La Gazette de la grande ile

Rajoelina, expert émérite en farces et attrapes.  N’est pas politicien qui veut

Publié le 25 juillet 2022

Lorsqu’il officiait en tant que DJ, Rajoelina utilisait toutes les ficelles du métier pour subjuguer tout le temps ses spectateurs qui en redemandaient.

On ne se refait pas et comme il n’a pas voulu quitter sa zone de confort, il a reproduit le même schéma lorsqu’il est tombé accidentellement dans la marmite de la politique malgache. Malheureusement pour lui, ce n’était pas la marmite de potion magique d’Obélix. Et en plus, il a voulu se défaire de l’ombre de celui que les Malgaches surnomment Astérix.

Son répertoire de politicien? Politique spectacle ! Spectacle permanent et rien que du spectacle !

Utiliser la fibre chrétienne des Malagasy, en se faisant adouber Élu de Dieu pour sauver Madagascar. Y sont passés Johanna la fausse prophétesse brésilienne et le charlatan Rija Rasolondraibe.

Et quand cela ne suffit pas, se servir de versets de la Bible que Dieu aurait choisis pour lui indiquer la voie lorsqu’après avoir prié à genoux, il ouvrait la Bible au hasard et laissait traîner ses doigts.

Lancer des défis qui flattent les égos de la population « Madagascar tentera de battre le record du monde le 19 janvier 2020 (date anniversaire de son accession à la présidence), par la plantation de 60 millions de jeunes plants en une journée ». Rajoelina a dû échouer, car Madagascar ne semble pas encore figurer jusqu’ici dans le livre des records Guinness. Mais cela ne saurait tarder, plus sûrement dans un autre domaine.

Utiliser, répéter et répéter les mêmes vocables comme « manara-penitra », « émergence », « projets présidentiels ».  Manara-penitra par-ci, manara-penitra par-là ! Cette expression magique !

Et cela semblait lui avoir réussi jusqu’ici. Seulement, la politique n’est pas un spectacle permanent et « s’il a pu tromper tout le monde un certain temps, il ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ».

Lany lainga i Rajoelina, (la magie n’opère plus) comme écrivait la Gazette.

Les normes selon Mamimbahoaka

La 1ère EPP malagasy manara-penitra TSIRY à Toamasina, érigée avec fierté en 40 jours en début de mandat, devait donner le ton. Selon les investigations du réseau Malina et Transparency International, un tel délai est tout simplement impossible à respecter si l’on devait suivre les procédures des marchés publics. 1er accroc aux normes et non des moindres !

Pas de respect des règles de l’art non plus, puisqu’en moins d’un an, des fissures et des fuites apparaissaient partout.  Ou des WC inadaptés pour les moins de 5 ans et nécessité d’utiliser des pots de chambres pour ces élèves.

La directrice de cette EPP manara-penitra Tsiry résumait la situation « C’est devenu une moquerie, ce sont des manara-penitra mais on n’est pas du tout dans les normes ».

En réalité, la population n’avait pas saisi la nuance. Il fallait comprendre que ces projets manara-penitra suivaient bien les normes, celles propres à Rajoelina.

A l’instar de l’EPP manara-penitra d’Ampatsipotsy Fenoarivo Atsinanana également déjà truffée de fissures moins d’un an après sa réception, comme l’édition en malagasy de samedi dernier de la Gazette l’écrivait.

Andry Rajoelina, le maître des désillusions

Tel est le titre d’un long article du Monde du 22 juillet 2022, consacré à Rajoelina, qu’on peut lire sur le site : https://p1.storage.canalblog.com/10/03/448497/131580859.pdf . Ce confrère qualifie Mamimbahoaka d’autocrate mégalomane. Et ça dit bien ce que ça veut dire !

Les Malagasy habitant en France rasent les murs depuis quelque temps, à force d’être interpellés par leurs amis étrangers sur notre président DJ et de voir les médias ne plus parler que de la situation socioéconomique alarmante de Madagascar la comparant à celle de l’Éthiopie en 1984.

Ressources internes faméliques et corruption généralisée

Les ressources propres ne représentent qu’à peine 10% du PIB, l’un des plus faibles niveaux de prélèvement d’Afrique. On comprend qu’elles ne suffisent même plus à payer les frais de fonctionnement de l’État, d’où les manifestations et grèves par-ci et par là pour réclamer le paiement d’arriérés de salaires.

À tel point que l’État est même allé jusqu’à confisquer depuis 2020 les parts de redevances et de ristournes dues aux collectivités décentralisées, perçues du projet Ambatovy.

Interpellé à ce sujet par l’Organisation de la Société Civile sur les Industries Extractives (OSCIE), la ministre des Finances s’est défaussée et a indiqué avoir transmis pour décision le dossier à la Présidence. Toujours cette gouvernance basée sur une centralisation excessive du pouvoir !

Ajoutée à cela, une corruption généralisée touchant jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Afin d’essayer de limiter leur médiatisation, les lanceurs d’alerte sont harcelés et poursuivis en justice. Une justice aux ordres qui a condamné en 1ère instance à deux ans de prison (pour l’exemple ?) l’enseignant Jeannot Randriamanana. Son seul tort avait été de dénoncer sur les réseaux sociaux le détournement des aides destinées aux sinistrés de Batsirai.

Et les PTF ne prennent même plus de gants et osent maintenant critiquer ouvertement le régime. Rajoelina n’a pas le choix et doit le supporter stoïquement, car ce sont les seules sources de financement de Madagascar.

Bye bye Rothschild & Co, la notation inaugurale Standard & Poor’s et le fonds souverain ! Ce n’était que de la poudre aux yeux et pour amuser une fois de plus la galerie.

Le FFKM, pour des concertations nationales élargies

Dans une déclaration datée du 15 juillet 2022, le FFKM a dressé un tableau sombre de la situation sociopolitique du pays et déclaré que l’heure est grave. Il estime que le gouvernement n’arrivera pas à faire face seul aux problèmes à cause de leur ampleur et demande des concertations élargies.

L’archevêque Odon Razanakolona est même sorti de sa réserve et a déclaré que « Nos réserves devraient être exploitées d’une manière rationnelle », sous entendant par là qu’elles ne le sont pas actuellement (l’or évidemment). Parlant également de « la mauvaise gouvernance, la corruption et la faiblesse des institutions judiciaires. Le secteur de l’agriculture menacé par l’insécurité juridique du foncier ».

Mais c’est très mal parti au vu du sort réservé à la manifestation des pro-Ra8 et du RMDM de samedi dernier.

Plutôt continuation du bras de fer et des intimidations que concertations. Wait and see !

La Gazette

Lire aussi