  renvoie les deux protagonistes dos à dos. Quant à Mamimbahoaka, il n’a pas à choisir « entre se couper un bras ou une jambe » pour ne pas dire « entre la peste et le choléra » et ferait bien pour une fois de choisir un vrai professionnel.

La Gazette

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