La Gazette de la grande ile

Trafic des ressources halieutiques : les forces de l’ordre impliquées

Publié le 29 novembre 2022

Le lac Alaotra est fermé pour deux mois à cause de la saison de ponte des poissons. Du 1er novembre au 1er janvier, aucune exploitation du lac n’est autorisée. La fermeture concerne tous les lacs de Madagascar, mais les dates varient selon les régions. Pourtant, les poissons du lac Alaotra arrivent toujours sur le marché d’Antananarivo et des autres régions. Le trafic des ressources halieutiques dans ces lacs fermés est une réalité qui connaît de plus en plus d’ampleur et qui contribue considérablement à faire baisser le nombre de poissons. Un trafic facilité par les agents des forces de l’ordre qui aident à convoyer les poissons depuis la source vers leur destination.

Le ministère de la pêche et de l’économie bleu a évoqué une perte annuelle de 16 milliards de dollars ou 68 milliards d’ariary pour l’île, à cause des pêches non règlementées. La production annuelle de poissons du lac Alaotra a baissé de 37,5%, soit 900 tonnes l’année 2021 contre plus de 2.500 tonnes les années précédentes, d’après la direction régionale de la pêche de la région Alaotra-Mangoro. La première cause de cette baisse est la surexploitation. En effet, la direction régionale de la pêche de la région Alaotra-Mangoro n’arrive pas à règlementer l’exploitation du lac à cause du trafic bien huilé qui implique beaucoup trop de responsables.

Tout le monde est au courant du trafic de poissons dans l’Alaotra. Depuis la pêche, en passant par le transport et la revente à Antananarivo ou dans une autre région, les poissons passent par plusieurs autorités qui sont toutes arrosées de pot-de-vin. Les présidents des Fokontany où ont lieu les pêches, sont les premiers concernés. Viennent ensuite les agents de la gendarmerie et de la police nationale. Il y a également les chauffeurs de taxi-brousse, les coopératives de transport, les agents des forces de l’ordre qui font les fouilles sur les routes nationales et surtout les opérateurs économiques qui font le trafic. Bref, une organisation bien huilée que la direction régionale de la pêche n’arrive pas à contrôler.

En effet, 6.000 pêcheurs sont inscrits auprès de la direction régionale de la pêche de l’Alaotra Mangoro. Ils travaillent sur 20 quais bordant le lac Alaotra, lequel fait plus de 200 km de pourtour. Pourtant, il n’y a que six agents de la pêche pour gérer cette surface et ce nombre de pêcheurs. Ce qui veut dire qu’un agent doit s’occuper de 1000 pêcheurs. Or, ce sont ces pêcheurs qui contribuent au trafic. Aussi, la direction régionale de la pêche a octroyé des badges pour les éleveurs de poissons en pisciculture afin que ces derniers puissent vendre leurs poissons hors saison. Des badges qu’ils photocopient et vendent aux trafiquants. La direction régionale de la pêche de l’Alaotra manque également de budget. Un seul voyage de la vedette pour le contrôle du lac coûte 450.000 ar en carburant, selon un agent.

Beaucoup de paramètres s’additionnent pour compliquer la tâche aux agents de la direction régionale de la pêche dans la lutte contre le trafic de ces ressources. Ces derniers sont considérablement en sous-effectif et les agents des forces de l’ordre corrompus compliquent le travail. Un problème qui doit se résoudre depuis le haut commandement de l’Etat. Cette baisse de la production en poissons de l’Alaotra s’accentuera d’année en année et ces poissons finiront par devenir des espèces en voie de disparition.

 

T. Berado

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