La Gazette de la grande ile

La JIRAMA : Une société maudite

Publié le 23 novembre 2022

Maudite, voilà le mot qui résume précisément la situation de la compagnie nationale de distribution d’eau et d’électricité malagasy, la Jiro sy Rano Malagasy (JIRAMA) actuellement, car en plus des multitudes de problèmes survenus en son sein ces derniers mois, le jeudi 17 novembre, la sous station Tana Sud à Anosizato a été frappée par la foudre. Le réseau d’Anosizato jusqu’à Soavinandriana Itasy a été touché, causant une panne de courant généralisée et le courant n’a été rétabli que samedi pour certains et dimanche pour d’autres. Pour rappel, le président du Conseil d’administration de la JIRAMA Solo Andriamanampisoa, lors d’une conférence de presse le 20 novembre dernier, a affirmé que les orages intenses, suivis de foudre et de tonnerre qui se sont abattus sur la ville d’Antananarivo, furent la conséquence des actes même de la JIRAMA. Ces orages sont en effet le résultat de la provocation de pluie de la JIRAMA et de la Direction générale de la météorologie les 16, 17 et 18 novembre derniers. Le tout pour essayer d’augmenter la production d’électricité des centrales hydroélectriques du réseau interconnecté d’Antananarivo : tellement ironique.

Comme si cela ne suffisait pas, le samedi 19 novembre 2022, 16 coups de foudre ont frappé les réseaux électriques de la JIRAMA, plus précisément le réseau interconnecté d’Antananarivo. Coup du sort ou de la pure malchance ? En tout cas, cela a causé de nombreuses retombées négatives au sein de la population de la capitale, surtout la veille de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football de la Fédération Internationale de Football Association (FIFA) 2022 qui se tient au Qatar du 20 novembre au 18 décembre 2022.

A propos de cette Coupe du monde de football, les habitants de la commune de Marolambo sont descendus dans la rue, le dimanche 20 novembre dernier vers 19 heures lorsque le courant a été coupé lors du match d’ouverture de la Coupe du monde. Vers 21 heures, des groupes d’individus sont même venus à la JIRAMA pour incendier la centrale électrique de la région et ils y sont parvenus. Afin de disperser la foule qui était en furie, les forces de l’ordre ont dû faire des tirs en l’air. Selon les habitants de Marolambo, les coupures d’électricité sont devenues trop fréquentes depuis quelques mois et cette coupure lors du match entre le Qatar et l’Equateur n’est que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

Les problèmes financiers sont aussi courants au sein de la JIRAMA, car le mardi 13 septembre 2022, la ministre de l’Economie et des Finances, Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, a fait savoir que les arriérés des compagnies pétrolières envers la JIRAMA s’élevaient à plus de huit cent milliards d’ariary (800 milliards d’ariary) selon les derniers chiffres du mois de juillet. Ces difficultés financières sont dues aux luttes intestines qui existent au sein de la société nationale de l’électricité et de l’eau, selon les dires des différents directeurs de la JIRAMA et du ministre de l’énergie et des hydrocarbures Andry Ramaron lui-même, il y a quelques semaines de cela. Cette situation a conduit l’intersyndical de la JIRAMA (syndicat autonome des travailleurs, la SEMM et la SEKRIMA) et l’ensemble du personnel de la société à hausser le ton et accuser unanimement le ministre de l’énergie et des hydrocarbures d’être le principal responsable de la régression de la compagnie. Pour sa part, après l’incendie de la centrale électrique de Marolambo, le ministre a ouvertement reproché à la JIRAMA d’être non-réactive. Il a déclaré que : « le groupe électrogène était en panne, et n’a pas été réparé à temps … Voilà le résultat de l’indolence de la JIRAMA. ». En guise de représailles pour les propos du ministre, les syndicalistes de la JIRAMA affirment que : « le ministre cherche des bouc-émissaires au sein de la JIRAMA, dont le directeur général actuel, qui fait de son mieux pour réaliser l’engagement numéro 2 du chef d’Etat (énergie et eau pour tous) ». De ce fait, ils revendiquent le limogeage du ministre de l’énergie et des hydrocarbures Andry Ramaroson. Le torchon brûle donc entre la JIRAMA et le ministère de l’énergie et des hydrocarbures, et les tensions ne risquent pas de retomber de sitôt. Entre temps, c’est la population qui subit les conséquences des défaillances de la JIRAMA.

Ravo

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