La Gazette de la grande ile

Démocrature à Madagascar : Terrain propice au non-droit

Publié le 06 décembre 2022

Le Président sera à Washington dans une semaine pour participer au sommet Etats Unis-Afrique.  Les invitations aux dirigeants africains à se réunir dans les capitales mondiales sont devenues des caractéristiques régulières du calendrier diplomatique des grands pays de cette planète terre.  Le Sommet France-Afrique, événement annuel depuis le début des années 70, et les Conférences internationales périodiques de Tokyo qui ont débuté à partir des  années 90, ont maintenant été rejoints par des rassemblements similaires en Chine, Turquie, Inde, Russie, diverses capitales de l’Union européenne et le Royaume-Uni et le président Joe Biden leur emboîte le pas avec le deuxième sommet des dirigeants États-Unis-Afrique à Washington DC, du 13 au 15 décembre 2022 prochain suite à la première organisée par le président américain Barack Obama en 2014.

L’événement comprendra un large éventail de sujets affectant les relations entre les États-Unis et les pays du continent africain et parlera probablement des liens inextricables entre les institutions démocratiques et la gouvernance, la paix et la prospérité à long terme. La majorité des Malagasy espère que les Etats-Unis s’associeront à des priorités partagées pour lutter contre la pauvreté et l’inégalité qu’elle vit actuellement.  Madagascar souffre d’une démocrature qui pourrait être un terrain propice au non-droit, à l’extrémisme, menaçant ainsi la paix dans cette partie de la planète…

 La « démocratie » à l’occidentale appliquée à Madagascar est juste une manière de renforcer l’exploitation de la majorité des pauvres Malagasy par une minorité armée de richesses mal acquises, une minorité invariante du pouvoir. Les débats autour de la démocratie peuvent être très virulents à Madagascar. Les Malagasy ont  un passé récent, régi par des règles militaires, des élections déloyales, des dirigeants irrépréhensibles, des prestations de services insuffisantes et une corruption plébiscitée. De nombreuses recherches ont montré que le déficit démocratique est la cause principale de la pauvreté à Madagascar malgré que les Malagasy ait une richesse de culture démocratique qui leur est propre et sur laquelle s’appuyer.

 Néanmoins, malgré la mise en place des réformes avec l’appui des partenaires de développement pour la bonne gouvernance, la corruption, la pauvreté et d’autres fléaux continuent de sévir Madagascar. En outre, le processus de démocratisation à l’occidental au cours des années 90, a surtout ouvert la voie à des élections soi-disant multipartites. Les scrutins organisés ces dernières années ont été marqués par des violences postélectorales, ainsi que d’importants soupçons de fraudes comme distribuer des cartes électorales et faire voter des morts, falsifier les compte-rendu des bureaux de vote, ou tout simplement réécrire quelques chiffres sur le système informatique, etc. Les différents processus électoraux passés n’ont pas contribué à une consolidation de notre démocratie qui n’est devenue qu’une façade permettant le maintien d’élites invariantes du pouvoir, dont les discours changent, mais non les pratiques. Les élections soi-disant multipartites passées n’ont pas amélioré le niveau de vie du grand nombre des Malagasy qui souffrent de la pauvreté. La mise en œuvre de la démocratie à l’occidental à Madagascar, s’est tout simplement soldée par la violence et la fraude électorale.

 Ce système électoral est devenu chaotique, caractéristique d’un gouvernement corrompu, malgré les différentes recommandations et appuis électoraux des amis de Madagascar.  Comment pourrions-nous avoir une élection libre et juste lorsque les tenants du pouvoir peuvent s’appuyer sur des ressources économiques qu’ils ont personnellement amassées en gérant l’État comme leur bien propre ? Comment pourrions-nous avoir une élection libre et juste lorsqu’ils peuvent s’appuyer sur des mécanismes clientélistes ? La démocratie à l’occidental ne deviendrait-elle alors qu’un idéal impraticable pour la majorité des Malagasy ? La lutte pour le pouvoir se joue ailleurs que dans les urnes.

 Nos valeurs culturelles serait-elles contraires à la démocratie à l’occidental ? Non. Néanmoins, il ne faudrait pas ignorer les effets destructeurs et inhibiteurs de plusieurs années, sinon des siècles d’assujettissement de notre système culturel par la colonisation et sa nouvelle version moderne (20è et 21ème siècle) d’exploitation de la majorité des pauvres Malagasy par une minorité agissante au sein du pouvoir à Madagascar. Cette situation a conduit à la perversion de plusieurs aspects de notre vie sociétale paisible, y compris notre système de gouvernance. En réalité, la démocratie fait intrinsèquement partie de la culture malagasy. Les autres qui nous ont envahis ont trouvé une communauté démocratique qu’ils ont dû au préalable détruire avant que leur projet de colonisation et d’exploitation n’aboutisse.  Le résultat est que la démocratie à l’occidental utilisée pour un agenda politique contraire à l’intérêt de la majorité des Malagasy, a créé des disparités, car la culture, l’histoire et les valeurs de la communauté malagasy sont importantes dans n’importe quel cadre de développement et de gouvernance. Il est temps de se ressaisir et trouver le vrai leader !

 Certains amis partenaires de développement contribuent à l’échec démocratique en soutenant le pays même si Monsieur le candidat du pouvoir autocratique l’emporte. Par conséquent, la démocratie a été assimilée à une élection multipartite même si le vote des citoyens n’est jamais pris en compte. Pire encore, la promotion de la démocratie par les différentes institutions de développement ne change pas la relation autocratique qu’ils entretiennent avec le pays. Leur obstination à présenter des réformes avantageant une minorité, contribue à paupériser encore davantage la majorité des Malagasy et continue à autoriser ces minorités à exploiter les pauvres Malagasy. Pas de réformes, pas d’élection juste et transparente, donc pas de démocratie et pas de paix.

 Malgré la rhétorique des partenaires occidentaux concernant la démocratie,  les élections n’ont pour but finalement que de créer un sentiment d’implication chez le peuple, même si leur opinion n’est jamais prise en compte du fait que 28 millions de Malagasy subissent le poids des exploitations perverses d’une minorité.  La démocratie à l’Occident s’est transformée en un arrangement politique qui garantit les intérêts d’une minorité animée d’une culture impériale et capitaliste féodale sans état d’âme, en particulier en entretenant un système leur assurant un transfert libre de nos ressources vers des paradis fiscaux ! Et l’inégalité se creuse encore davantage, facilitant l’exploitation despauvres Malagasy sans choix par le club minoritaire. Une personnalité tenant un poste à responsabilité au sein de la présidence avait déclaré récemment que si vous n’avez pas d’argent, il ne faut pas faire de la politique. C’est cela l’interprétation de la démocratie à l’occidental pour les membres du club de ce 21ème siècle ! Avec une telle mentalité, on ne peut pas espérer une élection juste transparente et intègre pour les prochaines élections. Le champ démocratique est restreint par l’argent mal acquis. Sans réforme, pas de démocratie.

 Il est temps de se lever et d’entamer un vrai changement pour une paix et une justice durable.

 Zaza R.

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