La Gazette de la grande ile

Présidentielle 2023 : Le grand tournant de la meilleure voie

Publié le 07 juillet 2022

Des personnalités « politiques » ambitionnent de devenir  Président de la République à partir de 2024, de reconquérir ou de garder le titre  de Président de la République. Personne n’a partagé une vision claire de ce qu’il projette pour l’avenir des Malagasy. Leur communication se résume simplement ainsi : soit « il est la solution » pour le pays, soit « il a la solution » pour le pays, soit « il a des idées » pour le développement du pays, soit « il est la troisième voie »  pour le pays etc.? Les mêmes sons de cloches pratiqués depuis des décennies ! 2023 sera un grand rendez-vous politique à Madagascar où  on aura une fois de plus avec les mêmes pratiques politiques politiciennes, une perspective de déploiement de gros moyens financiers pour obtenir le titre, généralement mal acquis par des politiciens de fortune, ou bien on sera sur le chemin  du réel changement pour le progrès avec une personnalité malagasy visionnaire, convaincue de la chose publique, et inspirant la confiance.

La démocratie a-t-elle garanti notre développement ? Si les Malagasy choisissent toujours des  opportunistes politiciens, alors Madagascar risque encore une mauvaise voie. Tant que nous ne sommes pas déterminés à renforcer le processus démocratique et veiller, et d’un, à l’existence de gouvernement central et régionaux justes, représentatifs de la population et irréprochables, et d’institutions indépendantes, fortes et efficaces et veiller, et de deux, au respect des libertés individuelles et politiques, à la liberté d’information et d’opinion et  à ce que chaque citoyen malagasy prenne part aux décisions prises par notre pays, et veiller ,et de trois, à l’établissement d’un système électoral fiable, équitable, opérationnel et immuable,  alors, le développement sera remis aux calendes grecques. Est-ce que toutes personnalités  qui ont manifesté directement ou indirectement récemment à la course à la magistrature suprême du pays ont-elles donné leur opinion sur ces sujets ? Non, Non et non. Leur communication se résume simplement à, soit “il est la  solution » pour le pays, soit “il a la solution » pour le pays, soit “ il a «des idées » pour le développement du pays, soit “il est la troisième voie » pour le pays etc.

Echaudés par l’expérience de la pratique politique à Madagascar,  les partenaires techniques veulent construire sur les leçons tirées des crises post-électorales du passé en renforçant les acquis de la démocratie et particulièrement en soutenant le processus  de préparation de l’élection de 2023. Le PNUD, l’Union Européenne, les Etats-Unis et la France ont apporté encore une fois récemment leur soutien. Par ailleurs, avec la dynamique géopolitique actuelle induite par la guerre en Ukraine, ils redoutent un risque de rapprochement de Madagascar avec la Russie. Madagascar, pays très fragile à cause d’une mauvaise gouvernance marquée par une corruption généralisée, ne pourrait pas se permettre d’un régime despotique, arbitraire et sans foi ni loi, qui détruirait  son avenir et son développement.

Toutefois, la démocratie demeure un aspect crucial  et elle est une condition préalable au développement économique. L’expérience mondiale nous l’a montré. Mais dans notre contexte malagasy, nos expériences démocratiques ont montré un énorme fossé entre les gains attendus de la démocratie, résultant d’une soi-disant « élection transparente et juste » et la réalité sur le terrain. Nos élites politiques ont bloqué de temps en temps  le processus d’une véritable démocratisation. Ainsi, des élections défectueuses, des partis politiques faibles, des organes judiciaires et législatifs au rang de figurants et  une commission électorale  partiale  n’ont pas œuvré vers un vrai changement perceptible malgré la présence d’organisations de la société civile et les actions de sensibilisation soutenues par nos partenaires pour la démocratie. Les élites politiques ont toujours infantilisé les Malagasy si bien qu’ils ont bloqué les initiatives pour  que les Malagasy prennent  en charge les questions qui déterminent leur destin.

Si on veut que  la démocratie garantit  notre développement, premièrement,  il faut que les citoyens malagasy  aient le dernier mot quant à la conception et la mise en œuvre des politiques affectant leur vie par le biais de leurs représentants qui doivent impérativement les écouter tout au long de leur mandat. La dépendance très élevée des communautés locales vis-à-vis des fonds alloués centralement ne garantit ni la démocratie ni le développement. L’application de la démocratie ne peut se concrétiser sans  la libre administration des collectivités locales. Chaque Malagasy appréciera l’évolution de son bien-être lorsque le développement se démocratise de sorte que chaque citoyen Malagasy devienne en même temps son agent, son moyen et sa fin .

Deuxièmement, la bonne gouvernance doit accompagner la démocratie. Cela permettra d’assurer l’existence de normes démocratiques reconnues et entretenues par tous les citoyens Malagasy et toutes les autorités politiques et publiques. Ces autorités doivent être proches des gens en impliquant chaque citoyen Malagasy dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et des programmes qui les concernent. Par conséquent, l’Etat de droit, l’inclusion, la responsabilisation, la transparence, la méritocratie, la protection des droits de l’homme et des libertés, et la fin de la corruption doivent être les normes. Troisièmement, la séparation claire des pouvoirs entre les organes gouvernementaux. La concentration du pouvoir et la centralisation sont la marque déposée de notre démocratie. Ainsi, il est très difficile d’affirmer catégoriquement maintenant la différence entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Les bénéfices du développement ne seront jamais assurés tant que les contrôles et les contre-pouvoirs ne sont pas institutionnalisés réellement au sein de la classe politique dirigeante et opposante actuelle et quatrièmement, la démocratie doit être accompagnée de tous ses ingrédients essentiels, entre autres : pluralité, des élections régulières libres et équitables, des contrôles et des contrepoids, indépendance judiciaire, état de droit, reddition des comptes, transparence, pour garantir le développement.

Toutes les personnalités  qui ont manifesté directement ou indirectement à la course à la magistrature suprême du pays sont-elles convaincues sur ces sujets ? Ont-elles au moins lancé le débat ou ont-elles donné leur opinion sur ces sujets ? Pour le moment, leur argent acquis d’origine questionnable servirait à une communication politique se résumant simplement comme suit: soit “il est la solution » pour le pays,  soit “il a la solution » pour le pays, soit “il a des idées » pour le développement du pays, soit “il est la troisième voie » pour le pays etc. Puisse 2023 être un grand rendez-vous politique à Madagascar pour prendre le grand tournant de la meilleure voie. Puisse chaque Malagasy obtenir son « Anjara masoandrony » à partir de 2024.

Zaza R.

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