La Gazette de la grande ile

Tensions sociales : Les Eglises au secours des régimes

Publié le 12 août 2022

A Madagascar, la religion a toujours été d’un grand secours pour  la classe dirigeante aux  heures  sombres de l’histoire politique pendant la monarchie,  durant l’ère coloniale et depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Sur fond de rivalité confessionnelle, des missionnaires protestants et catholiques au  service (très  secret) de l’Angleterre et de la France, le royaume de Madagascar  était tiraillé par les intrigues  de palais. Durant la  colonisation, l’autorité spirituelle des  Eglises a façonné et  formé des élites qui,  après l’indépendance, avaient occupé la  scène politique et les  administrations jusqu’à nos jours, selon les  contextes ambiants. Lors  des évènements d’avril 1971,  de mai 72,  de 1991, de 1996, de 2002, de 2018, les Chefs  des  Eglises ont  eu leur part  de responsabilité dans la  suite  des  évènements.

Le président Philibert Tsiranana, Monja Jaona, le Pr Albert Zafy, le Pasteur Andriamanjato Richard, le R.P. Rémi Ralibera, Lucien  Xavier Andrianarahinjaka, l’Amiral Didier Ratsiraka et tant  d’autres  cadres  encore vivant et  toujours en fonction, sont les purs produits sortis des institutions chrétiennes. Il n’est donc pas étonnant que ces  personnalités aient marqué de leurs empreintes les évènements marquants de notre île. Notre caricaturiste, Riri, affirme de manière catégorique que «Depuis 1972, le peuple devient un  sacrifice sur l’autel politique, les  citoyens meurent pour la   cause  des politiciens sous prétexte de patriotisme. Les  citoyens manifestent justement pour ce patriotisme, mais les politiciens le font par égoïsme. » Au nom d’un « changement fictif », des  bandes d’arrivistes de la  voyoucratie «voulaient  surtout que le  régime  de l’époque tombe pour qu’ils prennent le pouvoir à la place.»

« Ceux  qui  sont  au pouvoir ne  veulent pas en sortir, parce qu’ils mangent bien  dedans, ceux qui n’y  sont pas  veulent y  entrer quels que  soient les moyens… » Ils « savent qu’il y a beaucoup  d’avantages quand on est dans le régime : les richesses  nationales sont plus  accessibles, les  différents affaires plus  faciles à opérer,  c’est pourquoi, les politiciens entreprennent tous les moyens pour y parvenir » sans attendre le  verdict  des urnes. Quitte à  inciter la population à la révolte sous le  couvert par  exemple d’un projet d’inutile concertation  agrémentée de discours  démagogiques « qui fustigent les maux  du peuple ». Mais quel pays n’en a pas ? Les arguments de cette forme de sédition non avouée sont truffés d’amalgames de faits réels et de purs mensonges. Heureusement qu’après ces «manifestations qui n’ont  fait que  tuer des Malgaches », la force  de dissuasion du pouvoir  spirituel du christianisme était là pour calmer les jeux malsains de la  classe politique. A Mahajanga  récemment, l’Eglise  Luthérienne  vient  de prouver  le  sens  évangélique de la Foi avec un grand «F» en acceptant la participation officielle du Pouvoir Temporel à un  grand rassemblement sans  toutefois tomber dans un  esprit partisan  de la politique politicienne. La prochaine assise des JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse) à  Antsirabe, la capitale du  Vakinankaratra, laisse présager  déjà  la  détermination  chrétienne de l’Eglise  Catholique à miser sur toute la jeunesse pour que la  vie  quotidienne aille  dans le sens  «d’un développement digne et juste sur l’Île et combien les êtres humains, notamment les plus fragiles, devaient être au cœur de ce développement » souhaité par le Pape  François lors  de la  visite  du  Saint Père à Madagascar au mois de septembre 2019.

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