La Gazette de la grande ile

Madagascar : De plus en plus endetté

Publié le 11 août 2022

Pendant des décennies, nos cadres financier, économique et structurel se sont alignés sur les besoins et les exigences de ” l’argent “, les exigences du système financier mondial. Madagascar a toujours fait appel au FMI et à la Banque mondiale pour répondre aux crises budgétaires et aux risques de non-paiement de nos importations. Nous dépensons plus que  les revenus que nous générons. Aujourd’hui, les autorités politiques sont fières de s’endetter encore plus.  Le risque d’être de nouveau en situation de pays surendetté est là. Et on ne peut  que se tourner de nouveau vers la restructuration de la dette pour réduire le fardeau de la dette ou anticiper un défaut en renégociant les conditions de la dette. Les principaux mécanismes internationaux soutenus par le FMI et la Banque mondiale sont actuellement l’Initiative de suspension du service de la dette (DSSI) du Groupe des 20 pays les plus riches de la planète et le Cadre commun du G20 pour le traitement de la dette au-delà de la DSSI. La leçon qu’il faut tirer pour nous est que, loin d’être des solutions, ces mesures n’apportent pas réellement d’allègement de la dette, mais ne font que prolonger les chaînes du poids de la dette. Ils ne libèrent ni ne réduisent notre énorme endettement, mais le maintiennent lié  aux conditions des créanciers et des détenteurs de capitaux. En réalité, la suspension de la dette et les traitements de la dette au titre de la DSSI et du Cadre commun sont liés aux nouvelles dettes.
Les réformes soutenues par les partenaires de développement, axées sur le marché libre, auraient permis plus de créations de richesses, plus de développement économique et de stabilité financière. En réalité, compte tenu de la gouvernance hyper centralisée, inefficace, inefficiente et corrompue, les réformes ont érodé la capacité de notre administration à agir réellement pour le développement de Madagascar et le résultat est que nous sommes devenus encore de plus en plus dépendants des prêts pour soutenir la fameuse « croissance » économique. Une croissance économique qui ne bénéficie en réalité qu’à une minorité.
En plus, notre adaptation à ces réformes a été lente, insuffisante et mal gérée. Ce qui a entraîné la majorité des Malagasy dans la pauvreté. Nos acteurs politiques devraient se soucier de l’intérêt général et pour le bien de ces millions de Malagasy vivant dans la misère en particulier, en montrant le meilleur chemin pour nous adapter efficacement.
 Comme Madagascar est maintenant complètement  intégré dans le système financier mondial, le premier souci des bailleurs de fonds est qu’il faut que nous retrouvions la capacité de payer et donc la capacité d’emprunter à nouveau à l’avenir. Dans ce processus, les réductions des dépenses pour les services publics ou de nouvelles taxes, par exemple, ont été imposées par le biais de conditionnalités dans les prêts du Fonds Monétaire International. Historiquement, les prêts encourageaient un ensemble particulier de politiques et de pratiques qui agiraient également comme des garanties que les prêts seront remboursés.  Actuellement, malgré la hausse des prix du carburant et d’autres biens essentiels, Madagascar est donc obligé de privilégier le service de la dette par les conditions attachées à leurs prêts. Les compte-rendu de l’exécution budgétaire du Ministère des finances l’attestent, les dettes sont toujours payées à temps sans retard!.
Le bilan dans la gestion des crises budgétaires passées devrait soulever des doutes quant à la résolution des racines systémiques et structurelles qui ont conduit à l’appauvrissement des Malagasy. Les réponses apportées par les pays riches ont-elles été adaptées aux réalités des énormes paiements et fardeaux de la dette ? Les réponses résultant des négociations entreprises depuis, n’ont-elles pas modifié le déséquilibre encore plus du pouvoir en faveur de nos créanciers ? Résoudront-elles notre dépendance à l’égard du financement de la dette et les racines systémiques de notre endettement chronique ? Ne serait-il pas temps de nous éloigner du système actuel, marqué par la domination du capital et le pillage de nos ressources, pour s’ ouvrir vers une voie avec des solutions durables aux crises sociales et économiques que la majorité des Malagasy traversent actuellement.
L’avenir nous le dira.
Zaza R.

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