La Gazette de la grande ile

Effet de la hausse des salaires

Publié le 27 mai 2022

Risques de fermeture d’écoles privées

Audit des fonds Covid et marchés publics

La délégation du FMI, dirigée par Frédéric Lambert, a été reçue lundi par Ntsay. Elle est là jusqu’au 2 juin 2022 pour évaluer les mesures d’ajustement et de réforme sur lesquelles s’est engagé le gouvernement.

Parmi ces mesures figure l’engagement du gouvernement à identifier les propriétaires effectifs des entreprises attributaires des marchés publics, ainsi que le rapport d’audit du cabinet indépendant sur l’utilisation des fonds covid. Ce type de mesure n’est pas propre à Madagascar, mais fait partie de l’arsenal classique destiné à l’amélioration de la transparence des marchés publics.

Le FMI a par exemple exigé que le gouvernement gabonais justifie, via un auditeur indépendant, l’utilisation de ces fonds durant les années 2020 et 2021, ainsi que la liste exhaustive des attributaires de marchés publics.

Dans un premier temps, le gouvernement gabonais a voulu garder confidentielle sa gestion des fonds covid. Il a fallu la menace du FMI de ne pas présenter le dossier à son conseil d’administration et donc la suspension des décaissements, avant que le gouvernement ne change d’avis.

Les autorités gabonaises ont fini par décider de publier le rapport d’audit des dépenses liées à la pandémie de la COVID-19, et de finaliser l’arrêté sur la publication des noms et nationalités des bénéficiaires effectifs des marchés publics. Ces informations seront publiées dans les prochains jours, a declaré le chef de mission Boileau Loko.

Ntsay et son gouvernement sont prévenus. On espère que le gouvernement ne tournera plus cette fois-ci autour du pot et satisfera cette demande du FMI. C’est une mesure indolore pour la population, et la rassurera plutôt quant à la volonté de Rajoelina de vraiment lutter contre la corruption. La réticence du gouvernement à ne pas rendre publiques ces informations ne fait que légitimer les suspiscions de détournement et de corruption. Ou bien tient-on absolument à épargner certains acteurs publics ou privés indélicats ?

Autres engagements de l’Etat

Le numéro du 20 mai 2022 de la Gazette avait déjà parlé d’une partie des autres engagements du gouvernement contenu dans la fameuse lettre d’intentions, notamment ceux concernant les recettes fiscales et l’opérationnalisation de tout le système anti-corruption.

L’Etat s’est engagé, avant le second semestre, à établir une nouvelle structure de prix des carburants, après consultation des distributeurs pétroliers, afin de réduire l’écart entre le prix de référence calculé et les prix à la pompe, sur la base des résultats de l’audit de la structure des prix.

En juin 2019, le prix du baril de Brent revenait à 231 699 ariary, et au moment où nous écrivons le baril valait 114,26 dollars et le dollar 4040,64 ariary, soit 461 683 ariary. 99% d’augmentation pour combler l’écart si on ne veut pas que les arriérés vis-à-vis des pétroliers augmentent encore plus. Quel que soit le taux d’augmentation retenu, il est clair que l’impact sur le pouvoir d’achat de la population, notamment pour les couches les plus vulnérables, sera important. Ce qui a valu la Une de la Gazette  du 18 mai «Hausse des prix à la pompe, Choc pétrolier en vue, comment réagira la population ? ».

Fermetures d’écoles privées

« Pas d’état d’âme ! Les récalcitrants qui n’appliqueront pas la hausse de salaire seront sanctionnés», affirme la directrice générale du ministère du Travail et des lois sociales, Hanitra Razakaboana, à l’occasion de la table ronde sur la création d’emplois et bonnes pratiques hier à l’hôtel Carlton. Quelle ironie !

Bonnes pratiques ? A moins d’une semaine de la fin du mois et près d’un mois après l’adoption par le conseil des ministres des décrets concernant les modalités d’augmentation du salaire minimum d’embauche du secteur privé, ce ministère « récalcitrant » n’a toujours pas rendu publics les dits-décrets ! Comment en effet appliquer les dispositions d’un décret non encore publié?  Sans parler du fait que les mesures d’accompagnement à titre exceptionnel (Cnaps) sont donc prévues uniquement pour l’année 2022. Cela signifie que le secteur privé supportera seul entièrement le coût de ces mesures à partir de 2023, avec ses conséquences négatives sur la trésorerie des entreprises.

Quant au cas particulier des écoles privées, bon nombre d’entre elles sont tout simplement dans l’incapacité d’augmenter le salaire de son personnel.

Déjà la précédente hausse du salaire minimum à 200 000 ariary, décidée en 2020, n’a pu être appliquée dans de nombreuses écoles privées. De nombreux parents ne pouvaient pas supporter de hausse des frais de scolarité, notamment ceux ayant plusieurs enfants. Les enseignants avaient la liberté de partir ou de garder le même salaire et leur emploi. Après concertation, les frais de scolarité n’ont pas été augmentés et nombreux ont préféré ne pas insister sur une augmentation de leurs salaires. Sans parler du fait que certains ne sont toujours pas affiliés à la Cnaps ou à l’Ostie.

Cette hausse de ce salaire minimum à 250 000 ariary est illusoire et ne sera pas être appliquée tout simplement dans de nombreuses écoles privées.

Voilà la réalité que le gouvernement doit affronter, et une hausse des frais de scolarité aura des conséquences incalculables. De nombreuses écoles vont fermer avec une cohorte d’élèves à la rue. En ont-ils au moins parlé lors de cette table ronde au Carlton sur la création d’emplois et les bonnes pratiques ? Des mesures gouvernementales destructrices d’emplois et créatrices de jeunes illettrés !

La Gazette plaide pour que le gouvernement se penche particulièrement sur le cas de ces écoles privées, avec la compréhension et la pression amicale de la mission du FMI.

Mesures d’accompagnement pour les couches vulnérables

Sur la base, entre autres, des études existantes, le gouvernement s’est également engagé à formuler des politiques pour atténuer l’impact de l’ajustement du prix du carburant sur les couches les plus vulnérables de la population.

Allons-nous vers une autre augmentation des bas salaires ? Subventions pour les taxis be ?

Le gouvernement pensera-t-il cette fois au secteur informel ?

Pensera-t-il à faire acheter à bon prix par la SPM du riz aux paysans malagasy au lieu d’aller aider les Indiens à exporter leur production ? Et constituer par la même occasion des stocks régulateurs ou stocks tampons pour la future période de soudure.

Pensera-t-il à arrêter les investissements non prioritaires comme ces stades manarapenitra, ce stade couvert de 4 000 places de Mahajanga ou ce projet de téléphérique ?

Pensera-t-il à réduire le train de vie des fonctionnaires et élus, notamment ceux bénéficiant de voitures de fonction ? Afin qu’ils  commencent à réaliser que Madagascar est en temps de crise et doit s’ajuster. Sinon, ils continueront à se comporter comme cette Directrice Générale du travail qui maintient sa fermeté quant à l’application de la hausse des salaires par le secteur privé, sans n’avoir aucune idée sur leur faisabilité, ni leur acceptabilité.

On ne peut plus continuer comme si tout va bien ! Malheureusement, le discours de Mamimbahoaka ne va pas dans ce sens. Comme il est déjà en pré-campagne, “tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles” , mais hélas, ce n’est pas la fête tous les jours.

Redescendez sur terre Président ! Vous vivez à Madagascar, devenu le 5ème pays le plus pauvre au monde et le 4ème pays au monde le plus touché quant à la prévalence de la sous-alimentation, selon les statistiques de la FAO.

La Gazette

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