La Gazette de la grande ile

Concertation nationale sur l’agriculture : On s’attend à une simple manipulation

Publié le 27 mai 2022

Les  questions agricoles sont de nouveau de retour dans l’agenda de tous les gouvernements du monde entier, des opérateurs du développement (Bailleurs de fonds, Centres de recherche et Coopération) et de la communauté internationale. Plusieurs événements ont contribué à cette mobilisation générale, notamment les famines récentes en Afrique, la flambée des cours des matières premières agricoles après les crises créées par la guerre en Ukraine et les crises financières, les « émeutes récentes de la faim » en Afrique, en Amérique latine et en Asie, la consommation croissante de produits issus de l’agriculture biologique, surtout en Europe. En plus, les préoccupations grandissantes liées aux dommages environnementaux de l’agriculture « intensive » et la controverse sur les agro carburants, montrent des tendances de fond, signes de changements plus structurels que conjoncturels de l’agriculture au niveau mondial. Maintenant, tous les grands leaders politiques mondiaux se posent des interrogations relatives à l’alimentation des probables neuf milliards d’êtres humains que comptera la planète dans quatre décennies. Quelles seraient les idées et les opinions des politiciens malagasy  sur l’avenir de l’agriculture malagasy dans cette dynamique de changement au niveau planétaire ?  Ou trop pris par les prochaines élections, se contenteraient-ils seulement des actions de «M’as-tu vu ? » pour des objectifs de politique politicienne bassement matérielle et égoïste ?

Madagascar organisera une concertation nationale sur l’agriculture le 16, 17 et 18 juin 2022‬ prochains. Trois grands enjeux se présentent : l’alimentation future des Malagasy, la protection de notre environnement, considéré comme un « Hot Spot » de la biodiversité, et le développement économique futur du pays. Des marges de manœuvre pour les futurs participants existeraient-elles encore pour choisir la meilleure trajectoire de notre développement agricole ? Ou la concertation serait-elle  une simple manipulation des participants et  les décisions seraient-elles quasiment prises avant même le début de la concertation ?

Une bonne phase préparatoire à la concertation serait indispensable, durant laquelle les marges de manœuvre seront identifiées. Les informations ne seront pas impartiales et les droits de choisir des Malagasy seront respectés. L’histoire de l’humanité nous enseigne que le développement se produit grâce aux efforts d’individus créatifs qui ont échangé des idées, des biens et des finances à travers le pays pour un bénéfice mutuel, mais les solutions préconçues et imposées indirectement ne rencontreront jamais l’adhésion et l’appropriation  de la majorité des Malagasy, même s’ils sont pauvres. Autrement, le vrai progrès sera remis aux calendes grecques !

Si les préparations se concrétisent réellement, les participants pourront débattre et choisir entre trois grandes trajectoires de développement agricole  « par exemple ». La première est l’extensification : cela consiste en une réduction de l’utilisation des intrants chimiques sur l’espace cultivé, ce qui permet de produire des denrées agricoles en préservant le plus possible les milieux naturels et la biodiversité sur l’espace cultivé. Cela requiert pour produire une quantité donnée et plus de terres agricoles. Aura-t-on des surfaces suffisantes pour satisfaire nos besoins ? La seconde, antagonique, est l’intensification classique, une révolution verte. Il s’agit d’une maximisation du rendement par hectare  au niveau des exploitations familiales. Cela pourrait engendrer des détériorations environnementales sur l’espace cultivé si c’est mal géré, mais est à l’origine d’un effet d’économie de terres, puisqu’une quantité donnée de denrées agricoles est produite sur moins de terres. Cela préserverait nos forêts primaires. La troisième est l’utilisation des agropoles avec les multinationales. Quelle trajectoire de développement durable suivra réellement l’agriculture malagasy au cours des prochaines années ? En existe-t-il une de plus souhaitable ou une combinaison de ces trajectoires tout en assurant une meilleure intégration de notre système agricole avec l’économie mondiale ? Existe-t-il une qui satisfasse, le moins mal possible, les enjeux alimentaire, environnemental et économique ? Les autorités publiques, les bailleurs de fonds, devraient-ils privilégier, par des instruments divers de politiques publiques, plutôt une trajectoire d’intensification, d’extensification ou une trajectoire avantageant les multinationales ? Puisse cet article contribuer à une meilleure préparation de cette future concertation nationale sur l’agriculture et que les futures générations  des Malagasy en bénéficieront de réels avantages économiques pour éviter la transmission de la pauvreté intergénérationnelle.

Zazah R.

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