La Gazette de la grande ile

Besoin de vacances. Mamimbahoaka a la tête dans le guidon

Publié le 10 août 2022

La politique de centralisation excessive du pouvoir fait remonter tous les problèmes à Rajoelina, si bien qu’il a maintenant la tête dans le guidon. D’autant plus que Ntsay ne lui est d’aucun secours ni d’aucune utilité, et il se contente du minimum. A bien regarder le fonctionnement des deux têtes de l’Exécutif, les rôles semblent inversés. Tout retombe sur le président et Ntsay ne sert même pas de fusible !
L’Exécutif semble bien noyé dans de nombreuses difficultés qu’il ne sait plus où donner la tête, car tout semble maintenant prioritaire. Il en est réduit à faire le pompier.
La Gazette aurait bien suggéré à Mamimbahoaka de s’entourer d’une sorte de conseil scientifique, dont le premier rôle serait de conseiller l’Exécutif à sérier les problèmes et fixer un ordre de priorité aux actions gouvernementales. Comme lorsque le PNUD a recruté un consultant pour trier par priorité les projets devant faire partie du PEM.

Quelques secteurs importants pour le pays.

Politique rizicole

Une conférence nationale pour l’autosuffisance alimentaire de 3 jours à la mi-juin 2022 ? Pour quels résultats concrets ? Des vœux pieux et des incantations tels que « Soutenir les agriculteurs, améliorer la qualité des produits, augmenter la productivité et la production, baisser les taux de microfinance….».
Le paysan a-t-il besoin ou envie de produire plus, ou de gagner plus ? C’est sûrement la première question à se poser. Actuellement, le makalioka d’Alaotra Mangoro trouve difficilement preneur à 1 000 ariary le kilo. En pleine récolte, la SPM tout comme le PAM continuent d’importer du riz et de concurrencer la production locale. Sans parler du fait que le riz importé ne paie pas de taxes, ce qui revient à le subventionner pour mieux se vendre sur le marché local, donc à aider le paysan indien à concurrencer le riziculteur malagasy. Alors, cela vaut-il la peine de produire plus ?
Selon le Sucré du peuple, « l’industrialisation agricole et la promotion de l’agro-business sont incontournables ». Toutes les régions bénéficient-elles du même avantage concurrentiel ?

Tarif Optima Business

Rappelez-vous d’abord la gifle publique infligée à Toamasina au DG de la Jirama Vonjy Andriamanga, lorsque ce dernier s’est permis d’appliquer le tarif Optima dans le cadre du projet PAGOSE. Rajoelina l’avait enjoint de revenir sous deux jours au tarif antérieur.
Il a fallu une lettre de la Banque Mondiale, avant que ce tarif ne soit appliqué alors que ce tarif Optima rétablissait enfin l’équité en instaurant une péréquation des prix de l’électricité fournie par la Jirama au niveau national. Jusqu’alors, les usagers de la zone tarifaire 3 comme Morondava ou Manakara payaient le prix fort sous prétexte que la production d’électricité est intégralement fournie par des centrales diesel fonctionnant au gas-oil.
Ce qui n’a pas empêché le limogeage de Vonjy Andriamanga, lequel n’a pas été remplacé jusqu’ici, ni au DG intérimaire d’avoir une IST (Interdiction de Sortie du Territoire).
En revanche, les 4 zones tarifaires étaient conservées pour la moyenne et la haute tension.
Selon la Jirama, le nouveau tarif Optima business prévoit la fusion des catégories Moyenne Tension  et Haute Tension et la péréquation de la prime fixe uniquement.
Resteront néanmoins deux zones tarifaires, la 2ème incluant toutes les villes non encore alimentées par un réseau hydro-électrique comme Toamasina, Mahajanga ou Toliary.
Trouve-t-on équitable de ne pas pratiquer une péréquation sur tout le territoire ? Par exemple, Andekaleka se trouve dans la province de Toamasina, et si la Jirama n’a pas fait les investissements pour raccorder Toamasina à Andekaleka, est-ce une raison de pénaliser les usagers de cette ville ?
Plus généralement, ne pas pratiquer une péréquation totale perpétuerait l’iniquité.
Les salons de coiffure, les ateliers de vulcanisation, les épicerie et les gargotes  de Tana paieront l’électricité moins cher que leurs collègues de Toliary.
Et si un projet industriel nécessitant beaucoup d’énergie électrique a le choix entre s’installer à Antsirabe ou Toamasina, le choix est vite fait !
Mesdames et Messieurs les députés et ministres coach de la nouvelle zone tarifaire 2, faites votre travail, défendez les entreprises de votre zone, obligez le gouvernement et la Jirama à être équitables. Ce sont tous les contribuables du pays qui rembourseront les dettes d’Andekaleka, pas seulement ceux d’Antsirabe.

Vanille

Cet or vert de Madagascar est un secteur vital pour notre économie et mérite une attention particulière.
Déjà, contrairement aux salariés qui ont bénéficié d’un petit coup de pouce avec l’augmentation du salaire minimum, les planteurs de vanille ont dû se contenter de garder le prix minimum à 75 000 ariary. Et ce prix, même maintenu au même niveau, n’est même pas respecté !
Rajoelina pense que la digitalisation permettra de faire respecter ce prix minimum, et il a fait son show à Andapa en distribuant les cartes numériques de planteurs. Il s’est même fait prendre en photos avec quelques acheteurs à 75 000 ariary.
Hélas, l’atelier de 2 jours de la semaine dernière sur cette filière a pu faire remonter les témoignages de planteurs. Selon le mouvement Rohy, l’offre est supérieure à la demande et l’état des routes est très mauvais. Ce prix minimum serait respecté uniquement au niveau des coopératives de la SAVA ou d’Analanjirofo. Du côté d’Antalaha, le prix se situe entre 35 000 ariary et 50 000 ariary. À Fenerivo-Est Vohipeno, le prix est de 25 000 ariary. Il descend même à 15 000 ariary à Vatomandry Ambalavolo !
Le prix de la vanille préparée a été fixé par le dernier conseil des ministres à 500 000 ariary le kilo. Il faut environ 5 kg de vanille verte pour un kilo de vanille préparée. Pourtant, même à 75 000 ariary le kilo de vanille verte, cela laisserait encore une marge de 125 000 ariary pour le préparateur. Est-ce équitable pour le pauvre planteur ?
Allant plus loin, le prix minimum export a été fixé à 250 dollars, soit au cours actuel environ 1 025 000 ariary le kilo, l’exportateur se faisant donc une marge de 525 000 ariary, soit plus de 100%. Cherchez l’erreur !
Et pendant ce temps, Rajoelina regarde sans rien faire, part en vacances en Europe avec le sentiment du travail bien fait après son werawera dans la SAVA!
En France par exemple, les ministres ne peuvent pas partir en vacances à plus de 2h30 de vol de Paris. Mais en France, la notion de redevabilité est importante.

Tourisme

Ce secteur est également un secteur très important pour notre économie, mais semble ne pas bénéficier d’une vraie politique cohérente ni de l’attention qu’il mérite.
Les opérateurs touristiques de Foulpointe voulaient manifester pacifiquement samedi dernier leurs inquiétudes, notamment pour protester contre l’état des 56 km de la RN5 de Toamasina à Foulpointe. Mais ils ont dû y renoncer après des menaces et des pressions le vendredi soir.
Ne parlons pas de Ste Marie qui va passer une saison blanche des baleines supplémentaire.
Pour venir à Madagascar, les Américains passent par Johannesburg, mais sont actuellement pénalisés par l’interdiction des vols Airlink Johannesburg/Tana. Ceux qui tiennent absolument à venir, sont obligés de passer par la Réunion ou par Maurice.
Tout cela sous prétexte de trouver un accord avec l’Afrique du Sud sur les 73 kg d’or, comme pour les Comores. Mais ce faisant,  Madagascar se punit elle-même et ne fait que rejeter la responsabilité de ses propres insuffisances  sur les autres pays.
On se demande d’ailleurs si l’idée ridicule de mettre un douanier sur chaque vol d’Ethiopian Airlines ait jamais été appliquée !D’ailleurs, les douaniers sud-africains et comoriens avaient bien fait leur travail, contrairement à la douane malagasy. Et ces 73kg et 49 kg d’or seront mieux gardés et ont plus de chances de ne pas disparaître, s’ils ne sont pas à Madagascar.
Selon des rumeurs, 3 femmes proches de personnalités du régime auraient été arrêtées à Nosy Be pour trafic d’or, alors qu’elles allaient prendre un vol pour Addis Abeba.

Insécurité

La semaine dernière, 32 personnes étaient brûlées vives. 3 maisons avaient été incendiées, 4 personnes assassinées dont 3 enfants à Ifanadiana. Un capitaine de gendarmerie vient d’être évacué sur l’HOMI. Pendant ce temps, alors que l’opposition n’avait rien prévu ce weekend, des forces de l’ordre  préféraient bronzer autour de Magro.
Ceci n’est que la manifestation des priorités de ce régime : mater l’opposition !

La Gazette

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