La Gazette de la grande ile

Etat malagasy : Inefficace et inefficient

Publié le 15 juin 2022

Selon une note de mars 2022 de la délégation de l’Union Européenne (UE) à Antananarivo,  l’installation du nouveau régime en 2019 n’a pas mené à un changement de tendance en termes de gouvernance. Cette alternance politique s’est traduite par une forte centralisation du pouvoir et l’Etat malagasy est jugé inefficace, inefficient, et entaché de nombreux problèmes de gouvernance et de redevabilité ».

Centralisation excessive du pouvoir

Hajo Andrianainarivelo a été moins tendre, en jugeant le leadership de Rajoelina trop autocratique, avec une gestion hypercentralisée du pouvoir concentré entre ses mains et celles de Ntsay. Aucune marge de manœuvre n’est laissée aux ministres et tous les investissements et appels d’offres de plus de 50 000 dollars doivent ainsi être préalablement approuvés par les deux têtes de l’Exécutif, même si c’est déjà inscrit dans le budget.

Ainsi, d’août 2021 (date du précédent remaniement ministériel) à son départ du gouvernement en mars 2022, Hajo Andrianainarivelo n’a pu engager aucune dépense d’investissement. Cette centralisation excessive explique la faiblesse du taux d’engagement des dépenses budgétaires, dont le 1er responsable n’est donc que Rajoelina lui-même. Pourtant, ce sont les ministres qui sont jugés non performants, et sont remerciés !

Beaucoup de responsabilités avec les moyens nécessaires au compte-goutte selon l’humeur et les desiderata de « Radomelina », (comme le surnomme un ancien ministre évincé).  Tel est le lot quotidien des ministres qui encaissent sans broncher.

Sur le plan politique, Hajo avait déploré le glissement volontaire de calendrier de plusieurs élections locales qui devaient faire l’objet de nouveaux scrutins, à la suite d’annulations par le tribunal administratif. Cela a permis la nomination par l’Exécutif de responsables locaux, dépossédant de nombreuses municipalités, comme Morondava, de certaines de leurs prérogatives.

Il en est ainsi également des gouverneurs qui, faute d’élections pourtant prévues par la Constitution, ont été nommés par le pouvoir central.

Ainsi, Rajoelina centralise tous les pouvoirs, politiques et financiers,  entre ses mains. Il ne peut donc se dédouaner des mauvaises performances de l’Etat malagasy qu’il gère comme un petit épicier de quartier ! Il ne peut s’en prendre qu’à lui-même, mais ne le réalise pas. C’est toujours la faute des autres ou un sabotage (comme la coupure d’électricité lors de son dernier discours au CCI).

Projets présidentiels

Par voie de conséquence, tous les projets portent alors le qualificatif « présidentiels » (puisque c’est lui qui décide de tout), à côté de l’autre qualificatif « manara-penitra » (selon les normes). Même des tout petits projets comme les WC d’une église catholique de la province de Fianarantsoa ! Il y a de quoi en sourire, si les conséquences sont aussi catastrophiques.

Ce qualificatif « présidentiel » est utilisé à tout bout de champ et sert même d’épouvantail  permettant de contourner certaines procédures administratives jugées parfois trop contraignantes.

C’était le cas de nombreux marchés passés dans le cadre de la lutte contre le covid, relevés dans les rapports de la Cour des Comptes.

Si le président se félicite de récolter les lauriers de la réalisation de certains de ces projets présidentiels, il est tout à fait normal qu’il accepte également le revers de la médaille en cas de non réalisation ou de retard d’un projet dit présidentiel.

C’est ce qui se passe actuellement dans le grand déballage de ce qu’il convient d’appeler « l’affaire Madagascar Airlines ». Pour se défendre, Rinah n’a cessé de marteler qu’elle a été chargée par Mamimbahoaka de piloter ce projet, qu’elle n’a fait que suivre ses instructions, et que seul le Président peut la démettre. Elle doute que Rajoelina soit contre Madagascar Airlines, alors qu’il en a lui-même choisi le logo.

Malheureusement, selon Ranjatoelina, Mamimbahoaka aurait accepté de la limoger et de faire faire une enquête sur Madagascar Airlines. Rajoelina ne prendrait plus Rinah au téléphone et l’éviterait selon son entourage. Elle aurait même essayé de faire le forcing en allant assister au dernier match des Barea, mais peine perdue !

Rajoelina n’aurait donc même pas le courage de dire de face à son ancienne courtisane qu’elle doit arrêter de s’occuper de Madagascar Airlines ? Ne serait-ce que pour demander ce qu’elle a fait des 5 millions de dollars « siphonnés dans un entonnoir », comme il l’aurait dit à Ranjatoelina. Voilà l’exemple type de gaspillage où mène la mauvaise gouvernance.

Quelle est la stratégie des PTF ?

A l’instar de l’UE, les autres PTF se rendent compte qu’il n’y a plus rien à attendre de Rajoelina. Ils ne souhaitent néanmoins pas « punir » la population en arrêtant les financements, mais comment faire ?

Les leçons de la directrice de la Banque Mondiale sur les avantages du tarif optima de la Jirama, les fonds que le gouvernement a dû rendre à la Banque mondiale, les menaces d’arrêter certains financements. Pour titiller l’orgueil de Rajoelina, l’humiliation lorsque la Rwandaise Marie-Chantal Uwanyiligira dit qu’au rythme actuel, Madagascar pourrait mettre 70 ans pour atteindre le niveau de vie actuel du Rwanda, un pays qui était en guerre auparavant ! Tout y est passé, mais cela n’a pas suffi. Aucun impact sur la gouvernance de Rajoelina.

Les PTF semblent désespérés et ne plus avoir d’autres moyens que de compter sur les Malagasy pour aiguillonner Rajoelina.

Pourquoi la mission du FMI n’a-t-elle pas fait cette fois un compte-rendu avant de repartir ?

On apprend que la Jirama ne pourrait plus recourir à la solution de facilité de réquisitionner les pétroliers. Ce qui oblige maintenant les directeurs locaux de la Jirama à aller s’approvisionner auprès des stations-services pour faire tourner leurs groupes. Avec les risques de confrontations avec les transporteurs de voyageurs et de marchandises lorsque le stock local sera épuisé.

Les délestages vont s’accentuer sur le réseau interconnecté d’Antananarivo, car les centrales thermiques ne pourront plus tourner, faute de carburant. La centrale de 28 MW de Farahantsana ne fournit plus que 6 MW à cause du faible niveau de l’Ikopa.

Paradoxalement, la situation financière de la Jirama va s’en trouver améliorée, puisqu’elle ne vendra plus à perte l’énergie fournie par les centrales thermiques ?

D’autre part, la population attend avec inquiétude l’ampleur de la hausse des prix à la pompe, avec ses conséquences prévisibles sur l’inflation.

Enfin, les pétroliers ont-ils obtenu des lignes de crédit leur permettant de commander le prochain bateau ? Aucune assurance, ni de l’OMH, ni des ministres jusqu’ici. Donc, risque de pénurie de carburant d’ici un mois !

L’obligation pour l’Etat de publier les noms des vrais attributaires des marchés covid, ainsi que le rapport du cabinet indépendant, demandés par le FMI sont des pressions supplémentaires !

Avec tous ces ingrédients, la pression de la cocotte-minute ne cesse de monter, monter, monter…

Bref, il est permis de se demander si tout ceci n’est pas orchestré de manière à ce que la population finisse par se révolter contre les dirigeants!

Stratégie de dernier recours des PTF ?

A méditer !

La Gazette

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