La Gazette de la grande ile

Les bailleurs de fonds traditionnels répondent présents. Nouvelle gifle manara-penitra de la Banque Mondiale

Publié le 17 juin 2022

Bailleurs de fonds traditionnels

Qui avait affirmé publiquement que Madagascar demeurera tel quel, aussi pauvre dans 30 ans, 40 voire 50 ans, si on ne devait compter que sur les bailleurs de fonds traditionnels ? Qui avait déclaré que l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar (IEM) est ficelée et les financements en poche avec de nouveaux partenaires ?

A l’époque, tout portait à croire qu’aussitôt le candidat Rajoelina élu et installé, il n’y a plus qu’à appuyer sur le bouton. Et hop ! Plus rapide que le TGV, tu meurs.

Beaucoup d’électeurs gogos y ont cru, en ont rêvé, et ont voté pour Mamimbahoaka.

Trois ans et demi plus tard, aucun financement privé à l’horizon malgré le mince espoir, vite envolé,  suscité par l’annonce de la venue du cabinet Rothschild ! L’IEM au placard !

Les bailleurs de fonds traditionnels et rien qu’eux répondent toujours présents et n’ont pas lâché la population malagasy ! Oui, la population et non le gouvernement !

1ère leçon de la Banque Mondiale

Lors de la mise en place de la nouvelle structure de tarification Optima, les conseillers de Rajoelina ont trouvé leurs factures de la Jirama augmenter et ont immédiatement alerté Mamimbahoaka. Ni une, ni deux ! Rajoelina, sans aucune autre investigation supplémentaire,  avait enjoint publiquement à Toamasina l’ex-ministre DG de la Jirama Vonjy de revenir dans les 48 heures à l’ancien tarif.

C’est Idah Pswarayi-Riddihough directice de la Banque Mondiale qui a dû se fendre d’un blog qui commence par “Comme promis, je vais vous expliquer comment la nouvelle structure tarifaire, si appliquée, va contribuer à redresser l’équilibre financier et opérationnel de la Jirama, améliorer la qualité des services de fourniture de l’électricité, rétablir l’équité sociale et élargir l’accès d’un plus grand nombre de Malagasy à l’électricité”.

Si seulement, Mamimbahoaka avait pris le temps de se faire expliquer les tenants et aboutissants de ce nouveau tarif Optima, ainsi que les objectifs poursuivis par cette nouvelle structure de tarification ! Au lieu de foncer bille en tête, sans réfléchir.

Effectivement, ce nouveau tarif Optima de la Jirama prévoyait notamment la péréquation du tarif Jirama au niveau national. Avant, l’usager du petit bled de province dont l’énergie électrique provenait d’un groupe utilisant du gas-oil, payait beaucoup plus cher que celui d’Antananarivo, qui bénéficiait d’un moindre coût de l’énergie produite par Andekaleka. Ce n’est que justice !

Par ailleurs, le tarif Optima prévoyait une baisse tarifaire pour 77% des clients de la Jirama (les conseillers n’en faisaient pas partie), représentant plus de 455 000 foyers, dont 100% appartiennent à la classe moyenne et font partie des populations vulnérables.

Quel acteur politique, soucieux du bien-être du plus grand nombre, n’aurait pas souscrit aux objectifs de cette nouvelle tarification !

2ème leçon de la Banque mondiale

220 millions de dollars supplémentaires de la Banque Mondiale pour améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement de base , notamment pour 60 000 branchements sociaux. La signature de ce financement mercredi dernier a été le théâtre d’une autre leçon, cette fois-ci administrée par Mme Marie-Chantal Uwanyiligira, responsable locale de la Banque Mondiale lors de son allocution :

– Elle ne se contente pas de rester à son bureau et des rapports qu’on lui envoie. Elle descend sur terrain, jusque dans les bas quartiers de Tana où elle a rencontré une certaine Faniry dont le métier est le tissage de raphia.

– Elle a alors appris que cette dame, non seulement doit se lever tous les jours à 5h du matin, mais doit également parcourir 2 km à l’aller et au retour , pour faire la queue et chercher de l’eau. Elle paie 100 ariary le bidon jaune de 20 litres, soit 5 000 ariary le m³. Alors qu’elle-même est facturée par la Jirama 750 ariary/m³ sans avoir à faire la queue, ni parcourir des kilomètres.

Que fait Rajoelina en réponse ?

Lors de son allocution, Mamimbahoaka n’a pas eu l’humilité d’apprécier cette leçon. Il s’est plutôt plaint que tout le monde lui fait porter le chapeau, alors qu’il n’est ni ministre de l’énergie, ni de l’eau, ni DG de la Jirama ou d’Airmad.

Pourtant, dans le cas du tarif Optima, le DG de la Jirama avait pris ses responsabilités et c’était Rajoelina lui-même qui a obligé de DG de la Jirama à revenir à l’ancienne structure de tarification : Mamimbahoaka ne prend même pas la peine de bien s’informer avant de prendre une décision aussi capitale pour une société de service public ! Cela, c’est de la mauvaise gouvernance.

Le DG Vonjy en a payé le prix fort et a été remercié. Il n’a toujours pas été remplacé, alors qu’un DG p.i. n’a pas les pouvoirs d’un DG, donc pas tous les leviers en main. Une autre grosse erreur de gouvernance que Rajoelina n’a toujours pas corrigée.

Et les exemples de ce genre ne manquent pas, pour ne citer que le poste de DG de l’ACM toujours laissé vacant. Sans parler de l’ex-DG de la Cnaps qui reste dans la nature au lieu d’être en prison comme ses co-accusés.

Trop d’erreurs de gouvernance

Mamimbahoaka a dû pester comme tout le monde en apprenant cette information sur cet ex-DG (en supposant qu’il n’est pas à l’origine d’une telle décision) , mais il ne fait prendre aucune mesure corrective. Et ça, c’est encore une erreur de gouvernance.

Au contraire ! Comme cette décision du dernier conseil des ministres de constater la fin du mandat du coordonnateur national des pôles anti-corruption, qui avait déjà expiré le 23 mai 2022. Les mandats des magistrats et greffiers du PAC ont expiré également le 15 juin. Va-t-on également constater par un prochain conseil des ministres leur fin de mandat ?

Ou bien, est-ce seulement le coordinateur qui est concerné, car ses propos ont trop gêné le gouvernement ? Ou bien est-ce pour mettre des bâtons dans les roues du système anti-corruption, car cela n’a pas plu qu’il révèle des dysfonctionnements du système pénitentiaire avec de nombreux pensionnaires introuvables, qualifiés d’évadés par le coordonnateur ?

On aurait aimé que Mamimbahoaka dégaine aussi vite qu’il l’a fait pour le tarif Optima. Qu’il enjoigne immédiatement le DG pi de la Jirama de rectifier le tir et de facturer ceux qui ne sont pas raccordés au réseau eau de la Jirama à un tarif inférieur à 750 ariary/m³.  On ose l’espérer, car ce ne serait que justice comme l’a dit la directrice de la Banque Mondiale.

A la conférence nationale pour l’autosuffisance alimentaire, le petit timonier a encore montré ses talents de mauvais arithméticien (si cela s’écrit). La production d’une unité sucrière serait partagée à raison de 30% pour l’Etat, 50% pour le marché malgache et 50% pour l’exportation. Sans autre commentaire !

Lors du dernier conseil des ministres, aucune allusion à l’affaire Madagascar Airlines. Des employés nous ont appris que Madama Be, comme l’appelle respectueusement Ranjatoelina, va aller la semaine prochaine à la Réunion pour négocier des accords de coopération avec Air Austral. Encore une erreur de gouvernance supplémentaire. L’Etat devrait préciser très rapidement qui pilote maintenant l’affaire Air Madagascar, car le personnel est déboussolé et partagé en 2 camps.

Financement japonais

Comme à son habitude, le gouvernement japonais finance un projet important pour la population malagasy.

Pas comme le gouvernement français qui a financé le “cadeau empoisonné” téléphérique, qui ne fera que détériorer la structure de la dette publique d’une part, et creusera le déficit des budgets futurs grevés par les subventions inéluctables, d’autre part.

Le 1er projet concerne la gestion des déchets à Antananarivo, au moment où notre capitale est classée 3ème ville la plus sale au monde.

L’autre projet concerne des équipements pour l’eau dans le Sud.

Lors de cette signature (en salle et non en plein air), l’ambassadeur japonais portait évidemment un masque, contrairement à Rajoelina et Randriamandranto. Sans autre commentaire non plus !

La Gazette

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