La Gazette de la grande ile

Pratique de la médecine à Madagascar : Le serment d’Hippocrate oublié

Publié le 10 août 2022

Si vous pensez économiser de l’argent en vous rendant auprès d’un établissement hospitalier public dans la capitale plutôt qu’un centre privé, vous vous mettez les doigts dans l’œil. Les médicaments gratuits y sont vendus, les soins gratuits échangés en pots-de-vin et vous ne franchirez jamais le bloc opératoire, sauf paiement d’un dessous-de-table. La corruption dans le domaine de la santé est généralisée à Madagascar, même dans les prisons. Le serment d’Hippocrate est oublié, même par le ministre de la Santé publique, le Pr Zely Randriamanantany. Le serment d’Hippocrate est l’affirmation solennelle que jurent les médecins occidentaux au moment de recevoir leur diplôme et visant à suivre un code strict de déontologie de la médecine dans l’exercice de leur profession. On peut y lire : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me les demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire ».
Outre les droits de visite réclamés aux visiteurs sous forme de pot-de-vin, les détenus (et prévenus) de la maison centrale d’Antanimora doivent aussi payer pour bénéficier de soins et de consultations. Cela va plus loin. Cette pratique serait à l’origine d’une centaine de décès évitables ces derniers mois. D’après des sources concordantes, le Dr Olosoa Hasina Razafimahefa, médecin en chef de la maison centrale d’Antanimora refuse toute intervention, s’il n’y a pas de paiement en argent. Cela peut atteindre le million d’ariary pour une autorisation d’évacuation sanitaire.
Hier, deux détenus ont perdu la vie parce que le Dr Olosoa Hasina Razafimahefa aurait refusé d’intervenir, indique Lova (nom d’emprunt), membre du personnel de la prison d’Antanimora. Les soins et prises en charge médicaux sont devenus un vrai business pour le docteur. D’après notre source, le Dr Olosoa Hasina Razafimahefa refuserait toute consultation gratuite au sein de son service. « Le certificat médical est soldé entre 100 000 ariary et 1 000 000 d’ariary. La consultation s’élève à 100 000 ariary », illustre Lova. « En plus de cela, le médecin-chef n’est présent à son poste que trente minutes par jour », poursuit-il.
Nivo (nom d’emprunt) témoigne aussi de l’abus dont elle a été victime récemment. « Le médecin-chef m’a soutiré 300 000 ariary pour mon certificat médical. Entre temps, elle m’a gardée au centre de traitement contre la Covid-19 (CTC). Trois jours plus tard, elle m’a renvoyée en cellule parce que je ne lui ai pas payé le million d’ariary qu’elle m’a réclamé », raconte-t-elle. Le CTC est aussi devenu un refuge pour les riches détenus qui payent une certaine somme pour pouvoir y rester quelques jours, voire des mois en contrepartie de paiement au bénéfice du docteur Olosoa Hasina Razafimahefa.


Aina P.

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