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La démocratie est la nouvelle vache sacrée.
Mais, comme en Inde, les passants la respectent, mais la chasse quand elle barre ou gêne leur route. A Madagascar, les politiciens appellent le respect de la démocratie de tous leurs vœux, mais leurs agissements la contournent à tout instant. La démocratie a ceci de particulier qu’elle est plus perçue comme un empêcheur de « politicailler » en rond, que comme une culture de gouvernance civilisée. Abjurant la foi en l’exigence démocratique des débats d’idées, les belligérants descendent de la tribune et règlent à coups de poings leurs différends dans la rue. Manifs illégales et grèves sauvages ou « gros bras » et arnaque sous diverses formes font partie de la panoplie du parfait politicien. Ils lui sont nécessaires pour exister. L’important sera de faire illusion, faute d’un vrai idéal et de vrais projets de société qui convainquent les citoyens électeurs. Tout est dans l’exhibition et la montre. Cela justifie que l’on fasse flèche de tout bois, même au risque de ne tromper que soi-même. La popularité se mesure à l’envergure des manifs, mais les vrais militants se comptent sur les doigts de la main au sortir des isoloirs et des urnes. Combien de candidats ont eu la défaite amère, quand ils escomptaient sur la victoire après avoir rempli tout un stade à ras bords, le dernier jour de la campagne. Des spectateurs ne sont pas des militants. Ils applaudissent un plateau de vedettes, non un commanditaire qui en est pour ses frais. Un spectacle (gratuit) mobilise toujours des foules. Ce phénomène somme toute normal monte néanmoins, à la tête des apprentis sorciers. Ils se croient à la tête d’une armée, c’est une foule de badauds qui se débandent à la première grenade lacrymogène. Ils déclarent la guerre au pouvoir, ils ne suscitent qu’un sourire amusé ou apitoyé. Des journalistes se discréditent. Leurs prestations audio-visuelles relèvent plus de la détestation que de l’information. « La haine, c’est la colère des faibles », disait Daudet. On dit n’importe quoi et plus c’est gros, plus c’est vendeur. « La maison ne fait pas crédit » affichent les magasins, les électeurs, si. Quand à Madagascar, le citoyen moyen est prompt à croire à la rumeur, genre club satanique et autre coup d’Etat en préparation, comment ne votera-t-il pas pour les hâbleurs et les bluffeurs qui lui promettent la lune ou le paradis sur terre ? Pour le moment, la stratégie n’est pas encore à ce stade. L’opposition par exemple, joue aux fanfarons et frime. Les libertés d’expression et d’opinion, le credo de la déesse Démocratie, se traduisent en anarchie qui cultive l’hostilité à toute forme d’autorité et de hiérarchie et milite en fait pour la disparition de l’Etat lui-même. L’opposition scie ainsi la branche qu’elle choisit pour atteindre les sommets. Il y a pourtant, eu un précédent, mais les politiciens ont la vue courte. Marc Ravalomanana s’est aliéné la sympathie de beaucoup de notables régionaux et de la population rurale par les prédations des « Zanadambo », sa milice qui lui servit de bras armé pour imposer son pouvoir. Les forces de l’ordre en sont encore à panser les profondes blessures de 2002, l’année terrible de l’avènement de Marc Ravalomanana. « Sa » chasse aux sorcières érigée en nécessité nationale, a accentué les clivages sociaux et ruiné l’unité nationale. En arrêtant et emprisonnant des ministres, un Premier ministre, des généraux, des gouverneurs et autres hauts fonctionnaires, Marc Ravalomanana a détruit l’idée d’Etat. Le pire sera que l’opérateur économique a transformé la République en monarchie républicaine. « L’Etat, c’est moi », disait Louis XIV, roi de France. Toutes les institutions balises ont été verrouillées pour permettre l’exercice d’un pouvoir personnel. Zafy Albert a donné le « La » pour discréditer le Parlement. Qu’il ait tort ou raison, rien ne justifie de clamer aux quatre vents, que tous les députés sont des ivrognes et le parlement, une « épicerie- bar » où tout se vend. Il a été payé de retour par l’empêchement, comme Ravalomanana par une démission suivie d’exil. Tout cela a mené Madagascar bien loin de la « vache sacrée » Démocratie, vendue sur la place publique pour gagner le pouvoir. Qui croit encore aux politiciens ? Beaucoup de citoyens commencent à regretter un « âge d’or » quand un Etat existait encore. L’Etat ce n’est pas Ravalo, Zafy, Didier ou Andry. L’Etat, c’est une force qui protège, qui assure la cohésion des citoyens et surtout, les aide et les pousse vers un avenir meilleur. La démocratie permet au peuple de participer à ce qui le concerne au premier chef, la gestion de sa cité. Ce n’est pas l’affaire d’une personne serait-il Ravalomanana ou Andry Rajoelina. La mouvance de l’ex prouve amplement les méfaits de la personnalisation du pouvoir. Le consensus véritable est impossible entre des fortes personnalités. Les précédents alimentent la méfiance réciproque. « Plus jamais çà », proclame Andry Rajoelina qui veut s’attaquer à tous les maux (politiques) qui ont toujours empêché le développement de Madagascar. La pratique de la politique politicienne, qui subordonne tout, à des intérêts personnels, partisans ou claniques, se trouve en plein dans son collimateur. On comprend que Ravalomanana défende dur son bifteck. Il risque de tout perdre et, pire, de devoir rendre des comptes. D’un côté, un projet de société et des militants, de l’autre, un portefeuille bien garnie et plein de petits porte-monnaie affamés qui ne demandent eux aussi qu’à se remplir. L’argent est le mobile essentiel des kidnappings et des prises d’otage. Pour cela, il faut affaiblir les gardiens du temple pour s’emparer des clés de la salle du trésor qu’est le pouvoir. C’est le schéma éhonté adopté à la face du monde, par des politiciens qui ne le sont que de nom. Ils ne sont que des prédateurs aux dents longues qui se nourrissent des malheurs qu’ils infligent à leur peuple au nom de la… démocratie. HOLY R. |