La Gazette de la grande ile

724 millions ariary pour la conférence nationale ?

Publié le 20 mai 2022

724 000 kg de vary mora pour les déshérités des bas-quartiers !

Faire l’aumône pour ne pas mourir de faim

Il ne se passe pas un jour sans que les journaux écrits ou télévisés européens ne parlent de Madagascar. Avant, c’était pour décrire des endroits paradisiaques, la flore et la faune endémiques, le sourire des Malagasy, « les routes de l’impossible ».  Maintenant, c’est hélas pour parler de la misère de la majorité de la population, de hameaux désertés par les villageois pillés par des dahalo, des détresses des habitants des bas-quartiers.

Cela rappelle la famine qui a sévi dans les années 80 en Ethiopie et qui a suscité de vives émotions et l’intervention d’actions caritatives du monde entier, marquée parmi d’autres par la fameuse chanson d’artistes américains “We are the World”    https://fb.watch/d3ADj4Q5hu/ .

Cela fend le cœur de le reconnaître, mais on a la nette impression que Madagascar n’a plus d’autre solution que de tendre la main au Monde, car les autorités actuelles n’ont apparemment aucune solution pour nous en sortir. A moins de mettre Madagascar sous administration provisoire de l’ONU !

Une conférence nationale sur l’autosuffisance alimentaire (budget estimatif de 724 millions ariary) ? Deux lignes de téléphérique ? L’autoroute Tana/Tamatave ? La réhabilitation de la RN13 ? La construction d’EPP, de CSBII, de stades manarapenitra ? Le pavage de plusieurs routes ? Une augmentation de 25% des bas salaires…

Les 724 millions ariary prévus pour cette conférence nationale sur l’autosuffisance alimentaire devraient être utilisés autrement, comme servir du tsaky pop à la population pauvre des bas-quartiers.

Construire à Mahajanga un stade couvert de 4000 places, décidé lors du conseil des ministres de mercredi dernier, est-il vraiment une priorité ?

Une autre missive de Rajoelina datée du 18 mai 2022, adressée aux membres du gouvernement, parle cette fois du renforcement de l’encadrement de la formation technique et professionnelle afin de faciliter la recherche d’emplois. C’est d’une telle puérilité et prêterait à sourire si la situation n’était pas aussi critique. https://www.presidence.gov.mg/actualites/communiques/1586-fanamafisana-sy-fanomezana-torolalana-ny-fanofanana-teknika-sy-arak-asa-mba-hanamorana-ny-fampananan-asa-eto-madagasikara.html

L’Etat en faillite

L’Etat doit, selon les réseaux sociaux, près de 1000 milliards ariary aux pétroliers. Sans parler de ce que la Jirama doit à Jovenna après les deux dernières réquisitions. Si l’Etat était une société, il serait entré comme Air Madagascar dans une procédure collective d’apurement du passif, avec la nomination d’un administrateur judiciaire.

C’est tout comme, c’est le FMI qui joue en l’occurrence le rôle de l’administrateur judiciaire. Le FMI va s’entendre avec le gouvernement sur les mesures à prendre pour redresser la situation pendant la revue de la FEC. Puis, le ministre des finances et le gouverneur de la banque centrale résumeront ces mesures dans ce qu’on appelle la lettre d’intentions. Ce sont les futurs engagements de l’Etat.

On peut lire la version anglaise de la lettre d’intentions de fin 2021, lors de la 1ère revue sur le site ci-après. Très instructif, comme le lecteur pourra en juger !

https://www.imf.org/-/media/Files/Publications/CR/2022/English/1MDGEA2022001.ashx

La partie concernant « les politiques macroéconomiques et structurelles »  en a été extraite et traduite en français (via google).

https://www.transfernow.net/dltransfer?utm_source=20220519AOgQYfHk&utm_medium=TuC0qwRg

Ce qui attend la population

La partie « Augmenter les recettes fiscales » permet de comprendre les mesures fiscales prises par le ministère des finances contre lesquelles il y a eu une levée de boucliers du secteur privé.

Dans la LFI 2022, le minimum fiscal dû au titre de l’IRSA augmentera de 50% et ne touchera donc que les bas salaires. Le taux réduit de TVA ne sera plus appliqué sur les pâtes et la suppression des exonérations de TVA sur le blé, le riz et le maïs est envisagée. Tout comme pour la 1ère tranche de consommation d’eau et d’électricité des ménages, l’augmentation y afférente devant surtout impacter les ménages à faibles revenus.

L’on apprend également qu’il y a une énorme fraude au niveau du tabac, alors qu’à notre connaissance, il n’y a que deux opérateurs : une filiale d’Imperial Tobacco et une filiale de Sipromad avec British American Tobacco. Il était également question de la compagnie Able Step créée par Monja Roindefo, associé à des Chinois. Cela ne devrait pas être très sorcier d’assurer une stricte traçabilité du tabac (et de l’alcool) si l’Etat le veut vraiment. En tout cas, cela en vaut la chandelle, puisque cette traçabilité associée à une augmentation des droits d’accise permettrait une recette supplémentaire de 25 milliards ariary. Même topo pour l’alcool.

Qu’attend le ministère des finances pour lancer immédiatement un contrôle fiscal et douanier approfondi sur les 3 dernières années, car il semblerait que des fraudes manifestes sont archi-connues dans le milieu. Même prévoir des primes et l’immunité pour les informateurs éventuels.

Il ne paraît pas sain que de tels documents ne soient pas rendus publics par le gouvernement, de façon qu’au moins, cela puisse être discuté avec les parlementaires.

Ces derniers peuvent déjà lire cette fameuse lettre d’intentions en attendant la transmission de la LFI. Cette dernière ne sortira probablement qu’après la revue du FMI, c’est-à-dire pas avant fin mai. Très probablement, la hausse des prix à la pompe attendra également le feu vert du FMI.

Une lueur d’espoir

Le retard dans la mise en place de réformes a malheureusement réduit sensiblement le montant des aides budgétaires reçues. Compte tenu de cette situation, selon toujours cette lettre d’intentions, le FMI suggère d’utiliser 1 100 milliards ariary à tirer sur l’allocation spéciale de DTS du FMI du 23 août 2021 pour financer de nouveaux projets d’investissement en 2022, notamment pour améliorer les infrastructures routières et d’approvisionnement en eau dans le Sud. Cette allocation spéciale est la dernière soupape avant que la marmite n’explose !

Nous suggérons au FMI de faire établir la liste de ces nouveaux investissements éventuels, sinon cela risque de disparaître encore dans les stades (comme le stade couvert de Mahajanga), marchés manarapenitra. La réhabilitation de la RN2 devrait recevoir la priorité absolue.

Puis, imposer l’arrêt du projet téléphérique dont la priorité ne saute pas aux yeux, et surtout que cela détériore la structure de la dette, puisque c’est un projet d’infrastructure déficitaire financé sur des prêts commerciaux. Les déficits prévisibles de son exploitation sont des lests supplémentaires pour les budgets futurs qu’il faut prévenir dès maintenant (pour ne pas avoir de nouveaux Jirama ou Airmad) même si cela ne plaira sûrement, ni à Mamimbahoaka, ni à la France dont les entreprises sont les grandes gagnantes.

Sans doute, il va falloir augmenter le tirage sur cette allocation spéciale et revoir son utilisation. Allègement des arriérés vis-à-vis des pétroliers et mise en place d’un filet spécial de sécurité pour les habitants des bas-quartiers des grandes villes avec l’aide des associations caritatives et religieuses pour de la soupe populaire ou tsaky pop et non des transferts monétaires. Ainsi que payer les arriérés vis-à-vis des petites entreprises de travaux publics, et attribuer de nouveaux marchés pour l’entretien routier.

La Gazette n’a relevé que ces quelques aspects de cette fameuse “Lettre d’Intentions” dont le lecteur pourrait lire les détails à loisir sur la version anglaise ou française de ce document.

Il ne paraît pas sain que de tels documents ne soient pas rendus publics par le gouvernement, par souci de redevabilité. A minima, les parlementaires en devraient être destinataires.

Ces derniers peuvent déjà lire cette fameuse lettre d’intentions, dans l’attente de la transmission de la LFI. Cette LFI ne sortira probablement qu’après la revue du FMI, c’est-à-dire pas avant fin mai.

Au moins, ces parlementaires sauront à quelle sauce la population va être mangée. Le gouvernement connaît bien le proverbe malgache “Tsy misy masiaka hoatry ny sakay, fa rehefa teny ierana lany ihany” (rien ne pique aussi fort que le piment, mais quand on l’accepte, on le mange quand même).

La Gazette

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