La Gazette de la grande ile

Exclusion scolaire : Un réel fléau !

Publié le 22 novembre 2022

De plus en plus d’enfants malgaches sont victimes d’exclusion scolaire. Si en 2018 les chiffres officiels de l’Institut National des Statistiques indiquaient que 21,8% des enfants malgaches étaient victimes d’exclusion scolaire, la Plateforme de la Société Civile pour l’Enfance (PFSCE) affirme que « ces chiffres sont en constante hausse. Nous n’avons pas encore de résultat officiel de notre enquête, mais notre premier constat indique une hausse considérable ». Un membre de cette plateforme de la société civile nous a quand même indiqué officieusement qu’« en ce moment, plus de 40% des enfants malgaches sont victimes d’exclusion scolaire ».

L’exclusion scolaire se définit par deux notions distinctes. Soit l’exclusion officielle ou disciplinaire de l’élève par décision de l’école et « l’exclusion insidieuse et involontaire dont sont victimes certains élèves, causée par des facteurs extérieurs à l’éducation, comme la pauvreté, le racisme, le milieu social ». La deuxième notion vient de la définition de l’Open Edition Journal et ce sont les cas qui dominent à Madagascar.

La pauvreté est la première cause de l’exclusion scolaire à Madagascar. L’Unicef estime que plus de 80% des enfants sont déscolarisés pour aider leurs parents à subvenir aux besoins de la famille. Dans une vision plus élargie, la pauvreté entraîne également l’abandon scolaire, car des élèves ne se sentent pas dignes de fréquenter l’école à cause de leur statut social. En effet, les élèves se comparent à leurs voisins qui ont les moyens d’acheter des fournitures scolaires plus chères. Ils se comparent également à la façon de s’habiller. Dans les établissements autoproclamés « manara-penitra » ou aux normes, en localités rurales, construits par le régime, « les élèves sont contraints de se vêtir en « tenue correcte » et ceux qui n’ont pas les moyens de suivre la tendance sont regardés de haut.» rapporte une activiste sur les réseaux sociaux. Une raison qui pousse les élèves à abandonner l’école, faute de moyen.

Le racisme et la discrimination sont également des causes de l’exclusion scolaire à Madagascar. D’après l’Organisation Non Gouvernementale Opération Smile, les enfants victimes de fente labio-palatisée ou bec de lièvre abandonnent l’école à cause des moqueries des autres élèves. Idem pour les enfants atteints d’albinisme d’après un membre d’Autisme Madagascar. La discrimination des enfants atteints de handicap visible ne se limite pas à l’école, mais touche également la société en général. Ce qui incite les victimes à vivre en marge de la société. Elles abandonnent ainsi toute forme de contact humain comme c’est le cas à l’école.

L’exclusion scolaire à Madagascar est aussi causée par la négligence de l’éducation. Les éducateurs passent leur temps à mettre dans le cerveau des élèves que leur métier n’est pas un choix, mais une alternative obligatoire pour survivre. Les écoliers malgaches passent la majorité de leur temps à entendre l’instructeur raconter que l’Etat malgache délaisse l’éducation. De plus, c’est la triste vérité. Le métier d’éducateur est devenu un fardeau, ce qui ne motive en rien les élèves à éduquer.

Dans l’optique de valoriser les talents des jeunes hors de l’école, l’association World Of Tech s’est engagée à promouvoir les talents et les métiers autour de la technologie et le virtuel à Madagascar. A l’issue de la finale du concours qu’ils ont organisé le samedi 19 novembre dernier, les gagnants ont eu l’opportunité de professionnaliser leur talent. Parmi les participants se trouvent des jeunes qui ont été exclus de l’école.

Ce phénomène est présent dans toute l’île. En milieu côtier, la majorité des jeunes filles sont contraints de suivre la culture imposée par leurs parents en devenant prostituées. Elles commencent à partir de l’âge de 13 ans et sont obligées d’abandonner l’école, d’après le témoignage d’une jeune fille de Morondava. Une fois adultes, elles veulent se défaire de ce métier, mais se retrouvent emprisonnées à cause de la société. C’est dans l’optique d’y remédier que l’ONG Alternative Madagascar accompagne des jeunes travailleuses du sexe dans plusieurs régions de Madagascar pour changer radicalement de vie à la suite des formations en développement personnel et entrepreneuriat. Leur action promeut le respect des droits et de la dignité humaine. Ces anciennes jeunes travailleuses du sexe qui ont été exclues de l’école peuvent s’orienter vers d’autres métiers après plusieurs années de discrimination.

A Madagascar, l’exclusion scolaire est un fléau réel. Cela commence à gagner de l’ampleur. Un phénomène engendré par le délaissement du secteur de l’éducation par l’Etat.

T. Berado

Lire aussi