La Gazette de la grande ile

Démocratie à Madagascar : Beaucoup reste à construire

Publié le 28 juin 2022

Le dimanche 26 juin 2022, Madagascar fêtait son indépendance dans le calme. Mais 26 juin est aussi une date d’anniversaire de la création des forces armées malagasy. Elles ont été à l’honneur à Mahamasina  le 26 juin 2022, lors d’une parade militaire particulièrement réussie. Après cette journée de réjouissances et patriotique pour tous, après deux années de restriction due à la crise sanitaire, ne serait-il pas temps de faire le point du parcours politique récent de notre indépendance ? Ne serait-il pas temps de faire le point sur la situation géopolitique internationale à mi-parcours d’une des années les plus tumultueuses de mémoire récente ? La stabilité sociopolitique future de Madagascar et notre réel développement pour sortir la majorité de la pauvreté dépendraient de la considération de ces réalités. Nos politiciens sauront-ils apprendre la leçon ? Tiendraient-ils compte de ces réalités pour leurs actions de développement ?

Les crises de 2009-2013, 2016, 2018 n’apparaissaient pas comme des épisodes isolés. Elles s’inscrivent « TOUTES » dans une tendance lourde de l’exercice du pouvoir à Madagascar. Depuis notre choix de la démocratie en 1990 comme mode de gouvernance politique après les années socialistes, les changements de régime et de constitution sont caractérisés par une mobilisation de la rue initiée dans la capitale et diversement relayée dans les villes de province. Ces changements ont également provoqué de graves crises politiques et économiques. La dernière en date était celle de 2018. La tension politique avait commencé en mai 2015. Les députés de Madagascar avaient voté la destitution du Président en exercice à cause d’une violation manifeste de la Constitution, mais la Haute Cour Constitutionnelle avait préféré l’ORDRE à la justice.

Le Président qui était en exercice a été maintenu à sa place, mais la tension entre le régime en place et les soi-disant de l’opposition s’était accentuée, conduisant à une autre décision de la Haute Cour Constitutionnelle. Elle a demandé au Président de « mettre fin aux fonctions du gouvernement, de procéder à la nomination d’un Premier ministre de consensus et d’organiser la tenue d’une élection présidentielle anticipée ».  2022, le début d’une dislocation de la coalition politique au pouvoir depuis 2019 menacerait le semblant de stabilité actuel. Certains articles de la Constitution ne sont pas respectés. Notre démocratie reste encore à construire. Pour le moment, elle ne provient pas des Malagasy, mais de notre Etat très fragile et de nos élites politiques rentiers. La démocratie ne peut être réduite à une simple technologie organisant la désignation des dirigeants politiques. Elle doit aussi reposer sur un ensemble de valeurs partagées, au premier rang desquelles la tolérance à l’égard de la diversité des points de vue, l’acceptation du débat d’idées et la valorisation de la liberté d’expression. Elle ne peut être réellement porteuse de développement et protectrice de la majorité des Malagasy, que si elle repose sur l’adhésion de la majorité des citoyens malagasy aux principes démocratiques et leur réelle participation au débat public. Où sont les actions dans ce sens ? L’avenir nous le dira.

Depuis 1990, Madagascar vit dans une ère d’urgence sans fin s’inscrivant dans une tendance lourde de l’exercice du pouvoir à Madagascar, une tendance marquée par la corruption généralisée, la mauvaise gouvernance économique, l’injustice et l’impunité, une tendance confrontée en plus à des mutations dictées par l’intrusion de la modernité du monde développé et de la globalisation des échanges.  En plus des chocs politiques internes résultant de la pratique du pouvoir, Madagascar vit aussi continuellement sous des chocs planétaires, « SANS AMORTISSEURS ADEQUATS ». Depuis 2008 par exemple, le monde fait face à différents chocs financiers sociaux, et politiques. Les impacts ont été ressentis durement par la majorité des Malagasy. Nous avons assisté à une crise financière mondiale, une crise de la dette souveraine en Europe et une vague de troubles qui a déclenché des troubles politiques en Afrique  et au Moyen-Orient. Les guerres civiles en Syrie et en Libye ont contribué à déclencher une crise migratoire qui a bouleversé la politique en Europe, notre principal partenaire commercial et financier. Puis vint la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, l’élection surprise de Monsieur Donald Trump aux Etats-Unis, qui a bouleversé les hypothèses les plus élémentaires sur le rôle de l’Amérique dans le monde d’après la deuxième guerre mondiale. Vient ensuite une pandémie mondiale qui a tué des millions de personnes et continue d’infliger des dommages humains, économiques et politiques dans toutes les régions du monde. Nous avons maintenant la guerre de la Russie contre l’Ukraine, des millions de réfugiés supplémentaires et une urgence alimentaire mondiale qui ne fait que commencer. Tout cela s’est produit au cours des quatorze dernières années.

Ainsi, il existe toujours des problèmes politiques et géopolitiques ainsi que des intérêts différents dans le monde. Et pour aborder ces différences, la meilleure approche serait un dialogue ouvert pour asseoir une paix durable.  Dans un monde caractérisé par des chocs, ne devrions-nous pas avoir besoin de très bons amortisseurs ? Compte tenu de tout cela, n’est-il pas évident qu’on devrait entreprendre un vrai changement de notre système de gouvernance pour la protection efficace du bien de la majorité des Malagasy contre ces chocs ? N’est-il pas évident qu’un investissement est nécessaire pour la résilience à tous les niveaux de notre système de gouvernance et pour la résilience à tous les niveaux de notre société contre tous ces chocs ? Dans un monde de chocs que nous constatons tous, nous avons besoin de « TRES BONS AMORTISSEURS ». Nos dirigeants politiques et les politiciens malagasy sont désormais confrontés à un choix fondamental : AGIR pour le bien de tous ou faire SUBIR la majorité des voyageurs pauvres Malagasy avec des amortisseurs « LANY DATY » et « TSY MANARA-PENITRA ».

Zaza R.

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