La Gazette de la grande ile

Délire du Petit Timonier : Serait-il devenu fou ?

Publié le 01 novembre 2022

« On ne peut pas s’attendre à un résultat différent en continuant à travailler avec les mêmes méthodes et les mêmes modes de pensée », a déclaré Mamimbahoaka dans son discours d’ouverture du forum national des investissements.

Une déclaration qui s’applique parfaitement à sa personne, puisqu’en 4 ans de présidence, il répète toujours le même show : vous avez ses problèmes ? On va construire ceci, cela, manara-penitra en quelques mois. Des werawera, des promesses à tout va, souvent sans aucune suite !

Demandez par exemple à Brunelle où en est la réhabilitation de la RN 14 Ifanadiana Ikongo Vohipeno incluse dans le fameux plan Marshall de 1 043 milliards ariary et inscrite dans la LFI 2020 !

Cette déclaration de Mamimbahoaka n’est en fait qu’une paraphrase (presqu’un copier-coller) d’une citation d’Einstein (mais il ne le sait sans doute pas et il s’est contenté de lire ce qu’on lui avait préparé) « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Loin d’être une affirmation, le titre de cet article n’est qu’une mise en contexte de cette déclaration du président et un questionnement au vu de son comportement et du rituel habituel.

Pendant plus d’une heure au CCI Ivato, il n’a pas changé et n’a fait que ce qu’il sait faire « vanter son bilan et annoncer de futurs projets grandioses » en espérant duper une fois de plus son auditoire. Il va faire ce que tous les régimes précédents réunis n’ont jamais pu accomplir en 60 ans d’indépendance. Et il espère un résultat différent de ce que la population endure actuellement ?

N’a-t-il pas déjà dit en 2018, par exemple, qu’il allait doubler pendant son mandat les 400MW de production d’électricité existants ? Pour finir par convenir que les délestages ne cesseront qu’en 2028, et que la production sera à ce moment de 652MW et non de 800MW.

Il aurait construit 29 hôpitaux manara-penitra (aux normes), bien plus que ses prédécesseurs. Oubliant simplement qu’il n’a construit que des murs, la plupart de ces établissements hospitaliers n’ayant ni le personnel ni les matériels et encore moins le budget de fonctionnement nécessaire.

Comme solution aux problèmes des infrastructures routières, il a doté d’engins de travaux publics la plupart des régions, sans leur donner les moyens budgétaires nécessaires ni même de porte-engins.

Comme écrit par notre confrère RFI, « A chaque problème, la solution proposée est la construction. Notre justice est défaillante ? Pas de problème : nous construisons des tribunaux et des prisons ! ». https://www.rfi.fr/fr/afrique/20221029-madagascar-le-forum-des-investissements-tremplin-pour-la-campagne-pr%C3%A9sidentielle-de-rajoelina .

Copier-coller

Au lieu d’exploiter les atouts touristiques dont dispose Madagascar, il veut concurrencer des pays comme l’Afrique du Sud, la Tanzanie ou le Kenya (pour ne citer que ces pays voisins) et organiser des safaris en important des girafes, des zèbres…, dont l’importation sera exonérée de droits et taxes ! Tout ceci parce qu’il a vu ces animaux dans le film « Madagascar ». Quelle naïveté désarmante !

Le projet mort-né Colisée, dont l’idée lui est venue lors d’une visite au complexe de loisirs à thématique historique Puy du Fou, ne semble pas lui avoir servi de leçon.

Le Timonier a annoncé qu’il va faire venir des professeurs d’université étrangers pour remettre à niveau nos universités ! « Shocking » diraient les anglophones !

Primo, comment allons-nous les payer, alors que l’Etat n’arrive même pas payer les frais complémentaires de nos professeurs actuels ? Ni les bourses de nos étudiants ? D’autant plus que tous les projets d’investissement seront exonérés de droits et taxes, diminuant de fait les recettes budgétaires.

Secundo, c’est vraiment un mépris immérité de la qualité de nos professeurs. Combien de docteurs d’Etat attendent depuis des années des postes budgétaires pour être recrutés et titularisés ?

Tertio, la priorité dans le secteur éducation ne devrait-elle pas être le primaire, puis le secondaire quant à la formation des instituteurs et professeurs de collège ? Plutôt que la construction d’écoles ou de lycées soi-disant manara-penitra.

Le forum d’investissement et les privés nationaux

Le régime tente de tendre la main aux investisseurs nationaux et de les séduire. Il semble avoir oublié qu’ils ont fini par avoir la peau de Madagascar Airways qui complétait pourtant le réseau intérieur d’Airmad. Chat échaudé craint l’eau froide ! Les investisseurs étrangers et karanas semblant être mieux traités que les Nationaux.

Le Salon International de l’Alimentation (SIAL) s’est déroulé à Paris début octobre 2022. Ce salon est le plus grand salon mondial de ce type et quelques exportateurs malagasy y ont participé grâce à la Chambre de commerce et au financement du TFO, Bureau de promotion du commerce du Canada. Il n’y avait même pas de drapeau aux stands malagasy et aucun représentant du ministère du commerce ni de l’ambassade n’était présent pour manifester leur soutien.

On se contente d’exhiber le président de la Chambre de commerce à gauche du couple présidentiel lors du forum !

Lors du salon international du tourisme de juin 2019, Rajoelina avait promis au personnel de Sofitrans de s’occuper du secteur Duty Free Shop au sein du nouvel aéroport. A ce jour, toujours pas de Duty Free Shop Sofitrans dans le nouveau terminal pour cet investisseur malagasy pourtant filiale d’Air Madagascar. Des promesses, des promesses sans aucune concrétisation !

Air Madagascar

Redresser Air Madagascar serait un défi personnel pour Rajoelina.

Normal ! Il se sent responsable à juste titre de la descente aux enfers d’Airmad. L’inscription de Madagascar sur la liste noire de l’Union européenne s’est effectivement déroulée pendant la transition. L’acquisition des vieux A340 d’Air France s’est également passée pendant la transition. Non seulement ces A340 quadriréacteurs consomment énormément de kérosène, en plus Air Madagascar avait la culture Boeing (B707, B737, B747, B767). La reconversion des mécanos, des ingénieurs et des pilotes a coûté très cher. Airmad n’était plus compétitive et perdait beaucoup d’argent.

Et là, on va répéter les mêmes erreurs : on va introduire deux nouveaux types d’avions l’Embraer 190-E2 et le B787-9 que le personnel d’Airmad ne connaît pas du tout et il va falloir financer la reconversion des équipes de maintenance et des équipages.

Pour une fois, Mamimbahoaka a ajouté « qu’il est impératif de remettre de l’ordre dans la gestion d’Airmad ». A commencer par l’éviction de Rinah de Madagascar Airlines, ne serait-ce que pour éviter cette cacophonie avec le ministre de tutelle Ranjatoelina. Et de nommer un DG professionnel à la tête d’Airmad. Cette remise en ordre d’Airmad est un préalable avant le financement de ces nouveaux avions. Ne mettez pas la charrue avant les bœufs.

Des retraités d’Airmad soulignent qu’une étude du cabinet Troyavi financée par la Banque Mondiale avait montré en 2015 que seul le réseau domestique gagne de l’argent. Compte tenu de nos faibles moyens financiers d’une part et du fait que seule Airmad assure les vols intérieurs, on devrait se concentrer dans un premier temps sur le réseau intérieur. Et n’avoir qu’un seul type d’avion comme les ATR, avec éventuellement la réintroduction d’ATR42. Cela permettra de faire beaucoup d’économies.

Quant aux vols internationaux, les compagnies étrangères sont là et elles peuvent l’assurer actuellement. Elles peuvent se concurrencer entre elles pour le Tana Paris avec Air France, Ethiopian Airlines, Kenya Airways, Air Austral, Turkish Airlines ou Air Mauritius.

Airmad n’a pas les moyens d’être concurrentielle avec un seul avion avec le prix actuel du kérosène, le carburant devant représenter plus de 50% du prix de revient. Airmad paie plus cher son carburant compte tenu du volume acheté. Elle ne pourra devenir compétitive qu’avec un partenariat avec une grande compagnie étrangère. Mais le cabinet Rothschild ne semble pas avoir trouvé l’oiseau rare !

Par ailleurs, le ministre du tourisme avait dit au Maroc qu’il faudrait augmenter les offres de sièges aériens, soit en augmentant les fréquences des vols des compagnies desservant actuellement Madagascar, soit en demandant à de nouvelles compagnies de venir. Rajoelina avait renchéri en disant avoir demandé à Air France une 5ème fréquence.

On ne comprend pas pourquoi on interdit toujours les vols d’Airlink, nous privant de l’apport des touristes sud-africains et américains (qui transitent par Johannesburg).

On ne comprend pas pourquoi le ministère des transports a pris la décision de plutôt réduire, à compter de ce jour, de 7/7 à 5/7 les vols Réunion Tana et de 4/7 à 3/7 les vols Réunion/ Nosy Be. Ranjatoelina semble aller à contre-courant de la politique préconisée par Joël Randriamandranto et Rajoelina. Serait-ce une autre manifestation de défiance de la mouvance Ratsirahonana à l’égard du Timonier, puisque le ministre des transports appartient à cette mouvance ?

Pourtant Mamimbahoaka a exhorté l’opposition à être une opposition constructive, et a lancé un appel à la solidarité de tous. « Car les Malagasys n’ont plus besoin ni de la division ni de la déstabilisation ».

Serait-ce un prélude à un nouveau gouvernement où nous verrons des membres de l’opposition ?

Il est permis de rêver.

La Gazette

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