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Sécurisation aéroportuaire: Le contrat a été bel et bien signé
La Une
60 millions de dollars ou plus de 600 milliards de nos francs au minimum. Tel est le montant du contrat que le DG de l’ACM (aviation civile de Madagascar) a signé avec la CSPI (Compagnie de sécurité privée et aérienne). Robert Razafy  l’a reconnu, hier, assez discrètement dans une interview accordée à notre confrère « l’Express de Madagascar ».

A lire ses déclarations, M. Razafy pense avoir conclu une bonne affaire. Tout comme les gens de la CSPI qui n’espéraient pas mieux pour une société de gardiennage comme le qualifient les nombreux observateurs qui suivent de très près cette affaire. D’ailleurs le soir de ce jeudi où le contrat a été signé, c’était la fête au Carlton pour Jean Assice et Raphaël Albadejo de CSPI et Robert Razafy accompagné de 2 autres Malgaches côté ACM. Les deux bouteilles de champagne Lanson commandées par M. Albadejo à 15 heures au bar de l’hôtel ont servi à arroser le buffet mexicain servi pour la circonstance.

Finalement, c’est MM Assice et Razafy qui ont signé le contrat. Contrairement à ce que nous avons annoncé, le gérant de CSPI, Jean Joël Ansart n’était pas du voyage. Il a préféré envoyé Jean Assice qui a soit rejoint CSPI soit requis en tant que consultant. Ce personnage est, en effet, un ingénieur sortant de l’ENAC de Toulouse, spécialité aviation civile. Robert  Razafy a également suivi sa formation en aéronautique chez cette prestigieuse école. Il se pourrait même que les deux individus soient issus de la même promotion. En tout cas, le dialogue passe facilement entre des gens issus d’une même institution. Le hic est le personnage de Jean Assise.

Entre 2008 et 2011, ce dernier dirigeait la RVA (régie des voies aériennes, équivalent de notre Adema) de la République démocratique du Congo en tant qu’administrateur délégué représentant le consortium ADPI/KPMG (aéroport de Paris ingenierie) à qui les autorités de ce pays ont confié la gestion de cet organisme en vue de sa mutation en société commerciale. D’après la presse congolaise, la gestion de M. Assice était chaotique. On lui reproche de nombreuses « magouilles » comme « la surfacturation des frais pour la construction du pavillon présidentiel de l’aéroport international de N’Djili à Kinshasa à 26 millions de dollars USD » ou encore « l’achat de véhicules anti-incendies jugés vétustes et obsolètes pour un montant total de 150.000 Euros ». On indique par ailleurs que la lettre envoyée au Procureur de la République, la ministre de la justice congolaise, Luzolo Bambi, a rapporté que « sur 7 millions de dollars USD empruntés pour servir de paiement de AERONAV, 1,5 million seulement a été payé ; le paiement de 5 millions de dollars USD pour des études réalisées par ADPI, l’employeur de Jean Assice ; la surfacturation de la réparation des dalles cassées à hauteur de 11 millions de dollars USD, le marché accordé à la société ASG pour la fourniture du balisage lumineux de l’aéroport de Mbandaka : 392.000 USD pour la fourniture de 4 kits de balisage lumineux mais de lampes torches ordinaires dont le coût ne dépasse pas mille dollars américains ».

On ne sait pas comment ce personnage a réglé ses démêlés avec la justice congolaise mais ces faits n’inspirent point confiance. Qui plus est, CSPI qui n’a même 10 ans d’expérience dans le domaine de la sécurité en général, n’a jamais assuré jusqu’à présent la gestion d’un seul aéroport au monde. Dans le film relatant ses services (voire www.cspi-sécurité.com), le volet sécurisation aéroportuaire se limite d’ailleurs à une vidéo-suirveillance et une portique laser avec scanner.  Le film de 19 mn est surtout consacré au volet cynophile qui a ébahi les pauvres visiteurs africains. En argumentant ses choix sur CSPI, M. Razafy a aussi évoqué ce volet comme si c’était une chose exceptionnelle.

D’ailleurs, on se demande pourquoi lze DG de l’ACM n’a pas appelé les autres soumissionnaires de l’appel d’offres de 2010. C’aurait été une façon plus intelligente de faire accepter sans suspicion ni commentaire malveillant le choix pré-défini de CSPI. Robert Razafy dit s’engager personnellement en signant le contrat. Mais qui des hauts fonctionnaires de l’Etat n’ont pas fait pareil en octroyant un marché public ? Dans le cas présent, il s’agit d’un marché d’environ 60 millions de dollars sur 10 ans si le contrat signé fixe la redevance passager à 12,5 dollars et sur la base de 500 000 passagers prenant le départ dans les 8 aéroports internationaux. A part M. Razafy et certainement les 2 autres personnes qui ont fêté avec lui la signature du contrat au Carlton, personne, même le chef de l’administration que le premier ministre, n’est cependant au courant de la teneur de l’accord. Et pour un montant aussi élevé, le code de procédure des marchés publics a été totalement ignoré. Pis, le président et les membres du conseil d’administration de l’ACM auraient été totalement écartés des négociations et surtout de la signature du contrat. Il est vrai que chez nous, les conseils d’administration des sociétés et organismes publics se tiennent peinards quand le DG les arrose généreusement.

Si tous nos aéroports venaient à être sanctionnés par l’Union européenne, qui serait responsable : le candidat à la magistrature suprême qui serait à l’origine de tout cette histoire ou le président du conseil d’administration de l’ACM ?

Salomon Ravelontsalama