La Gazette de la grande ile

Le désordre dans l’ordre constitutionnel

Publié le 20 mai 2022

S’il y a quelques  raisons de trouver matière à  critiques dans l’application  de la Constitution de 2010, ce n’est point  du  tout dans les passages  de  celle-ci sur les pratiques telles que la classe politique l’imagine vis-à-vis de leurs intérêts propres  et  des visées stratégiques  avouées ou pas. La masse est plutôt convaincue qu’une loi fondamentale doit surtout  servir  de bouclier juridique inattaquable dans n’importe quelle instance du  système judiciaire. Il  est  clairement  stipulé dans la constitution actuellement  en  vigueur par le 8ème alinéa de la Préambule qui constate avec justesse « que le non-respect de la Constitution ou sa révision en vue de renforcer le pouvoir  des gouvernants au détriment des intérêts de la population sont les causes des crises cycliques,… » La  raison  d’être de la  Haute Cour Constitutionnelle H.C.C. est donc d’intervenir et d’éviter de telles dérives contraires  aux intérêts supérieurs de la nation.

Qu’avons-nous constaté avant la promulgation de cette  loi  fondamentale le 11 décembre 2010 ? Toute une succession de situations troublées avec violation  de l’ordre public pour ravir  les pouvoirs des mains du détenteur légal  élu par le peuple. Il a  fallu une  très longue et laborieuse médiation internationale pour parvenir à l’ordre constitutionnel. Ce  retour n’a pas  suffi pour  empêcher des  turbulences institutionnelles de quelques  députés  de tenter de déstabiliser le premier président  de la  4ème République qui  finalement, a été écarté. Selon un  article  d’Olivier  Caslin  de  Jeune Afrique « Hery Rajaonarimampianina est bien victime d’un « coup d’État ». Pas militaire, comme le furent certains de ses prédécesseurs, et encore moins populaire, contrairement à ce que le président malgache avait un peu vite affirmé, au soir du 22 avril, quand il s’agissait de parer au plus pressé après la mort de plusieurs manifestants, mais bien constitutionnel. » Et cette source ajoute que la Haute Cour constitutionnelle (HCC) a bousculé le jeu politique et donné le coup d’envoi de la campagne électorale de la prochaine présidentielle. Lundi, au terme d’un week-end d’âpres négociations, Hery Rajaonarimampianina a nommé Christian Ntsay au poste de Premier ministre.(…) En mettant ainsi la pression sur le président, la HCC est incontestablement sortie de son rôle, mais en allant au-delà de ses responsabilités, elle oblige les politiciens à prendre les leurs, résume un représentant de la communauté internationale dans la capitale malgache(…) Réunis autour de leur président, Jean-Eric Rakotoarisoa, les neuf sages de la HCC n’ont pas osé déchoir le président, même s’ils reconnaissent ses manquements, à quelques mois seulement d’un scrutin prévu avant la fin de 2018. Ils ont en revanche sérieusement rebattu les cartes en exigeant la nomination d’un Premier ministre de consensus, chef d’un gouvernement(…) Si ce n’est pas une connivence prémédité, c’est  que ça y  ressemble. C’est pour  vous  dire qu’il y  avait empiètement dans le pouvoir judiciaire et l’Exécutif…

A l’heure actuelle, les   rumeurs persistantes  font état de projets  divers  en  vue de  rééditer ce  genre  d’ingérence dans le  but  non  avoué de faire tomber le  régime  actuel. Sous prétexte  que l’équipe en place serait incapable de  gérer  convenablement le pays. La réalité  est  tout  autre, on mobilise des  secteurs à problèmes  dans  des agitations à  but insurrectionnel pour permettre aux  cerveaux d’une  sédition  qui ne dit pas  son  nom  de faciliter l’arrivée peu probables des  ambitieux obsédés perdants des précédentes élections présidentielles et des jeunes loups qui rêvent de devenir « riche très  vite  et  de manière  durable » sur le  dos  de  tout un peuple par les pillages  des  ressources  en  complicité  avec l’étranger. Le  désordre institutionnel que  certains acteurs politiques  de mauvaise foi d’une  bande  voyoucratie cupide tentent  d’installer dans les institutions et la société civile  va dans  ce sens. Il appartient au système actuel de faire preuve de prévoyance pour  éviter les mauvaises  surprises.

Noël Razafilahy

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