La Gazette de la grande ile

Population d’Ikongo : Les oubliés de la nation

Publié le 08 novembre 2022

La population d’Ikongo subit les aléas de la nature tout au long de l’année. Après avoir affronté le passage de deux cyclones durant la saison cyclonique 2021-2022, Ikongo subit actuellement une famine généralisée dans toute sa superficie. Pire, toutes ces catastrophes sont aggravées par un délaissement total de l’Etat qui laisse la région d’Ikongo se débrouiller toute seule.

Ikongo est un chef-lieu de district. Pourtant, elle est enclavée.  La ville se situe à 90 km d’Ifanadiana. La route est complètement détruite et impraticable. Seules quelques motos téméraires osent faire le voyage vers cette ville. Au début de l’année 2022, Ikongo avait fait parler d’elle suite au ravage du cyclone Batsirai faisant plus de 130 morts. Ensuite, le cyclone Emnati est passé dans la région en faisant une trentaine de morts. Depuis, Ikongo a été décrite par les internautes comme une ville maudite.

Face à ces catastrophes, le régime et les organisations internationales se sont ruées vers Ikongo. Notons cependant que le Président n’y a jamais mis les pieds. Pour lui, Ikongo est une ville inconnue. Les habitants de cette région sont les oubliés de la nation. Des crimes se perpétuent dans cette région, sans que l’Etat ne prenne des mesures efficaces.

Depuis 2020, 44 cas d’agressions et d’enlèvement de personnes atteintes d’Albinisme ont été rapportés par les autorités à Madagascar. Sur ces 44 cas, 11 seulement ont fait l’objet d’enquête au niveau de la Justice et seulement deux individus ont été condamnés. Leur condamnation n’est que de 15 mois d’emprisonnement avec sursis pour l’un et 30 mois d’emprisonnement pour l’autre. Jusqu’ici, seuls les suspects d’enlèvement ont été jugés. Les enquêtes pour les cas de meurtre restent sans suite. 80% de ces cas ont été répertoriés dans les villages du district d’Ikongo.

Faisant suite à ces agressions sur les albinos, la population d’Ikongo a attaqué la caserne de la gendarmerie le 29 août dernier afin d’y extirper les présumés criminels pour en faire une vindicte populaire. C’est là que les forces de l’ordre ont tiré sur ces insurgés, faisant une trentaine de morts. C’est la tragique « tuerie d’Ikongo », une affaire qui a suscité l’indignation du monde entier.

Malgré tout cela, le régime n’a toujours pas porté un intérêt pour cette région. Le délaissement continue. En ce moment, Ikongo subit une famine extrême jamais vu auparavant. Le député de la région rapporte dans une interview à l’Assemblée nationale Tsimbazaza hier, que plus de 95% de la population est dans la famine. C’est surtout dû aux conséquences des deux cyclones qui sont passés au début de l’année et qui ont détruit la région, y compris l’agriculture et l’élevage.

Après qu’Ikongo ait subi toutes ces catastrophes naturelles, les solutions apportées par le régime et les organismes internationaux étaient tous temporaires. Il n’y a eu aucun plan de redressement pérenne de la ville et de la région. Même si le cas d’Ikongo a été exposé au monde entier, le régime n’a même pas essayé d’apporter son soutien à la région en réparant la route ou ne serait-ce qu’en instaurant un moyen de rejoindre la région plus facilement.

Ikongo est de plus en plus enclavée. Actuellement, l’enquête de la gendarmerie sur la tuerie d’Ikongo est au point mort. Raison pour laquelle l’enquête parlementaire proposé par le député Brunelle Razafintsiandraofa a été accepté par la Commission de l’Intérieur et de la Décentralisation (Saisie au fond), la Commission de la Sécurité Publique (Saisie pour avis) et la Commission de la Défense Nationale (Saisie pour avis). Cette proposition de résolution entrera en séance plénière le 15 novembre prochain. Une opportunité pour la population d’Ikongo d’être remis au-devant de la scène.

T. Berado

Lire aussi