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MADAGASCAR – MOZAMBIQUE – Sables minéralisés : Rio Tinto joue Maputo contre Tana

Publié le 06 octobre 2022

Alors qu’Antananarivo souhaite augmenter ses recettes fiscales tirées de QMM, la filiale malgache de production d’ilménite de Rio Tinto, ce dernier prépare le démarrage, dans la même filière, du projet mozambicain de Mutamba. Une manière de signaler aux autorités de la Grande Ile que le géant minier dispose d’une alternative, si la renégociation de la convention échouait.

Les discussions s’enlisent entre Rio Tinto et Antananarivo autour de l’avenir de QIT Madagascar Minerals (QMM), qui exploite les sables minéralisés de la région de Tôlanaro (Fort-Dauphin) pour produire de l’ilménite. La convention fiscale et douanière de vingt-cinq ans entre l’Etat et cette filiale à 80 % du géant anglo-australien arrive à échéance le 1er février 2023. Mais son renouvellement est loin d’être assuré.

Pour faire pression sur les autorités malgaches, Rio Tinto dont la branche ilménite est pilotée par le Brésilien Walter Oliveira, a décidé d’accélérer le développement du projet mozambicain Mutamba Minerals Sands, en sommeil depuis plusieurs années. Il entend désormais le lancer dès le début de 2023.

Accélération mozambicaine

Seul maître à bord de Mutamba depuis décembre 2021 – après avoir repris 50% des parts de son partenaire initial, le britannique Savannah Resources, pour 9,8 millions de dollars -, Rio Tinto a les moyens d’aller vite au Mozambique. Il finalise actuellement la réalisation d’infrastructures industrielles représentant un investissement de 10 millions de dollars pour démarrer dans un premier temps une production modeste, sur une surface de 500 hectares, soit une maigre portion de sa concession mozambicaine de 25 000 hectares.

Officiellement, cette accélération mozambicaine donne une meilleure flexibilité industrielle au groupe minier entre ses quatre sites de production d’ilménite (minerai utilisé essentiellement comme pigment blanc dans l’industrie), dont trois sont en Afrique australe (QMM, Mutamba et Richards Bay Minerals, en Afrique du Sud) et un au Québec. Officieusement, il s’agit aussi pour les dirigeants de Rio Tinto d’envoyer un message à Antananarivo : même s’il affirme avoir investi 1 milliard de dollars depuis les années 1980, quand il n’en était qu’à la phase d’exploration, Rio pourrait se permettre, à terme, de se passer de QMM, dont l’Etat détient 20 %. Et ce même si pour l’instant, les volumes malgaches sont bien plus importants que ceux prévus au démarrage de Mutamba.

Les autorités malgaches surfent sur le ressentiment local

A Antananarivo, un groupe de travail sur la révision de la convention, composé des représentants des ministères des mines et des finances et de ceux de Rio Tinto, a bien été constitué début 2022, mais les négociations achoppent. Antananarivo souhaite augmenter fortement les taxes perçues sur ce site industriel en exploitation depuis 2007. Il constitue l’un des deux plus importants du pays, avec celui de nickel d’Ambatovy, près de Toamasina (Tamatave), mené par le japonais Sumitomo Corp (AI du 13/05/21).

Le ministre des mines, Olivier Rakotomalala, milite pour que le code minier de 2005 soit pleinement appliqué à QMM. Ce n’est pas le cas actuellement, car la convention de 1997, spécifique au projet, est antérieure au code minier. Pour obtenir satisfaction, l’Etat s’appuie sur le ressentiment des populations locales à l’égard de Rio Tinto, seul grand groupe privé installé dans cette région de l’extrême sud de Madagascar.

Après de fortes tensions liées à une pollution des eaux à proximité de QMM en février 2022, un audit indépendant avait été commandé par les autorités. Réalisés en mars 2022 par Labo Chimie Madagascar, deux rapports d’interprétation d’analyse radiologique des métaux ainsi que des hydrocarbures et huiles présents dans les eaux de la région, dont Africa Intelligence a pu prendre connaissance, disculpent QMM. Mais les services de Fidiniavo Ravokatra, le ministre des eaux, de l’assainissement et de l’hygiène – auparavant ministre des mines de janvier 2019 à mars 2022 – se sont bien gardés de communiquer sur le sujet, alors qu’ils sont les seuls habilités à le faire.

De son côté, Rio Tinto, représenté par David-Alexandre Tremblay, le directeur général de QMM, appuyé par Ny Fanja Rakotomalala, le président du conseil d’administration, souhaite un renouvellement des dispositions fiscales actuelles en contrepartie des investissements de la major minière pour démarrer l’exploitation de deux nouveaux sites de sables minéralisés, à Petriky et Sainte Luce, à même de prendre le relais de celui de Mandena, dont la production s’achèvera en 2030.

©️ Copyright Africa Intelligence.

Edition du 30/09/2022

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