La Gazette de la grande ile

SMA – SAMVA : du pareil au même. Les ordures s’entassent

Publié le 29 juin 2022

Contexte mondial

Depuis la conférence de Rio de Janeiro en 1992 qui stipulait la nécessité d’une modification des modes de consommation par une meilleure utilisation des ressources, parler des déchets est devenue un défi grandissant. En effet, si les déchets sont générés de façon continue, en quantité croissante parallèlement au développement du mode de vie des sociétés, on remarque une production significative en milieu urbain. Ainsi, en raison de leur augmentation considérable et du changement de leur composition, l’évacuation – traitement des ordures est devenue une problématique à l’échelle mondiale.

Dans son essai « Ni vu ni connus : la contribution des récupérateurs informelles dans les pays en développement », Nayheli Tejumula Alliu Rojas a dit : « Actuellement, les décharges, le mode de traitement le plus courant tend à disparaître au profit du terme centre d’enfouissement technique dans les pays développés. Elles restent sauvages et informelles dans les pays en développement. En Afrique en particulier, la pratique se résume à 2% d’incinération, 4% de recyclage, 9% pour « autres » et le brûlage à ciel ouvert, 29% d’enfouissement sanitaire et 47% de décharge à ciel ouvert. » (https://bit.ly/3HWFriu)

Situation à Antananarivo

Capitale de Madagascar avec 3 984 231 habitants en 2021 (Projection démographique des résultats du  RGPH-3 / https://bit.ly/3u57jvm ), Antananarivo est la ville la plus peuplée du pays où 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec un revenu moyen mensuel de 20 euros par habitant (CUA, « Population par arrondissement », 2005).

Nous n’allons pas nous mentir, ni nous voiler la face, car les faits sont là. Dans la capitale, la « gestion » des déchets n’est pas performante. On ne peut même pas qualifier les actions actuelles de la SMA (Société Municipale d’Assainissement) de « gestion », car il s’agit uniquement de la vidange des bacs et du transport des ordures d’un point A (les bacs) vers un point B (la décharge). Le terme de «gestion des déchets » englobe, de manière générale, toute activité participant à l’organisation de la prise en charge des déchets depuis leur production jusqu’à leur traitement final. Elle inclut notamment les activités de collecte, transport, négoce, courtage, et traitement – valorisation ou élimination – des déchets. Chacune de ces activités est encadrée par des règles décrites dans le code de l’environnement, et chaque acteur est soumis à plusieurs obligations. (https://bit.ly/3AaLDBy)

Petite note de rappel :

  • 1966 : Mis en service à cette époque, Andralanitra dans la Commune rurale d’Ambohimangakely était l’unique site d’entreposage à ciel ouvert des détritus pour la ville d’Antananarivo avec une superficie initiale de 13ha.
  • 1995 : la Banque Mondiale a exigé un transfert de gestion des ordures entre la municipalité et le Service Autonome de Maintenance de la Ville d’Antananarivo (SAMVA) sous tutelle du Ministère de l’Eau de l’Assainissement et de l’Hygiène (MEAH), d’après la loi 95-035 du 03 octobre 1995.

Ainsi, la SAMVA, un Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC), est en charge de : l’exploitation et de la maintenance des ouvrages et équipements d’assainissements urbains, mais aussi de la décharge, du transport et de la collecte des rebuts vers la décharge municipale.

  • 2002 : déclaration de la SAMVA de la saturation de la décharge d’Andralanitra et du besoin urgent de trouver des sites de substitution. Bien sûr, ce fut un échec, car jusqu’à maintenant, Andralanitra continue d’accueillir les déchets produits dans la capitale et dépasse largement les 18 ha.
  • 2009 : Partenariat entre la France et l’État Malgache, pour le projet de « sécurisation de la décharge d’Andralanitra » qui devait contribuer à la préservation de l’environnement et de la santé publique dans la ville d’Antananarivo. Une subvention s’élevant à 2 000 000€ dont la maîtrise d’ouvrage a été attribuée à la CUA et le SAMVA, pour une durée de 5 ans. Les détails du projet ici :https://bit.ly/3u8LiLT
  • Février 2021 :   pour faire suite à la décision adoptée lors du conseil du gouvernement du 17 février 2021 au palais de Mahazoarivo, le SAMVA se dissout et laisse place à la SMA (Société Municipale d’Assainissement). Lalatiana Andriantongarivo, porte-parole du gouvernement à l’époque, a fait l’annonce : « Comme l’État l’a promis, la gestion des déchets ménagers   et l’assainissement de la ville d’Antananarivo seront réaffectés, totalement à la CUA ». Ainsi, depuis 2021 la SMA- CUA repris le flambeau.

Kotozafy ihany no Leksisy (du pareil au même)

Hélas essuie-glace, la saleté dans la ville est dégueulasse. C’est juste le nom qui a changé, mais les déchets pullulent partout.

Actuellement, le Colonel Jaona Ravoavy ANDRIANAIVO est à la tête de la SMA et dans une interview sur les réseaux sociaux, il a dit : « Nous jetons nos ordures comme au temps du Moyen-Age ». Ok, d’accord mais si c’est le cas, quelles sont alors les solutions pour y remédier, que vous proposez sur le long terme ? Est-ce que la sécurité des employés est respectée (pas ceux au bureau, mais ceux qui ramassent et vident les bacs) ?

On en parlait dans notre article paru le 28 juin 2022(https://bit.ly/3bC6J1q). Arrêter de juste transporter les déchets, il faut une vraie gestion des déchets.  Vous encouragez le tri des déchets depuis les ménages pour qu’au final, tout soit déversé et mélangé à Andralanitra ou à Anosipatrana ?  Quelle est la logique ?

Pour que Madagascar redevienne à nouveau une destination touristique de choix grâce à son environnement  paradisiaque (https://bit.ly/3yqfQv8), il faudrait déjà que le pays soit propre. Nous avons besoin :

– d’incinérateurs, pour les déchets toxiques, médicaux et non recyclables,

– d’un mode de traitement et de valorisation pour les déchets ménagers. Au cas où vous l’aurez oublié, nous avons beaucoup d’agriculteurs et ils ont besoin d’engrais.

– d’une logistique adéquate et performante [bacs à ordures, camions de transport, protections individuelles (gants, masques, bottes)]

– et surtout d’un nouveau site de traitement et de valorisation des ordures, mais pas de dépôt à ciel ouvert toxique.

Assainissement : c’est votre raison d’être, alors faites-le !

F. Ntsoa

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