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Pays dirigé par les PTF : Une multinationale peut-elle être un Président de la République ?

Publié le 25 juin 2022

Notre titre paraît un peu provocateur dans la mesure où une multinationale est une grande société qui dispose de filiales dans au moins deux pays distincts.

Quoique à la lumière de ce qui se passe ces dernières années, les PTF ne dirigent-ils pas effectivement le pays en finançant plus de 90% des investissements publics.

Ils vont même plus loin jusqu’à intervenir dans les fonctionnements des sociétés comme la Jirama, car ils sont plus inquiets que nos dirigeants en voyant le gouffre sans fin des subventions à la Jirama. De 255 milliards d’ariary en 2019, elles ont pratiquement doublé à 500 milliards en 2022. En passant par un pic de 866 milliards en 2020, alors que l’activité économique avait été réduite en 2020 du fait du confinement. L’Etat s’était servi allègrement sur les aides Covid, et on comprend maintenant pourquoi ces PTF insistent pour avoir le rapport d’audit du cabinet indépendant.

Pour le Malagasy moyen, il est incompréhensible que ces subventions ont servi à payer des primes de performance aux cadres supérieurs de la Jirama et du Ministère de l’énergie. Ou à entretenir des espaces verts. Sans aucune réaction du premier ministre ou du président.

La population est plutôt heureuse de voir que les PTF veillent quand même au grain et servent de balises, comme lorsqu’ils soulèvent que le petit peuple paye l’eau de la Jirama 7 fois moins que les nantis. Et cela continue !

Afin de cacher de telles subventions, l’Etat est obligé maintenant d’user de subterfuges. Ainsi le dernier conseil des ministres a décidé de détaxer les pièces de rechanges importées par Airmad. Cela équivaut à une subvention, mais présente l’avantage de ne pas apparaître dans les opérations du Trésor, et les PTF n’y verront que du feu. Et le tour est joué ! Il faudra sans doute, pour la transparence, que le FMI demande à l’avenir une ligne supplémentaire «montant des détaxations accordées » comme une sorte d’opération hors bilan.

Lorsque la Gazette parle de multinationale, il s’agit plutôt d’un ressortissant Malagasy qui détient une ou plusieurs autres nationalités.

Liberté d’expression et de la presse mise sous cloche

La dernière mission de suivi électoral de l’Union Européenne a déploré que ses recommandations antérieures en 2018 n’ont pas été observées. Comme “l’absence de mise à jour du cadre légal électoral notamment concernant l’autonomisation de la CENI, les garanties de la liberté d’expression et de la presse et le contrôle du financement de la vie politique”.

Un exemple parmi tant d’autres : le gouvernement avait profité de l’état d’urgence sanitaire, pour interdire, par une simple décision interministérielle, 9 émissions radiophoniques ou télévisuelles afin (semble-t-il) de “préserver l’unité nationale”. Une restriction de liberté fondamentale que sont la liberté d’expression et la liberté de presse, sous le faux prétexte de risques de troubles à l’ordre et la sécurité publics et de nuire à l’unité nationale, n’est-elle pas  un abus d’autorité et de droit.

Il est vrai que les questions posées en direct par le public, sans aucun filtre, gênaient énormément le gouvernement dont elles critiquaient souvent les mesures ou les actions.

Le gouvernement devrait plutôt se féliciter de la reprise de ces émissions, qui leur permettent de se faire une idée des préoccupations prioritaires du moment de la population. Par exemple, pour savoir ce que les auditeurs pensent du projet téléphérique, où il y a un conflit d’intérêt évident entre les entreprises françaises titulaires des marchés et Rajoelina d’un côté, et la population malagasy de l’autre.

Peut-on être multinationale et diriger un pays ?

A la suite des remarques de la mission de suivi de l’UE, le député TIM Maminiaina Rabenirina a saisi la balle au bond. Il a relancé l’idée d’une concertation nationale pré-électorale. La révision de la liste électorale semble être la préoccupation majeure de l’opposition.

Il y a cependant un aspect important qui semble ne pas avoir été abordé jusqu’ici et dont la classe politique devrait discuter.

L’article 46 de la Constitution précise que « Tout candidat aux fonctions de Président de la République doit être de nationalité malagasy, jouir de ses droits civils et politiques, avoir au moins trente-cinq ans à la date de clôture du dépôt des candidatures, résider sur le territoire de la République de Madagascar depuis au moins six mois avant le jour de la date limite fixée pour le dépôt des candidatures ». Telles sont les seules conditions à remplir par tout candidat à la présidence de la République.

Par ailleurs, selon l’article 45, «Il est le garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité territoriale. Il veille à la sauvegarde et au respect de la souveraineté nationale tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ».

A la lecture combinée de ces deux articles, n’est-il pas nécessaire de poser la question de savoir si un ressortissant malagasy possédant également une autre nationalité peut postuler comme candidat à la présidence de la République.

Compte tenu de possibles conflits d’intérêts, tout citoyen malagasy détenant d’autres nationalités ne devrait plus pouvoir se présenter aux Présidentielles, ni même peut-être postuler à certains postes de la fonction publique.

Ainsi par exemple, s’agissant des îles éparses dont on a annoncé la reprise prochaine des négociations,  les intérêts de Madagascar et de la France sont clairement opposés. Un président malagasy possédant la nationalité française sera tiraillé entre les deux intérêts ? Si les Malagasy tiennent à la réintégration des îles éparses , tout Malagasy possédant la nationalité française ne devrait donc plus pouvoir candidater.

Et comme on ne peut pas faire la liste de tous les conflits d’intérêt possibles, tous ceux qui possèdent une ou plusieurs autres nationalités devraient être exclus de la liste des candidats.

Révision de la Constitution ?

D’aucuns vont arguer que pour ce faire, il faudrait alors changer la Constitution et que cela va prendre du temps. Les Constitutionnalistes en discuteront et trouveront des solutions.

Il paraît clair que c’est une raison impérieuse justifiant une révision de la Constitution, en référence à l’article 161.

Si l’on ne veut pas toucher à la Constitution, ne pourrait-on pas seulement exiger une déclaration sur l’honneur par chaque des autres nationalités qu’il possède éventuellement.

Ensuite, les multinationaux devraient préalablement prendre l’engagement de renoncer définitivement et publiquement à leurs autres nationalités éventuelles, s’il est élu.

Enfin, entamer les démarches allant dans ce sens.

En ces temps de commémoration de jour de retour de notre Indépendance politique, il faut lever toute ambiguïté. Madagascar ne peut et ne doit pas être dirigé par une personnalité susceptible d’avoir des problèmes de conscience, en cas de conflits d’intérêts avec un autre pays dont elle possède également la nationalité.

La Gazette

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