La Gazette de la grande ile

Gouvernance, transparence et redevabilité : Publication des résultats de l’audit des fonds Covid

Publié le 01 août 2022

Mamimbahoaka respire ! Madagascar va pouvoir encaisser en septembre/octobre la 3ème tranche d’environ 32 millions de dollars de la FEC. L’annonce de la présentation en septembre au Conseil d’Administration du FMI de ce dossier par la délégation conjointe Banque Mondiale/FMI, reçue la semaine dernière par Rajoelina, en est une confirmation.

Est-ce à dire que Madagascar a respecté tous les critères prévus dans l’accord ? Selon l’administrateur du FMI représentant de Madagascar, Madagascar a rempli la majorité des conditions (pas toutes), dont certainement la décision d’augmenter les prix à la pompe. La publication des résultats de l’audit de la gestion des fonds Covid par un cabinet indépendant figurait également parmi les conditions importantes nécessaires. Ce rapport aurait déjà dû être présenté lors de la 1 ère revue dernier trimestre 2021.

En mai dernier, le FMI a exigé et obtenu du gouvernement gabonais la publication du rapport d’audit par un cabinet indépendant sur la gestion des fonds Covid, ainsi que la liste des noms et nationalités des bénéficiaires effectifs des marchés publics.https://directinfosgabon.com/gabon-le-fmi-suspend-son-appui-budgetaire/.

Le gouvernement malagasy a très probablement satisfait les mêmes exigences de transparence. Le FMI qui donne souvent des leçons de transparence et de redevabilité, devrait exiger de Rajoelina la publication de ce rapport d’audit.

L’Afrique devenue un enjeu géostratégique

Lors du vote de la résolution de l’ONU sur la guerre en Ukraine, 35 pays se sont abstenus dont 16 pays d’Afrique comme Madagascar. Le gaz est devenu une préoccupation majeure de l’Europe. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la dernière visite en Afrique de Macron. Au même moment, le ministre des affaires étrangères russes, Lavrov était également en Afrique. Le ministre des affaires étrangères américain Blinken, a annoncé sa prochaine visite en août. Et la Chine ne sera certainement pas en reste.

Lors de son discours au Cameroun, ce n’est pas un hasard si Macron a prononcé 14 fois le mot « Russie », alors que le mot « Cameroun » ne l’a été que 6 fois (sorte de lapsus révélateur !).

Le gaz camerounais de Kribi, commercialisé exclusivement par Gazprom, intéresse énormément la France qui se mord maintenant les doigts pour son manque de vision. En 2008, Gaz de France devenue Engie par la suite, avait abandonné ce projet gazier en le décrétant non rentable.

Le président camerounais, non convaincu, s’était alors tourné vers Poutine qui a envoyé des experts russes. Ceux-ci ont trouvé rentable l’exploitation de ce gisement gazier. C’est pour cela que ce gaz est maintenant exploité exclusivement par Gazprom.

Il faudrait peut-être prendre exemple sur le Cameroun et se tourner vers la Russie pour l’exploitation du gisement gazier situé du côté de Tuléar, ne serait-ce que pour alimenter une centrale électrique pour la région de Tuléar afin de contribuer à résoudre le problème de la Jirama.

Pour en revenir au FMI devenu beaucoup moins intransigeant quant aux conditionnalités, c’est grâce à  la pression des gouvernements occidentaux. L’Afrique est devenue un enjeu géopolitique et il ne faudrait surtout pas l’envoyer dans les bras de la Russie ni de la Chine ! Et il ne faudrait pas sanctionner la population pour les manquements de ses dirigeants.

Telle est la vraie diplomatie, dont malheureusement le régime Rajoelina ne maîtrise pas les arcanes, notamment l’actuel MAE qui n’arrive même pas à gérer son personnel. Sa seule solution, c’est d’espérer que ces fonctionnaires finissent par abandonner avant lui. Comme ces enseignants chercheurs de l’université d’Antananarivo qui ont fini par reprendre le travail, sans qu’aucune de leurs revendications n’ait été prise en compte par Mamimbahoaka.

Tuer les petits entrepreneurs malagasy, pour engraisser les grosses sociétés comme Colas

Le Fonds d’Entretien Routier (FER) a été transformé en Fonds Routier (FR) par une ordonnance datée du 10 mai 2019, sous prétexte d’améliorer son fonctionnement. Déjà, le changement de dénomination sociale prête à penser que ce fonds ne sera plus réservé uniquement à l’entretien. Les fonds qui étaient logés chez les banques primaires ont été rapatriés au Trésor. Ils servent à diminuer le déficit des opérations globales du Trésor. Comme les ristournes dues par Ambatovy aux collectivités décentralisées, et confisquées par le Trésor sur simple note de la présidence, note qui prévaut donc sur les lois et règlements !

Selon le DG du Trésor, les 546,7 milliards ariary sont disponibles (sur papier) mais tout paiement est maintenant soumis à une autorisation écrite du premier ministre  et du président ! Ces derniers avaient dénoncé des travaux fictifs ou non réalisés selon les règles de l’art et avaient dit que des audits allaient être lancés.

Par la suite, début 2022, seules 74 factures représentant 8 milliards ariary sur des arriérés de 33 milliards ariary (soit moins du quart) ont été régularisées, sur la base d’on ne sait quels critères. Les 230 entrepreneurs concernés réclament, à juste titre, la publication des résultats de ces audits et la liste de ceux qui ont été payés.

7 entrepreneurs sont décédés depuis sans avoir été payés, et beaucoup d’entre eux ont fait faillite ou l’objet de saisies bancaires. Si ces audits ont révélé des travaux fictifs, qu’on sanctionne les fonctionnaires responsables des contrôles et les entreprises concernées. Mais pas toutes les autres qui ne le méritent pas et qui « niasa jambarafozana » (ont travaillé à l’œil pour la belle famille).

L’objectif inavoué de Mamimbahoaka et de Ntsay serait-il de tuer ces petites entreprises de travaux publics, afin de réserver les travaux aux grandes sociétés comme Colas, connues pour leur largesse particulière ! Car Madagascar, contrairement à la Banque Mondiale qui a sanctionné Colas pour des collusions lors du projet Ravinala Airports, continue à lui donner la part du lion pour les travaux publics !

Tuerie insoutenable

A une centaine de kilomètres de la capitale, des dahalos ont rassemblé 32 habitants dans 3 maisons et les ont brûlés vifs. Mamimbahoaka a adressé ses condoléances aux familles, contrairement à celles de la centaine de victimes du cyclone Batsirai à Ikongo. Un seul membre du gouvernement est descendu sur place ! Ne mérite pas de deuil national ! Simple formalité comme un fait divers qu’on oubliera demain.

Mater les manifestations dans la capitale des opposants semble être la priorité de ce régime, plutôt que résoudre les problèmes d’insécurité alarmante dans le pays profond.

Importer ! Importer du riz !

Pendant ce temps, Rajoelina continue de concurrencer les paysans malagasy avec l’importation de riz indien. Le navire Core Imperial va bientôt arriver avec 10 000 tonnes de vary tsinjo à bord.

Même le PAM s’y met. La semaine dernière, le bateau Glorious Sea a amené à Tuléar 9 000 tonnes de riz. Ces 2 importations pendant cette période de récolte du « vaky ambiaty ». Actuellement, le makalioka trouve difficilement preneur à 1 000 ariary le kilo !

Telle est la politique actuelle censée lutter pour l’autosuffisance alimentaire. Le PAM aurait pu donner le bon exemple et s’approvisionner localement !

Mais peut-on être plus royaliste que le roi ?

La Gazette

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