La Gazette de la grande ile

Vanille : Pour une Task Force contre la mafia

Publié le 10 juin 2022

L’ouverture des frontières ne présente pas que des avantages. Elle annonce également la reprise des trafics. On ne parle pas uniquement des trafics d’or, de pierres précieuses et d’espèces animales. On fait référence ici à la reprise des trafics de vanille. Les exportations de cette épice précieuse sont extrêmement importantes pour l’économie malgache, au même titre que les exportations de café, de clous girofle, de cacao et de crevettes. L’Or Noir (surnom de la vanille) est si rentable qu’il attise toutes les convoitises et qu’il stimule l’imagination sans limite des trafiquants de vanille.

Certains trafiquants obtiennent un agrément qui est utilisé pour une seule opération. Une fois l’exportation réalisée, la société créée pour l’occasion est dissoute. Cela permet aux trafiquants de se soustraire aux impôts et à l’obligation de rapatriement de devises. D’autres trafiquants excellent dans l’art des fausses déclarations. En effet, ils gonflent artificiellement les factures de frais. D’autres trafiquants n’ont aucun scrupule à mélanger la vanille avec d’autres produits (vanilles provenant de vieux stocks et graines de café) dans le but d’optimiser leur profit.

Il ne suffit pas de dénoncer ces pratiques ignobles et antiéconomiques. Il faut aussi pointer du doigt les auteurs et complices. Qui sont-ils ? De source sûre, notre journal peut affirmer que des sociétés importatrices étrangères ( notamment DE MONCHY, TOUTON et AUST & HACHMAN ) travaillent main dans la main avec des entreprises exportatrices locales (entre autres PAOUAN JOSUE, SAMBAVANILLE, BIOVANILLA, AFH, IMEX, NORMAD, ILE D’OR, VANIPROMAD, MADAGASCAR FLAVORS, L’ATELIER VANILLE). Tous ces acteurs privilégient leur enrichissement à court terme et à tout prix et sans se préoccuper de l’impact négatif de leurs agissements mafieux. Ils violent allègrement toute la législation et la règlementation relatives à la certification, la normalisation, la commercialisation et l’exportation de la vanille, au risque de détruire toute la chaine de valeur.

Toutes ces manœuvres frauduleuses, parmi d’autres, constituent un énorme manque à gagner pour les finances publiques. Le préjudice ne se limite pas aux caisses de l’Etat. L’image de la vanille de Madagascar ne cesse de se dégrader. En amont, les collecteurs trinquent et les paysans paient les pots cassés. Toute détérioration de la qualité de notre précieuse épice et de son image ne fera que favoriser la montée en puissance des autres pays producteurs de vanille tels que l’Ouganda, l’Indonésie et les Comores.

La région SAVA (Sambava Antalaha Vohémar Andapa) qui a beaucoup souffert de la crise sanitaire et des intempéries, ne peut pas se permettre de rater la prochaine campagne de vanille, ni celles à venir. Trop d’emplois directs et indirects dépendent de ce produit de rente. Les différents groupements d’exportateurs de vanille tirent la sonnette d’alarme et réclament une intervention ferme et vigoureuse de l’Etat central en partenariat avec les Collectivités Territoriales Décentralisées. L’extrême urgence est signalée. Tout retard dans la prise de mesures ne fera que fragiliser la filière de la vanille qui est déjà en péril. La mise en place d’une task-force (composée de magistrats, policiers, gendarmes et douaniers), comme cela a été le cas pour les trafics de bois de rose, est vivement sollicitée.

La Gazette

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