La Gazette de la grande ile

Secteurs secondaire et tertiaire

Publié le 25 mai 2022

Insuffisant face à la croissance démographique

Notre croissance est surtout marquée par la reprise des exportations minières de Sheritt et de QMM, des activités de services et des investissements publics soutenus par nos partenaires de développement conformément à leur engagement d’appuyer les pays pauvres. Mais cette reprise ne se traduit pas en une création suffisante d’emploi pour la majorité de jeunes Malagasy. Madagascar est confronté au doublement de sa population en une génération et à la large incapacité des secteurs secondaire et tertiaire à absorber les 500 000 jeunes Malagasy entrants supplémentaires dans la vie active chaque année et en plus ces 500.000 entrants viennent essentiellement du monde rural.

Depuis l’indépendance, la croissance de la population et la pression foncière en milieu rural se sont accrues. L’espace est désormais saturé dans certaines régions et le secteur agricole s’essouffle à occuper les nouvelles jeunes générations Malagasy. Cette croissance s’est déroulée en l’absence de changements notables dans les systèmes de production agricole. Les réformes entreprises n’ont pas été soutenues.  La discontinuité des actions entreprises pour l’amélioration de l’agriculture annule les maigres résultats obtenus.  A chaque changement de régime politique, il y a un changement de politique agricole et de priorité !  Or le problème reste le même ; la conjonction d’une forte augmentation de la population rurale et de l’immuabilité des structures agraires constitue une double impasse : une impasse démographique et une impasse économique. Il est temps que les politiques publiques résolvent cette double impasse et s’inscrivent dans la durée.

Au cours des dix ans à venir plus de 500000 jeunes Malagasy vont entrer en âge d’activité en milieu rural chaque année. Face encore à l’émiettement de parcelles agricoles de moins en moins viables et rentables et aux défis encore à faire face sur l’accès au foncier, les jeunes ruraux vont devoir chercher des emplois hors de leurs exploitations familiales. Or, les emplois auxquels pourraient prétendre les jeunes ruraux sont rares. En milieu rural, les activités non agricoles sont peu nombreuses et en milieu urbain les créations d’emploi sont faibles. Les secteurs du textile et du tourisme, qui apparaissent comme des secteurs d’expansion et de référence de l’économie malgache, ne pourraient absorber au mieux que 50 000 actifs supplémentaires par an durant les prochaines années.  Les solutions à l’impasse démographique et à l’impasse économique ne devraient-elles pas alors être recherchées, du moins dans un premier temps et prioritairement, dans le secteur agricole lui-même ?

Si une chance historique s’offre à Madagascar de devenir le grenier à riz de l’Afrique, ce processus est toutefois encore embryonnaire et reste fragile. Il nécessite d’être soutenu très attentivement, que ce soit sur le plan du pilotage du marché du riz proprement dit que des mesures d’accompagnement nécessaires à son développement. L’accompagnement dans le temps des logiques d’amélioration de la performance agricole en général, et rizicole en particulier, en relation avec les exigences des marchés, s’avère central pour rendre effectives les ambitions politiques de développement agricole. Ne serait-il pas temps de mettre en œuvre une stratégie intégrée du développement agricole concourant aux objectifs de production conformes aux besoins locaux et aux impératifs de la conjoncture mondiale ? Certes, agir sur la production agricole, c’est forcément mettre en oeuvre un grand nombre d’éléments complexes qui, tous, concourent à la solution du problème mais qui, pris individuellement et mis en oeuvre isolément, ne sauraient conduire au succès. Le progrès agricole n’est vraiment avantageux que s’il porte sur l’ensemble des opérations. Mais la tâche fondamentale, condition du succès de l’ensemble de l’oeuvre du développement agricole et de la promotion rurale, a trait aux transformations nécessaires de la mentalité de la majorité des Malagasy : Education, Education et Education. L’éducation et la sensibilisation pour une  volonté pour le progrès et la construction d’une espérance d’ une vie meilleure ne devraient-elles pas être une ŒUVRE CONTINUE DE LA REPUBLIQUE pour les trois prochaines décennies car  la majorité des Malagasy, essentiellement rurale, était trop longtemps isolée, résignée et devenue inerte ? Des « agro entrepreneurs » issus des jeunes paysans Malagasy disposant d’un bon niveau d’éducation, pratiquant une agriculture moderne, avec un capital d’exploitation important et des surfaces individuelles de quelques dizaines d’hectares seraient–ils encore un rêve pour le prochain siècle ?………Les autorités publiques exposeront-elles  ce problème de  l’impasse démographique et de l’impasse économique que le monde rural fait face lors de la concertation nationale sur l’agriculture ?………..  A suivre attentivement.

Zaza R

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